‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 80 sur 129 · I. — Les Arabes antéislamiques · texte numérisé non relu

I. — Les Arabes antéislamiques

Déjà, en parlant de l'éducation chez les Berbères, nous avons dû prendre contact avec le système pédagogique

322 l'évolution de l'éducation

des Arabes et avec leur science et il en serait de même pour tout pays musulman, quelle que pût être la. race, car la religion de Mahomet imprègne la vie sociale dans sa totalité ; à vrai dire, elle distingue mal entre ce qui est laïque et ce qui est sacré ; sa prétention est d'embrasser rhomme tout entier, de la naissance à la mort ; en outre elle est, par excellence, la religion prosélytique. En principe , Tlslamisme n'est pas la croyance d'un peuple ou d'une race. Son rôve, et il s'est efforcé de le réaliser avec le fanatisme farouche que l'on sait, c'est de faire entrer, de gré ou de force, le genre humain tout entier dans l'Islam. Pour marcher vers ce but, l'éducation et l'instruction ont servi au Mahométisme autant que le sabre ; elles ont consolidé et fondé moralement l'œuvre de la violence. Dans tous les pays conquis par les sectateurs du Prophète, cette méthode a été employée avec grand succès, et nous avons trouvé des écoles arabes à Tombouctou et en divers points de l'Afrique centrale. Mais cette passion du prosélytisme n'est point innée chez les Arabes. Durant des milliers d'années, l'Arabie préislamique est restée étrangère à cette sauvage ferveur; aussi, avant de voir ce qu'est Téducation islamique, il est nécessaire de chercher à connaître ce qu'elle était pendant la période antérieure à Tlslam. Sur ce point, les renseignements historiques seraient assez insuffisants, si l'Arabie ancestrale ne persistait toujours, très peu modifiée par le Mahométisme, à la source môme de l'Islam, dans le désert où prêcha le Prophète. Là, il est possible encore de retrouver, en ce qu'elle a d'essentiel, la société nomade et guerrière, que nous a décrite Antar, malheureusement en ne nous disant rien de l'éducation, qui devait être alors ce qu'elle est restée, surtout pratique et familiale. Aboyons donc comment nait et comment est élevé l'enfant chez les Bédouins d'Arabie.

La femme bédouine accouche en la seule présence et

CH. XII. l'ÉDUCATIOiN CHEZ LES ARABES 323

avec le seul aide d'une matrone, faisant office de sagefemme. Celle-ci commence par s'asseoir sur le solde la tente ; puis elle prend sur ses genoux la parturiente et, au moment de la naissance, elle reçoit Tenfant sur un tamis placé entre les cuisses de la mère (t). Ensuite la matrone, après avoir couché la femme, appelle le père de l'enfant et, à travers la paroi de la tente, elle lui apprend quel est le sexe du nouveau-né, ce qui lui vaut un présent indépendant de ses honoraires. Une fois informé, le père va porter la nouvelle aux parents et amis, qui attendent soit en plein air, soit dans une tente. Tout le monde le félicite et les femmes chantent ou poussent leur cri de joie habituel « liUlili » (2).

Trois jours plus tard et en présence des proches assemblés, la matrone interpelle le père, en lui disant: « Quel nom veux-lu donner à l'enfant? » En cela, on se conforme ordinairement à la tradition ; un garçon reçoit le nom de son aïeul; une fille celui de sa grand'mère; pourtant on* nomme parfois les enfants d'après une circonstance insignifiante, comme le font les sauvages. Tel enfant, par exemple, sera appelé « chien », parce qu'un chien s'est trouvé par hasard près de la mère au moment de Taccouchement (3). A partir de ce moment, le père change lui-môme de nom ; il ne s'appelle plus que « le père de... » et on Tofifenserait gravement, en lui donnant le nom qu'il avait porté jusqu'alors (4).

Le septième jour après la naissance, on célèbre une grande cérémonie, dite « de la taille du nombril », autrement dit de la chute du cordon ombilical. En présence d'une nombreuse assistance cette fois, la matrone accoucheuse fait chauffer de l'eau dans un

(1) Mayeux. Les Bédouins, t. III. 176.

('4) Burckhardt. Voy. en Arabie, 11. 71. (4) Mayeux. Bédouins» 179.

324 l'évolution de l'éducation

grand vase, préparé d'une curieuse façon. La surface intérieure en a été couverte soit de formules ou versets sacrés, soit d'initiales des noms de prophètes ou de saints personnages, ou même, si personne ne sait écrire, de certaines figures ou signes cabalistiques probablement plus anciens que le Koran. L'enfant est lavé dans l'eau du vase par la matrone, qui récite en même temps des formules pieuses et souhaite au nouveau-né toutes sortes de vertus et de prospérités. Pour finir, les assistants déposent, dans le vase vide, de l'argent ou des présents (1). Nos études antérieures nous mettent en mesure d'expliquer cette singulière pratique, que l'on a rapportée sans en comprendre le sens. C'est une simple variante d'une autre coutume arabe, que j'ai déjà signalée, celle de boire l'eau qui a servi à laver une inscription koranique écrite sur une planchette ou d'avaler des papiers talismaniques, sur lesquels on a écrit des versets du Koran. Dans la cérémonie « de la taille du nombril », l'eau, qui a lavé et dissous les caractères sacrés, n'est pas bue, mais elle baigne l'enfant et par conséquent doit lui être fort utile, ne fût-ce que pour le préserver soit des djinns malfaisants, soit du mauvais œil, c'est-à-dire de redoutables dangers. Chez les Bédouins d'Egypte, dès que l'enfant est né, on lui crie dans Toreille droite l'adan, rappel à la prière, qui doit le préserver des djinns et du mauvais œil (2) ; ce qui est évidemment une précaution analogue à celle du bain talismanique. C'est encore pour écarter ces mystérieux périls, que l'on s'abstient toujours soigneusement de louer la beauté d'un enfant; au contraire on a bien soin de s'écrier par prudence: « Oh! qu'il est laid ! » (3).

Le sevrage des enfants se fait tardivement, à deux, trois

(1) Mayeux. Bédouins. 182.

(2) Ed. d'Or. Inst. pubL en Egypte, 70. ;3) Mœurs des Arabes, 282.

en. XII. — l'éducation chez les arabes 325

et même quatre ans; du moins il en est encore ainsi chez les Bédouins d'Egypte, qui ont cerfainement conservé beaucoup des vieilles mœurs. Chez eux aussi, les enfants restent nus ou à peu près jusqu'à six ou sept ans (1).

Toutes ces coutumes remontent sûrement aux âges préislamiques. Le fait que, dans la cérémonie « de la taille du cordon », on peut remplacer les versets du Koran, etc., par des caraclôres magiques, l'atteste assez clairement. Quant à l'époque tardive du sevrage et à la nudité durant la première enfance; ce sont des traits ordinaires chez toutes les populations à demi sauvages.

Une aufre coutume, d'une importance capilale chez les Musulmans, la circoncision, est aussi fort antérieure à Mahomet. Elle était usitée en Arabie, des siècles avant la naissance du Prophète, et nous avons vu qu'elle est probablement d'origine égyplienne. Chez les Arabes préislamiques, l'opération de la circoncision a pu se pratiquer peu de temps après la naissance. Mais sur ce point le Koran est muet ; môme il ne parle pas de la circoncision, à laquelle Mahomet ne semble pas avoir pensé. Actuellement, cette petite opération, qui équivaut chez les Musulmans, au baptême chrétien, se fait assez tardivement, entre six et seize ans, généralement vers six à sept ans. On ne doit pas la pratiquer avant que l'enfant puisse prononcer la formule sacramentelle : « 11 n'y a pas d'autre Dieu que Dieu; Mahomet est l'apôtre de Dieu ». La légende arabe veut que celte excision, de si extrême importance, soit une mutilation expiatoire, enseignée par l'ange Gabriel à Adam et ayant pour but de punir la chair même, dont la révolte avait entraîné au péché le père du genre humain (2). Parmi les Bédouins la cérémonie de la circoncision ressemble beaucoup à ce qu elle est aujour-

(1) Ed. d'Or. Instruction publique en Egypte. 72

(2) G. Sale. Observ, hist,sur le Afahom. Livre IV.

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d'hui dans les villes arabes ; elle est seulement plus simple. L'enfant, placé sur. un cheval, est promené par un cortège de parents et d'amis, qui chemin faisant, poussent des cris. L'îmâ?n lui-même remplace souvent le barbier opérateur et alors Tenfant lui est amené en cérémonie (1).

La circoncision clôt la première enfance, pendant laquelle aucune éducation méthodique n'est donnée à Tenfant. On lui laisse seulement une pleine et entière liberté et il peul se développer sans gène. Parfois chez les Bédouins, le père encourage son enfant à frapper et à injurier les étrangers (2). On sait que, d'après les mœurs primitives des Arabes, est étranger quiconque n'appartient pas au clan ou tout au moins à la tribu. Or, un Bédouin n'a de devoirs sociaux que vis-à-vis des membres du petit groupe, dont il fait partie intégrante. Sur tout le reste, il a le droit de rhazia et il en use. Au contraire, des liens serrés le relient à ses consanguins du clan ; dans ce petit groupe, règne une solidarité étroite ; aussi, et sans qu'on s'y applique, l'influence de ce milieu presque familial donne l'éducation morale et marque le caractère des enfants d'une empreinte spéciale. En effet, les petits bédouins vivent toujours sous les yeux d'hommes d'âge mûr; c'est pourquoi, dès la première enfance, ils prennent un maintien sérieux (3). Dans le clan, l'existence est quelque peu austère. Point de divertissements bruyants: la musique et la danse sont réputées presque indécentes, Tusage des boissons fermentéos est interdit (4). Toujours les conversations sont convenables, quoiqu'on ne s'y gêne point pour nommer par leur nom toutes les parties du corps sans exception ; mais la chose se fait simple-

(1) Mayeux. Loc. cit. 183.

(2) Burckhardt. Ij»c. cit. II. 72.

(3) Nirbiihr. Descript. de l'Arabie. I. 32.

(4) Ibid, 32.

CH, xii. — l'éducation chez les arabes 327

ment, honnêtement. On n'entrave d'ailleurs en rien le babil des enfants, ni la loquacité des femmes, quoique les Bédouins aiment qu'on dise beaucoup de choses en peu de mots et d'un ton doux, toujours égal (1). Ils écoutent néanmoins avec grand intérêt les bons orateurs, les orateurs éloquents (2).

Fort illettrés, même sachant rarement lire, ils donnent surtout aux enfants une éducation athlétique ; ils leur enseignent, de très bonne heure, à lutter, à courir, à porter de pesants fardeaux, à tirer de l'arc, à manier la lance, à lancer des dards, à se servir de la fronde, surtout à monter à cheval et à se tenir sur un chameau. Dès que l'enfant est capable de manier une monture, il accompagne son père en voyage et môme au combat. Alors se fait l'éducation guerrière ; on enseigne surtout aux jeunes garçons à surprendre l'ennemi, à tendre des embuscades (3). L'enfant bédouin est cavalier et guerrier à l'âge où les nôtres jouent encore avec des sabres de fer blanc et chevauchent sur un bâton. Les peliles guerres de tribus ou contre certains princes, les attaques de caravanes étant de tous les jours, les Bédouins s'habituent dès l'enfance à braver la mort en combattant (4). Dans quelques tribus on voit les femmes elles-mêmes faire assaut de courage avec les hommes, se servir des mêmes armes et monter à cheval, comme eux (5). Il en est même qui sont plus habiles que les hommes à se servir de l'arc, de la fronde, du javelot, à lancer en galopant des bâtons de quatre à six pieds de long (6). — On peut dire que le petit bédouin grandit dans une école de gymnastique guerrière. — Ce n'est pas tout ; il exerce aussi le sens le plus utile au

(1) Mœurs des Arabes. 163.

(2) Mayeux. Bédouins, t. III. 8.

(3; Ibid. 186-188.

(i) rbid. i. II. 117.

(5) rbid. 150.

(6) Ibid. t. m. 1. 2.

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désert: la vue. Dès l'enfance, on rivalise à qui découvrira ou verra le mieux un objet donné à une grande distance; car l'acuité de la vue est tenue pour une qualité très précieuse (1).

L'éducation physique et l'éducation morale, adaptées toutes deux à l'existence des Arabes primitifs, ne manquent donc pas aux enfants des Bédouins; mais ils reçoivent aussi une certaine éducation intellectuelle, consistant surtout à développer leur mémoire, à l'orner et à leur faire bien connaître les beautés et finesses de la langue. On enseigne, en les racontant sans cesse, les histoires des héros du désert, des personnages fameux par leurs vertus; on narre des apologues, des contes dans le genre des Mille et une nuits ; on apprend aux enfants des proverbes, des locutions métaphoriques; on s'exerce devant eux et on les exerce à composer, à l'impromptu, des distiques ; car un Bédouin bien élevé doit s'énoncer avec grâce. La plupart des enfants deviennent ainsi, sans y songer, maîtres en beau langage et l'on voit des petits garçons, des petites filles, qui peuvent improviser sur un sujetquelconque ou achever instantanément des distiques, dont on leur dit seulement les premiers vers (2).

Un Bédouin, dont l'éducation est complète, est donc à sa manière un lettré; mais surtout il est agile, très robuste, dur à la fatigue, patient à la douleur, capable, sans que sa santé en souffre, de supporter la faim, la soif, la fatigue, de résister aux intempéries, de marcher pieds nus sur le sable surchauffé, de s'exposer presque sans vêlements, aux rayons d'un soleil ardent (3).

Les Bédouins appellent avec mépris les Arabes des villes «habitants ù ciel couvert» (4). Rarement malades, ils

(1) Mayeux. Bédouins, t, III. 3.

(2) Ihid. 190. 193.

(3) Ihid. t. H. 137. 138.

(4) Ibid. 132.

CH. xii. — l'éducation chez les arabes 329

se soignent peu et toute leur médecine est une médecine de bonne femme; ils ont leurs simples, leurs infusions de racines, etc. (1). En général, ils dédaignent les médecins. Dans un recueil fort estimé (Kitàb el-Hhadyts) et contenant des légendes, dont Mahomet est toujours le héros, un récit résume bien Topinion des Arabes sur la médecine des Francs. Il s'agit d'un prince grec, qu'on ne nomme pas, mais qui aurait expédié au Prophète, à titre de présents, trois choses selon lui d'une inestimable valeur, savoir : un chapelet de superbe corail, une très belle Géorgienne et enlin un médecin extrêmement habile; le tout avec une lettre d'envoi. Le Prophète répondit en ces termes: « Louange à Dieu, qui inspire ses élus. J\ous te remercions sincèrement des dispositions amicales, que tu manifestes envers notre personne bénie. Ton chapelet a été accepté avec grand plaisir; notre satisfaction de l'esclave géorgienne est complète et nous l'avons placée honorablement dans le harem. Quant au médecin, nous te le renvoyons. Grâce à Dieu et à nos mœurs, toute sa science nous est inutile; car nous ne mangeons que pour satisfaire notre faim; nous ne buvons que pour étanchor notre soif; nous ne dormons que si le sommeil nous accable. Si vous en faisiez autant, vous autres qui habitez à ciel couvert, le pain manquerait, bientôt et sans faute, à tous les professeurs de Tart le plus pernicieux. Nous te saluons (2) ».

La science des Arabes nomades, des Bédouins en général, est nulle et ne doit guère dépasser celle des Arabes préislamiques. En dehors de leur goût pour le beau langage et la poésie, ils sont dénués de curiosité intellectuelle et de notions scientifiques. Leur jour est bien de vingtquatre heures, comptées d'un coucher de soleil à un autre; mais ils n'ont aucun procédé pour mesurer les heures et

[i] Mayeux. Bédouins, t. IL 133.

(2) Ibid. 131-132.

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ils s*en figurent frès imparfaitement la durée. Seules, les heures de midi et de minuit sont bien déterminées; pour les autres, on les indique approximativement: « c'était vers midi; c'était vers le soir, etc. ». — Les mois sont lunaires ; mais le nombre de leurs jours se compte par à peu près. Arrive-t-il que le temps soit convert, le jour oîi la nouvelle lune commence à ôtre visible? alors on se gêne pas pour faire commencer le mois un jour plus tard. — Comme Tannée lunaire est trop courte de onze jours, les Arabes y remédient en comptant sept mois de 3i jours, quatre de 30, un de 28 et un de 29 (1).

Les Arabes voisins du Golfe Persique et peut-être ceux de toute TArabie connaissent surtout, parmi les étoiles et conslellations, Sirius et ils observent l'instant où cette étoile sort assez des rayons du soleil pour qu'on la puisse voir, le matin ; car à partir de ce moment la chaleur diminue (2). 11 n'est pas sans intérêt de remarquer que les Egyptiens observaient aussi le lever héliaque de Sirius et même en avaient fait le point initial de leur année. Le plus grand effort de l'astronomie primitive des Arabes semble avoir été de déterminer un Zodiaque lunaire, composé des 28 maisons^ que la lune habite successivement, une chaque nuit (3).

L'invention du Zodiaque solaire est de date plus récente que colle du Zodiaque lunaire et il esl peu probable que les Arabes l'aient trouvée d'eux-mêmes. Tout récemment encore, les plus savants d'entre eux comptaient sur leurs doigts les douze signes du Zodiaque; mais très peu connaissaient les étoiles (i). C'était encore d'après le Zodiaque lunaire, que les astrologues arabes faisaient leurs

(\) Niebuhr. Loc. cil. I. 155-1. "»6.

• 2) Ibid. 162.

(3; (i, Sale. Loc, cit. I.iv. 1. p. 476, (4) Niebuhr. Loc. cit. 100.

CH. xiî. — l'éducation chez les arabes 331

prédictions (1). Comme bien d'autres peuples, c'est surtout dans un but astrologique, que les Arabes ont quelque peu étudié le ciel (2). Niebuhr rapporte que, chez un astrologue, il a pu voir un globe céleste en cuivre, sur lequel les étoiles avec leurs noms étaient indiquées en or et qui avait été construit à la Mecque (3), mais sûrement d'après une science à la fois beaucoup plus récente que celle des Bédouins et relativement plus avancée; car les Arabes primitifs s'étaient fait de l'univers une idée des plus grossières, que l'on trouve même encore exprimée dans le Livre sacré des Musulmans.

Ainsi, d'après le Koran, la terre, disque plat, est maintenue en place par le poids de ses montagnes; le ciel est une voûte solide, un dôme plutôt, reposant par ses bords sur le cercle terrestre; il existe sept cieux superposés, et, de ces cieux, le plus élevé est la résidence de Dieu, dont le trône est supporté par dos animaux ailés. Les étoiles filantes sont des pierres incandescentes, lancées par les anges aux esprits impurs, quand ceux-ci ont l'insolence de trop s'approcher des cieux (4). Quelques-uns de ces concepts grossiers paraissent venir d'Assyrie; mais on les doit plutôt considérer comme ayant été communs à tous les Sémites primitifs.

n. — Les écoles arabes élémentaires.

Après Mahomet, les écoles arabes naquirent de Tardeur môme du prosélytisme et de la conquête. Dans les pays plus civilisés que l'Arabie et où les bandes musulmanes firent irruption, il existait déjà des écoles organisées ; or en tout pays l'école, si la religion la confisque,

(i) r.. Sale. Loc. cit Liv. I. 476.

(2) Niebuhr. Loc. cit.l. 171.

(3) Ibid, 166.

(4) Draper. Développement intplkctuel en Europe. II. 114.

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est UQ puissant moyen de propagande ; enfin les conquérants avaient besoin, sous peine de se noyer dans les contrées envahies par eux, de s'agréger une partie au moins des populations soumises et aussi de garantir leurs propres enfants contre la contamination des doctrines infidèles. Cependant ce fut surtout des écoles supérieures, mais théologiques, dont un certain nombre servirent de noyau à des Universités encore existantes, que créèrent d'abord les Arabes. Les écoles primaires se fondèrent, pour la plupart, d'elles-mêmes, sans aide et sans contrôle. Encore dans ces dernières années, en Egypte, quiconque parvenait à réunir autour de lui quelques enfants était libre d'ouvrir une école, qu'il installait où il pouvait: dans une cour de maison, sous un hangar, dans la cour d'une mosquée ou sous sa colonnade extérieure. L'intérieur du Saint Lieu ne donnait asile qu'à un enseignement d'ordre plus élevé.

Ces écoles élémentaires sont, toutes, de môme type et on les trouve dans toutes les parties du monde musulman. Les mieux organisées, les plus durables, sont ou subventionnées par certains quartiers dos villes (1) ou entretenues, quelquefois créées par des donations, par des biens dits Wahouf.^. De ces dernières les unes sont indépendantes; d'autres, du moins en Egypte, sont contrôlées par le gouvernement (2). Enfin il existe aussi des écoles de village, ne comptant qu'un très petit nombre d'élèves et trop souvent tenues par un maître extrêmement ignorant (3).

Dans les grandes villes, comme à Alexandrie, on construit, pour nombre d'écoles primaires, des édifices spéciaux, bien appropriés au but à atteindre et d'un style architectural particulier, des locaux où l'on trouve à la

[i) Oscar I.enz. Timboucloii. I. 45.').

(2 Ed. d'Or. liistvHC. publ. en Egypte. 62.

(3j Ibid. iOD.

CH. XII. — l'éducation chez les aj^abbs 333

fois de Tair, du jour, de Tombre et un espace suffisant (1). Dans les villes, ces écoles élémentaires sont très nombreuses et très fréquentées; aussi, môme au Maroc, la population urbaine sait-elle en général lire et écrire ; mais les campagnards et les nomades n'ont reçu à peu près aucune instruction (2).

L'école primaire, la Kouttâb, n*a pas changé depuis des siècles (33. Qui en voit une, les voit toutes. A Alexandrie, les enfants vont à l'école, le matin, et n'en sortent que vers six heures du soir; pourtant, le jeudi, la classe cesse à midi. Les jours ordinaires, les enfants font un léger repas composé de pain, de dattes, de fèves, de lupins. Souvent le maître mange avec ses élèves et de leur provende (4), ce qui est à la fois familial et économique. Cette école primaire se retrouve partout dans le monde arabe, à peu de choses près la même et autant que possible adjacente à une mosquée. La classe des maîtres ou Fiqi, c'està-dire des hommes instruits dans les lois de l'Islam, ne possède qu'un mince bagage de savoir, quoiqu'elle soit ordinairement composée d'anciens élèves, ayant plus ou moins suivi les cours dits supérieurs des mosquées. Les F/qi sont des espèces de moines laïques, vivant surtout des services religieux qu'ils rendent. A Toccasion des notables événements de famille, circoncisions, mariages, morts, ils vont, dans les maisons, faire des lectures du Koran. Dans l'opinion des Arabes, le Koran est la source même de tout savoir. Pour exercer son métier de maître d'école, il suffit donc à un fiqi de savoir le Koran par cœur; il en est même, qui ne savent ni lire, ni écrire; mais cela ne les empêche point de tenir leur école. Leur aide, Variff trace pour eux les modèles d'écriture. D'au-

(1) Ed. d*Or. Loc. cit. 52, 53, elc.

(2) Oscar Lenz. Timbouclou. I. 455.

(.3) Ed. d'Or. Loc. cit. III.

(4) Ibid. 66-67.

334 l'évolution de l'éducation

très flqi sont aveugles et n'en enseignent pas moins, mais de mémoire (1). La lecture du Koran, Técriture, tout au plus, la valeur numérique des lettres et parfois les plus simples règles de Tarithmélique : voilà tout ce que les élèves peuvent apprendre à l'école élémentaire ; il est rare qu'on y joigne quelques notions de géographie, mais d'une géographie tout à fait fantastique (2). Souvent le fiqi n'a pas la moindre idée du calcul et, en Egypte, poui* l'apprendre, Tcnfant va demander des leçons à un peseur public. Le populaire compte, comme il peut, sur ses doigts, sur ses orteils, etc, (3). Il est assez probable qu'on ne procédait pas autrement dans l'Egypte ancienne, où l'on devait sûrement se préoccuper fort peu d'instruire la classe servile.

Le matériel scolaire est des plus simples; il se compose, pour chaque écolier, d'une tablette en bois ou en fer battu et en outre d'un étui en cuivre renfermant quelques roseaux [Kalaniy calamus). Lue petite boîle, soudée à cet élui, contient un morceau d'épongé imbibé d'encre. L'école ne fournit pas ces objets, qui, tous, sont apportés par rélève (4). La tablette sert à l'enfant pour y tracer les caractères. On apprend simultanément à lire et à écrire; car lettres, syllabes et mots s'écrivent toujours, en même temps qu'on les prononce. En premier lieu, l'enfant se familiarise avec les lettres, d'abord avec les consonnes, puis avec les points-voyelles et les signes orthographiques ou numéraux. Quand il sait prononcer et écrire les lettres, l'élève aborde les syllabes simples, celles qui commencent par des consonnes et qui peuvent produire 113 combinaisons. Viennent ensuite les syllabes commençant par des voyelles. Après quoi on s'occupe des mots faciles. Ces mots sim-

{\] Ed. d'Or, fnsiruc. publ. eu Égypt, 02. (2) Ibid.

[:\) Md, 92.

h) Ibid, 77.

CH. xii. — l'éducation chez les arabes 335

pies, le fiqi les écrit; Tenfant les épelle et les lit à haute voix (l). Mais le mode d'écriture n'est pas le même dans tout rislam; il varie, dans le détail, suivant la province, la race, etc., de sorte qu'à la seule inspection d'une adresse, on devine la provenance d'une lettre (2). L'écriture ne s'est pas encore individualisée.

A l'école, le fiqi n'enseigne jamais qu'à un seul élève à la fois; mais à tour de rôle les élèves viennent s'asseoir auprès du maître, montrer ce qu'ils ont écrit, réciter ce qu'ils ont appris et enfin recevoir une nouvelle tâclic (3).

Quand l'enfant sait lire, alors commence la grande élude, celle qui est la raison môme de l'école. Elle consiste à apprendre par cœur tout ou partie du Koran ; rélove commence le Livre par la fin ; car les dernières sourates sont plus courtes, plus claires que les autres et enfin elles passent pour avoir été révélées les premières. Ordinairement Técole ne possède qu'un seul exemplaire du Koran, au plus deux ou trois, parfois aucun; dans ce dernier cas, le fiqi récite les versets de mémoire (4). En apprenant ces lignes sacrées, l'élève les prononce à voix haute et toujours en se balançant sur les hanches. Tous les élèves piaillent ainsi à la fois, ce qui n'empêche pas le maître de redresser leurs fautes individuelles, soit de prononciation, soit de mémoire, nuème de corriger au besoin d'un coup de sa longue baguette les écarts de tenue ou de conduite (3). Ces petites corrections accidentelles ne sont pas les seuls moyens disciplinaires ; pour les fautes graves, par exemple, pour insubordination, le maître peut appliquer une légère bastonnade sur la plante des pieds, que protège d'ailleurs une épaisse couche d'épiderme

(i) Ed. d'Or. Loc, cit., 77.

(2) Burckhardt. Voy. Amb. I. 295.

(3) Ed. d'or. Loc. cit. 77.

(4) Ibid. 78. 79.

(5) Ibid. 81. 83.

corné. Enfin le poteau et le cep constituent les plus graves moyens de répression (1), ceux qui punissent les grosses fautes.

Dans ces écoles primaires, l'étude du Koran est toute machinale, mnémonique; il s'agit de savoir répéter, comme un perroquet, nullement de comprendre, ce qu'on récite. Au moment de quitter l'école, quand l'instruction est complète, quelques bons élèves peuvent débiter de mémoire le Koran tout entier; mais c'est surtout ce livre, que l'écolier a appris à lire, et, si on lui donne d'autres ouvrages, il les déchiffre avec bien moins de sûrelé (2).

Chaque année, des examens mettent en relief les meilleurs élèves, que récompensent ensuite des cadeaux et une procession solennelle (3). — Pour rétribution de ses peines, le fiqi ne reçoit aucun traitement fixe ; mais, chaque jeudi, les élèves lui apportent une piastre, une piastre et demie ou deux piastres (une piastre = 0 fr. 26); ce qui fait, approximativement et pour l'année, vingt francs par élève, soit en moyenne pour une vingtaine d'élèves, car beaucoup ne paient point, une somme de 400 fr. par an. En outre, les parents aisés font au maître de petits cadeaux, d'une ou deux piastres, par exemple, à chaque étape scolaire heureusement franchie: quand l'enfant sait lire ; quand il sait écrire; quand il connaît les nombres ou la valeur numérique des lettres ; quand il sait de mémoire un certain nombre de sourates; surtout quand il peut triomphalement réciter tout le Livre (i). — Enfin, durant le Rhamadan, lors de la fête où Ton célèbre la fin des études pour les élèves suffisamment instruits, le fond des Wahoufs fait au fiqi divers petits cadeaux, qui ne sont pas à dédaigner: un

(1) Ed. d'Or. Loc. cit. 83.

(2) rbid. 80. 86.

(3) IbifL ilO.

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tarbouch élégant, une pièce de cotonnade, etc. (1). En pays arabe, comme en pays chrétien, le métier de maître d'école enrichit rarement son homme.

Néanmoins ces écoles si modestes, si imparfaites, ces maîtres si peu savants et si mal rétribués ont joué et jouent encore un grand rôle dans le maintien et la propagation de la foi islamique ; ils en sont le ciment. Grâce à eux, un lien moral et intellectuel relie les membres si divers, si disséminés du grand corps de Tlslam. La pauvreté môme des idées et des notions, que propagent ces écoles, les rend accessibles à tous, quelle que soit la race, quel que puisse être le pays. On comprend donc que la charité, devoir prescrit à tous les Musulmans, et généralement rempli par eux, même par les plus pauvres, s'exerce souvent sous la forme de fondation d'écoles (2), dont chacune ne nécessite pas une grosse somme.

La législation islamique s'est aussi préoccupée de l'éducation première des enfants et elle Ta fait avec une sollicitude éclairée, ne négligeant pas même certains détails, dont nos codes civilisés ne se soucient guère. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans la Jurisprudence musulmane de Khàlil (3) : « Ne confier les soins et l'intelligence de l'enfant qu'à une personne (homme ou femme) jouissant de la plénitude de sa raison, n'étant ni étourdie, ni irré* fléchie, ni d'un naturel dur et cruel ; à une personne d'un âge pas trop avancé, en état de pouvoir s'occuper de Tenfant et ayant de bonnes mœurs. » — Quoique le salut de l'enfant prime tout aux yeux du législateur musulman, il ajoute que, pour cette fonction, la qualité de Musulman n'est pas indispensable ; et, certes, c'est là, pour un

(i) Ed. d'Or. Loc. cit. 67.

(2) Ibid, 50. 52

(3) Khâlii. Jurisprudence musulmane, t. vi. Ch. xu. Seclion in. par. 2 (page 162, etc.)

338 L^ÉVOLETION DE L'ÉI>rCATION

croyant, une grosse concession. Puis Kbàlil continue ainsi : a L*bomnie chargé de Tenfant doit avoir une famille, qui sache et puisse s'en occuper; il lui faut ou une concubine, ou une femme légitime, ou une domestique, qu^elle soit esclave ou gagée ; car Tbomme n'a pas la patience de la femme pour les soins de Tenfance (i). » Ce n'est pas tout encore. Il faut que la femme, à qui on confie Télevage, ne soit pas mariée depuis peu ; car alors elle pourrait être distraite de son devoir ; aussi, dans ce cas, le droit d'élevage est enlevé à la femme et il passe à la personne qui suit dans Tordre delà parenté (2). — La personne, qui élève Fenfant, qu'elle soit sa mère, sa parente ou une étrangère, reçoit du père on du tuteur la nourriture et le logement de l'enfant. Les dépenses d'entretien sont réglées par le Kadi (3). — Autre précaution : « Le fidèle libre, ayant l'autorité paternelle (le père ou le tuteur), ne doit pas voyager à une distance de seulement six béridj sans emmener avec lui l'enfant et la femme qui en a soin » (4). — Quoique plus savantes, plus compliquées que celles de l'Islam, nos législations européennes ne descendent pas ou plutôt ne s'élèvent jamais à ce rôle de tuteur prévoyant de la première enfance. C'est que, dans le code des Arabes comme dans tous ceux des très anciennes sociétés, la grande préoccupation du législateur a été de favoriser raccroissement de la population. Dans nos codes plus modernes, on a surtout pensé à la propriété, à l'argent.

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