IV. — L'éducaitiqn en Malaisie
Après avoir étudié les Mongols périsiniques du nord, il nous faut maintenant soumettre à notre rapide enquête ceux du midi, c'est-à-dire ceux de la Malaisie d'abord, ceux de la presqu'île indo-chinoise ensuite.
{{) Hue. Loc. cit. II. 371-374.
236 l'évolltion dk l'éducation
C'est en partant de la presqu'île de Malacoa que les mongoloïdes malais se sont répandus dans les archipels voisins, spécialement à Sumatra et à Java, iles auxquelles nous limiterons notre examen. On sait que les mœurs premières de ces deux grandes îles ont été profondément perturbées par des invasions guerrières ou pacifiques. Les Chinois, les Indous, les Arabes ont imposé ou introduit dans le pays leurs civilisations beaucoup plus avancées que celle des natifs. Mais ces grandes civilisations historiques et leurs modes d'éducation, nous aurons à les étudier plus tard. Ce qui surtout nous intéresse en Malaisie, ce sont la mentalité primitive et l'éducation indigène : Je ne parlerai donc en ce moment que de ce fonds antérieur aux civilisations importées et qui n'était guère supérieur à la sauvagerie de tous les pays.
Ainsi les Mintiras de la presqu'île de Malacca croient que le ciel est un grand pot renversé, suspendu au-dessus de la terre par une corde, qui pourrait bien se rompre. Dans leur opinion, le soleil et la lune sont des femmes et les étoiles sont les enfants de la lune (1). Les indigènes de Sumatra ignoraient que leur pays fût une île (2). Presque jamais ils ne peuvent dire leur âge même quand ils sont Mahométans. Leur chronomélric, très courte, mesure le temps par le nombre de moissons écoulées ; aussi arrivent-ils très vite à perdre la date d'un événement ; alors leur seule ressource est de la conjecturer d'après la contemporanéité de quelque circonstance mémorable (3). Leurs mois sont lunaires, mais ils n'en cherchent pas le rapport avec la révolution solaire ; en outre, ces mois ne se divisent pas encore en semaines, cela malgré la notable durée de la domination arabe. Leur jour n'a point de subdivisions fixes ; pour indiquer tel ou tel moment d'une
{l)Tylor. Civil. j)rim. 408.
(2) Marsden. Ilist. Surnalra, I. 292.
(3) Ibid, 93.
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journée, ils montrent avec le doigt la place où était alors le soleil, ce qui leur est relativement facile ; puisque, étant donnée la latitude, Tastre monte et, descend à peu près verticalement dans le ciel. Ils ont remarqué quelques constellations et la planète Vénus ; mais ils ne peuvent reconnaître celle-ci pour le môme corps céleste à ses diverses périodes. Comme la plupart des sauvages, ils s'expliquent les éclipses, en supposant qu'un monstre dévore la lune ou le soleil et ils s'efforcent d'effrayer cet être malfaisant, en faisant tout le bruit possible (1).
En Malais et dans la plupart des dialectes des archipels voisins le mot lima signifie à la fois «main » et « cinq» (2). La numération est donc digitale et par suite décimale ; mais la capacité arithmétique des indigènes est très faible. Pour compter, ils ont besoin de marquer par un signe mnémonique chaque dizaine et chaque centaine. Souvent ils s'aident de nœuds faits à uu cordon ; ce qui rappelle fort les quipos péruviens. Leur expression numérique la plus élevée est iajca, qui signifie dix mille ; mais elle est d'origine indoue (3). La plupart des Malais ont adopté l'écriture arabe ; pourtant les Rejangs et les Batlas de Sumatra emploient des caractères d'un autre type (4), mais qui sont très probablement dérivés de l'écriture indienne. Certains produits de l'industrie européenne émerveillent fort les indigènes de Sumatra. Après avoir examiné une pendule, un Sumatranais trouvait naturel que son peuple devînt l'esclave de gens assez habiles pour construire une machine aussi merveilleuse, comparable disait-il, au soleil, qu'Allah lui-même remonte (o).
Avant les colonies hollandaises et en dehors d'elles,
(i) Marsden, Loc. cit., I, 293. 294.
(2) Raille. History ofJava. (Appendice F).
(3) Marsden. Loc. cit. I. 290.
(4») Ibid, 302. 306.
(o) Ibid. I. 313.
238 l'évolution de l'éducation
point d'autre éducation que l'éducation familiale et spontanée, dont j'ai déjà cité tanl d'exemples. Les femmes accouchent, seules, presque sans interrompre leure occapations domestiques ; puis elles vont au bain, souvent en parcourant une notable distance. Elles portent leurs enfants non pas sur le dos, mais à califourchon sur leur hanche et en les soutenant avec un morceau d'étoffe. Les enfants, libres de maillot et de langes, sont ou suspendus au plafond de la case dans des espèces de berceaux oscillants, comme ceux des Indiens peaux-rouges, ou laissés libres de se rouler sur le plancher; aussi apprennent-ils très vite à marcher (1).
Un nom provisoire est donné à Tenfant au moment de sa naissance ; plus tard il en reçoit cérémonieusement un autre, le nom viril, qu'il change parfois dans le cours de sa vie. Quelquefois le père prend le nom de son fils aîné, suivant la coutume arabe. Par politesse, il arrive aussi qu'on donne aux femmes le nom de leurs fils aînés ; mais ordinairement elles portent toute leur vie, le nom qui leur a été attribué à leur naissance (2).
Aujourd'hui il existe, dans les colonies hollandaises, nombre d'écoles fondées pour les indigènes et tenues soit par des magisters, soit par des missionnaires (3). Quel est le résultat de cet enseignement au point de vue intellectuel? sans doute ce qu'il est partout, l'acquisition d'un très modeste bagage de connaissances primaires; mais, au point de vue moral, cette éducation chrétienne porterait de lamentables fruits. A s'en rapporter au témoignage de divers Hollandais, le goût du vol, le mensonge^ rivrogneric, la paresse seraient extrêmement communs dans les villages christianisés et scolarisés (4). L'éduca-
(1) Marsden. Loc. cit. II, 96. 93.
(2) Ihid, II. y:i. 05.
(3) Wallacc. Malay Archipdago, II. 40. 42. (4; Ibid.
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tioD primaire et chrétienne, telle qu'on la donne à ces Indiens^ ne semit donc en aucune manière adaptée à leur nature.