‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 81 sur 129 · III. — Les écoles supérieures · texte numérisé non relu

III. — Les écoles supérieures

L'enseignement primaire s'est créé chez les Arabes presque de lui-même, par le zèle des particuliers, par les

(1) Khàlil. Loc, cit. 162.

(2) Ibid. 163.

• (3) fhid. 168.

(4) Ibid. 165.

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fondations indÎTidnelIes. Pour renseignement secondaire et surtout supérieur, il a été favorisé par les Khalifes. Mais les particuliers riches ont souvent fondé non seulement des écoles secondaires, des médresseh, mais encore des écoles spéciales, destinées à Tétade de la tradition et de la Loi du prophète, des écoles supérieures de mosquée où Ton enseignait la théologie et le droit, en outre des bibliothèques, etc. (1). On a conservé Je nom du premier Musulman, qui enseigna le Ivoran dans une mosquée : ce fut un certain Abou Darda, qui mourut, l'an 32 de mégire (2).

Les écoles de mosquée furent surtout théologiques ; au contraire les médresseh eurent un caractère plus laïque et les sciences profanes y trouvèrent asile (3). A Bagdad, en 63f de FHégire (1230), Al Mostanser fit construire une des plus splendides médresseh, oii Ton enseigna la médecine (4).

Au cours de leurs conquêtes, les khalifes fondaient ou transformaient des capitales, dans lesquelles affluaient, autour d'eux, les savants et les artistes. Koufa, la capitale du khalife Omar, devint tout d'abord le foyer arfi<?lique et scientifique de Torient arabe. De Koufa, une écriture spéciale, le Koufique, analogue à l'écrituro syriaque, se répandit dans le monde musulman (o). A Damas le khalife Olhman chargea des théologiens de réviser la rédaction du Koran. Puis vinrent les centres intellectuels de Bagdad, d'Alep, de Kairouan en Tunisie, du Kaire, de Cordoue (6). Mais ces écoles n'eurent souvent qu'une prospérité relativement courte ; car, au fur et à

(1) Ed. d'Or. Loc, cit. 121-122.

(2) Ibid. 122.

(3) Ibid. 124.

(4) Ibid. 123.

(5; Ibid. 118.

(6) Ibid. 120-121.

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mesure de la marche en avant des khalifes, les capitales se déplaçaient, changeaient et de nouvelles fondations scolaires remplaçaient les anciennes. Ces écoles arabes ne furent pas exclusivement théologîques. Ainsi, à Bagdad, Mamoun, fils d'Aroun, créa des observatoires, calcula lui-môme des tables astronomiques et fit mesurer un méridien dans les plaines de la Mésopotamie. A Cordoue, fut instituée la première école de médecine européenne, et Hakim II (961-976) forma, dans son palais, une bibliothèque de 600.000 volumes (1). Au Caire, Azis le dyn Illah créa, à la mosquée d'El Azhar, des cours dont le professeurs touchaient un traitement fixe (2). L'école El Azhar (la fleurie) du Caire fut fondée en 970, un an seulement après la capitale (3). Elle est encore florissante et je la décrirai tout à Theure. Mais la plupart des autres centres d'enseignement ont disparu. Même à la Mecque, dans la ville sainte, les nombreuses viédresseh d'autrefois ont été, l'une après l'autre, converties en logements pour les pèlerins. La population de la ville ne songe plus qu'à gagner de l'argent pour cette vie et le paradis dans l'autre (4). Au Maroc, il existe encore des écoles de théologie à Tclouan, Marrakech, Fez. Les sciences, la médecine, la chimie, l'astronomie, les mathématiques s'enseignent toujours dans ces universités ; mais, exactement comme elles étaient en Espagne, du temps de la domination arabe, sans aucun progrès (3). Aujourd'hui la mieux conservée et la plus vivante des grandes écoles arabes est celle du Caire, El Azhar. Par elle, on peut se faire une idée suffisante des autres. De tout temps cette école a joué un grand rôle intellectuel parmi les populations mu-

(l) Ed. d'Or. Loc.cU, 131.

:2) Ibid. 132.

<3î Ibid. 139

(4) Burokhardl. Loc. cit. t. I. 291.

(5) Oscar Leiiz. Timbouctou. I. 'roo.

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sulmanes, et des milliers d'étudiants, venus de tous les points de Tlslam, même de Tlnde, même du Soudan africain, y affluent encore (1).

Quoiqu'en général, en pays musulman, renseignement n'ait rien d'officiel ; pourtant le chef, le cheik, d'El Azhar est actuellement nommé par le gouvernement ; le poste, qu'il occupe, est d'ailleurs purement honorifique, mais il procure à son titulaire une grande influence. Les professeurs d'el Azhar sont nombreux; on n'en compte pas moins de 314, appartenant à quatre sectes différentes; mais ils ne touchent d'autre traitement que des contributions volontaires (2). Point de nominations officielles à tel ou tel cours. Qui est capable d'enseigner enseigne, si bon lui semble ; du moins il n'y a pas de contrôle d'Élat. Les élèves ayant coutume de se rassembler par groupes pour se remémorer et pour répéter les leçons qu'ils ont entendues, de nouveaux professeurs sortent, de temps en temps, de ces petites réunions et s'essaient à l'enseignement. Comme il est admis que tout le monde a le droit d'argumenter un professeur quelconque, les anciens professeurs, les cheiks, se mêlent à l'auditoire des débutants et discutent parfois avec eux. L'auditoire est juge du combat et, suivant l'insuccès ou le succès de l'argumentation, le nouveau professeur ou disparait ou prend définitivement place sans autre investiture parmi les professeurs de la mosquée (3).

A El Azhar, le plan des études est borné; on se propose seulement de former des /?gî, des jurisconsultes et des théologiens. L'enseignement est divisé en quatre sections, dont les deux premières, consacrées à la grammaire et à la syntaxe, sont préparatoires; dans la troisième, on pro-

fil E. d'Or, Loc, cit. 142.

(2) Ibid. 149-151.

[3) Ibid. 152-lo3.

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fesse la science et Tunilé de Dieu ; on y énumère et on y décrit les qualités essentielles de la divinité; dans la quatrième section, on s'occupe de Droit et on enseigne les innombrables commentaires du Koran.

Pour s'assimiler ces connaissances, pourtant si creuses, les élèves travaillent avec une ardeur extrême, mais en n'exerçant guère que leur ménioii'e, et sous ce rapport, ils font des prodiges, d'inutiles prodiges. — Pourtant aux cours jugés essentiels, que je viens d'énumérer, on en joint d'autres de rhétorique, d'éloquence, de prosodie, de logique, même d'arithmétique, mais d'arithmétique eatenduc surtout comme exercice de calcul mental ; enfin des cours de géométrie et d'astronomie (1). Tout à Iheure nous verrons ce que vaut cette science musulmane. — Mais ce qui est admirable, c'est le zèle des étudiants, leui* naïve admiration, les exclamations, le frémissement de plaisir, par lesquels ce sentiment se manifeste (2).

Pour faire sa leçon, le professeur s'accroupit simplement sur une natte, au pied d'une colonne; ses élèves l'entourent, récitent la formule sacrée, la faVhàk ; puis la leçon commence. Souvent le maître s'interrompt pour interroger tel ou tel 'élève, afin de voir s'il a été compris (3). La leçon terminée, les éludianls s'inclinent jusqu'à terre pour baiser la main du professeur toujours accroupi sur sa natte (4).

La mosquée où se font les cours est en même temps le domicile des étudiants, et ils ne la quittent guère; ils y mangent; ils y dorment sur des nattes; ils y échafaudent, le long des parois, les caisses contenant leurs pauvres bardes et les objets qu'ils possèdent. Rien ne limite la durée des études ; pourtant elle est en moyenne de deux

(1) E. d'Or. Loc. cil, 101-163.

(2) Ihid, 172.

(3) IbiiL 11)8.

^4 Ibid. 172.

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à trois ans; mais certains étudiants restent à la mosquée jusqu'à la vieillesse (1).

L enseignement étant surtout oral et mnémonique, il y a des étudiants aveugles, auxquels leurs camarades et quelquefois le professeur lui-même apprennent patiemment les textes à retenir, en les leur lisant avec une grande lenteur (2).

Les sciences d'observation, la médecine et Talchimie, sciences évidemment connexes dans i opinion musulmane, ont été longtemps enseignées au Caire, non dans la mosquée, mais à Thospice des aliénés, au Morislan (3). A vrai dire la science arabe, surtout la science d observation, existe à peine et, lors du voyage de Niebulir en Arabie, la plupart des médecins ne connaissaient guère autre chose que les termes de leur art d'après Avicenne et quelques anciens ouvrages grecs ou arabes (4). Toute cette science, si ardemment enseignée et apprise dans les mosquées, n'est qu'une science de mots ou de subtilités, une science momifiée, qui, de génération en génération, se transvase sans changement notable de la mémoire de§ maîtres dans celle des élèves.

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