‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 57 sur 129 · Ihid · texte numérisé non relu

Ihid

[W] Larenaudit'i'O. Lo Mexique. lîl.

(4) Saliagun. Loc. cit. WVJ.

CH. VU. — l'éducation dans l'ancien MEXIQUE 177

A vingt-deux ans, le séminariste non marié se consacrait au service des dieux (1). Les membres de la classe sacerdotale habitaient dans l'enceinte même des temples, et observaient une règle rigoureuse. Trois fois durant le jour et une fois durant la nuit, ils étaient appelés à la prière; leurs jeûnes étaient fréquents et leurs macérations cruelles. Les prêtres se flagellaient jusqu'à faire ruisseler le sang sur leur corps et ils se déchiraient la peau avec des épines de maguey, etc. (2). Ce n'était pas par des petits chemins fleuris qu'on arrivait au ciel des Aztèques.

L'éducation des filles ressemblait à celle des garçons par la sévérité de la discipline et surtout par son caractère religieux ; mais le baptême des enfants de sexe féminin avait un rituel spécial. L'accoucheuse le conférait en lavant le corps et faisant sur chaque région une invocation appropriée. Pour les mains, elle demandait aux dieux que Tenfant ne devînt pas voleuse ; aux aines, qu'elle ne fut pas adonnée aux voluptés sensuelles, etc. Les Aztèques . avaient une manie spéciale, celle des vœux ; toujours ils quémandaient ainsi à leurs dieux des secours ou des faveurs et le rituel voulait que, pour s'engager solennellement, on mangeât un peu de terre (3). Quantité de filles étaient vouées pieusement par leurs mères à la vie monastique.

Des écoles féminines étaient aussi, comme celles des garçons, annexées aux temples, mais elles étaient surtout destinées aux filles de la noblesse. Il est probable que, pour les filles du peuple, l'éducation maternelle était jugée suffisante. Dans leurs séminaires, les filles vivaient sous l'œil vigilant des matrones et des vestales aztèques. Jamais, même de jour, un homme ne pénétrait dans l'établissement. Défense expresse aux pensionnaires de quitter

(1) L. Biart. Les Aztèques. 162.

(2) Sahagun. Liv. 11. (Appendice).

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leurs appartements sans être accompagnées. La nuit, elles dormaient dans de grands dortoirs, toujours sous la surveillance des matrones.

On leur enseignait les rites et la mythologie et on leur apprenait à balayer le temple, à entretenir les feux sacrés, à filer, à tisser des mantes, à faire des ouvrages en plumes, art industriel o£i excellaient les Aztèques. On les obligeait à s'humilier en présence des personnes âgées, à avoir toujours une contenance modeste, à devenir habiles dans les occupations domestiques, à parler avec révérence.

Elles se levaient au point du jour et étaient astreintes à une propreté scrupuleuse, à des bains fréquents. On ne les tolérait jamais oisives et on punissait leur paresse (1). On leur enseignait aussi, comme aux hommes, à chanter et à danser. Enfin on leur perforait la lèvre inférieure pour y placer une pierre précieuse (2). Elles ne sortaient du couvent que pour se marier (3).

Certaines jeunes filles entraient spontanément au séminaire, tantôt à la suite d'un vœu temporaire et pour une période d'un à quatre ans, tantôt à la suite d'un vœu de continence perpétuelle. C'était sans doute parmi les filles, ainsi vouées par leurs parents ou par elles-mêmes, que se recrutait le personnel des matrones, des surveillantes ou vestales, pour qui l'infraction au vœu de chasteté était, comme à Rome, un crime capital (4).

Au cours de cette éducation cléricale, les élèves des deux sexes avaient les oreilles rebattues d'exhortations morales, dont de nombreux spécimens nous ont été conservés. Ce sont des effusions rituelles, ternes et paternes, dont la forme est un vrai modèle de verbosité plate. Les parents, devant qui les enfants osaient à peine parler,

(1) Bancroft. Imc. cit. II. 245.

(2) Sahagun. Loc, cit, 457.

(3) Bancroft. Loc, cit,

(4) Bancroft. Loc. cit. II. 205.

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étaient prodigues de ces exhortations aussi vertueuses qu'ennuyeuses. En voici quelques passages à l'usage des garçons: « Marcher avec calme, parler avec calme, ôtre modeste dans ses vêtements et réservé dans le manger w(l). — « Les aïeux, riches, puissants, couverts de fleurs, de parfums, de riches manias, de riches armes, de nœuds de tête éclatants, etc, ne perdirent rien de leur humilité et de leur grave maintien »(2). — «Mon fils, le monde a sa manière d'engendrer et de multiplier; or, en ces actes, Dieu a ordonné que la femme fît usage de rhomme et réciproquement; mais il convient que cela se pratique avec modération... Ne te jette pas sur la femme, comme le chien sur sa nourriture; n'imite pas cet animal dans sa manière d'avaler ce qu'on lui donne » (3). Voici maintenant des préceptes à l'usage des filles: « Ne va ni trop vite, ni trop lentement ; la marche trop lente a un air prétentieux; trop accélérée, elle dénote au contraire peu de calme et un esprit inquiet. Quand il faudra sauter une flaque, tu sauteras honnêtement, de manière à ne paraître ni lourde, ni maladroite, ni étourdie... Tu marcheras droite et la tête légèrement baissée etc. » (4). — « Ne pas trop dormir, se lever la nuit, laver la bouche des dieux et leur off'rir de l'encens. Faire la boisson de cacao, moudre le maïs, filer ou tisser. Savoir préparer les mets et les boissons. Observer la méthode des artisans pour tisser et peindre les toiles... Eviter la puanteur de la luxure » (5). — «Evite les familiarités indécentes avec les hommes. Reste chez toi. N'entre dans la maison d'autrui que pour une cause urgente » (6). etc. etc.

(i) Sahagun. Loc. cit. 405.

(3) Ibid. 402.

(4) /6«rf, 391.

(5) Ibid. 384, 386, 388.

(6) L. Biart. Les Aztèques, 16J.

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Rien n'est plus moral, au sens banal du mot; rien même n'est plus chrétien que la plupart de ces recommandations et l'on comprend que les conquérants espagnols aient cru d'abord retrouver au Mexique d'évidentes traces d'un catholicisme disparu.

Les nations mayas n'avaient pas moins de soins de l'éducation que les nations na/iuas. Au Guatemala, dans l'Yucatan , comme au Mexique, l'instruction morale visait surtout à inculquer aux enfants des sentiments d'adoration pour les dieux et de profond respect pour leurs parents. Les enfants du peuple étaient encouragés aux jeux guerriers, à s'exercer au tir de l'arc. Les pères enseignaient leur métier à leurs enfants, les mères dressaient leurs filles aux occupations domestiques et les gardaient presque à vue. Les garçons ne passaient pas la nuit dans le logis paternel. Au Nicaragua, ils dormaient sous le portique de la maison; dans l'Yucatan, une grande galerie ouverte servait aux jeunes gens de salle de jeu, le jour; de dortoir, la nuit. Les écoles étaient cléricales, comme au Mexique; dans l'Yucatan, ces écoles étaient au seul usage des enfants nobles et on y enseignait, outre la loi morale, la guerre, la médecine, l'astronomie, la musique, la poésie, etc. Au Guatemala, la désobéissance aux parents était un crime, quelquefois puni de mort et c'était un devoir étroit de les assister dans leur vieillesse (1).

A Tezcuco, sous le règne de iVezahualcoyotl, à la fois prince, poète et philosophe, il existait, pour les fils du roi, un séminaire spécial où l'on enseignait le métier des armes, les pauvres connaissances scientifiques que l'on possédait et en même temps l'art de travailler les métaux et les pierres précieuses (2). Tous les huit jours, le roi, accompagné de sa famille et des grands, faisait une visite

(1) Bancroft. Lor, cil. 161.

(2) Ibid. t. II. 240.

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au séminaire, où il entendait une homélie morale, censurant les actes blâmables commis par tel ou tel sans en excepter le monarque lui-môme (1).

Au Mexique, le roi se faisait un devoir d'adresser à ses enfants des admonestations morales et religieuses, dont voici un échantillon : « Peut-être Notre Seigneur a-t-il résolu que cette maison où je vis et qu'à grand' peine j ai élevée, s'écroule et devienne un monceau de saletés et d'immondices : peut-ôlre voudra-t-il que le souvenir môme s'en efface, etc. etc.... Ecoutez donc ce que j'ai à vous dire afin d'apprendre à vous conduire en ce monde et à vous approcher do Dieu pour mériter ses faveurs. Sachez que ceux qui pleurent, s'affligent, soupirent, prient et contemplent, ceux qui volontairement veillent la nuit et se lèvent tôt pour balayer les rues, les demeures, etc. préparorles lieux où Dieu reçoit les sacrifices et offrandes... ceux-là deviennent les amis de Dieu... il leur ouvre ses entrailles pour leur donner dignités, prospérité, richesses, àcondilionqu'ilssoient valeureux dans les combats (2)»... « Ecoutez encore une autre tristesse et angoisse, qui m'af- (ligo à minuit, quand je me lève pour prier et faire pénitence. Mon cœur alors monte et descend d'une pensée à une autre, semblable à l'homme qui gravit au sommet d'une montagne, puis descend au fond des vallées; car aucun de vous ne me donne satisfaction. Toi X..., qui es l'aîné, tu ne témoignes d'aucune amélioration dans tes habitudes; je ne vois en toi que futilités et enfantillages; tu n'as aucune des qualités de la primogéniture » (3). La longue chronique de Sahagun est tout émaillée de ces modèles d'allocutions pieuses, vertueuses et poncives ; elles semblent extraites d'un formulaire rituel, d'un Parfait Secrétairey à l'usage des dévols mexicains et

(i) Baiicroft. Loc. cit. iQ\.

(2) Saha#:un. Loc, cit. 380.

(3; Bancroft. Ibid, 382.

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leur influence moralisante devait être assez médiocre. Le Dieu, dont il y est sans cesse question, ne pouvait être que Tun des dieux nombreux du panthéon mexicain, peut-être le Dieu de la guerre, le plus vénéré de tous par les sanguinaires Aztèques, qui associaient la cruauté la plus sauvage à la piété la plus onctueuse. D'ailleurs la religion et la guerre ne se séparaient point dans leur politique; puisque les expéditions militaires avaient pour but principal de fournir des victimes humaines au culte; puisque, du moins à Mexico, le Grand Pontife, ordinairement choisi dans la famille royale, était en même temps généralissime (1).

Pour entretenir la foi et la valeur guerrière, les Aztèques avaient institué des ordres religieux et des ordres militaires. Dans les premiers, dont les uns étaient masculins et les autres féminins, la règle était des plus rigoureuses. Ce n'étaient que macérations et pieux exercices. On se levait à minuit pour se plonger dans Teau : puis on veillait presque jusqu'au jour en chantant des hymnes et accomplissant des pénitences (2). — Dans les ordres militaires, dont les uns étaient purement aristocratiques et dont les autres récompensaient la valeur guerrière, des initiations cruelles, visiblement calquées sur celles des Peaux-Rouges, mettaient à Tépreuvela force d'endurance du candidat. Ainsi, pour entrer dans Tordre de Tecuhtli réservé à la seule noblesse, il fallait d'abord réunir certaines conditions d'âge, de courage éprouvé, de situation de fortune, puis subir une cruelle initiation. Après un acte d'adoration sur un téocalli, le grand-prêtre perçait en deux endroits l'oreille du candidat soit avec un os pointu, soit avec une serre d'aigle; après quoi il l'accablait d'injures grossières. Les assistants, qui sans doute

(1) Bancroft. Loc. cit. II. 200.

{2)L. Biart. Lrs Aztn/ucs. III.

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étaient déjà membres de Tordre, mettaient en pièces les vêlements du récipiendaire, qui, lui, devait tout supporter avec la plus parfaite impassibilité, sous peine d'être chassé honteusement.

Après l'initiation commençait un noviciat d'une ou deux années au moins. Pendant sa durée, le novice devait' porter des vêtements grossiers, jeûner, dormir assis et en outre des surveillants avaient soin de le réveiller de temps en temps. Lui-môme devait se lacérer avec des épines de maguey pour se tirer du sang, etc. (1) et l'offrir aux dieux mexicains, qui en étaient toujours altérés. Mais ces épreuves couronnaient bien l'éducation aztèque: elles en résumaient l'esprit à la fois ascétique et guerrier

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