‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 83 sur 129 · V. — Comment a écolué Véducalion arabe · texte numérisé non relu

V. — Comment a écolué Véducalion arabe

Dans la série de ces études ethnographiques sur l'éducation, nous sommes arrivés au point où les vues d'ensemble commencent à devenir possibles. Pas à pas, nous avons gravi l'échelle hiérarchique des races, en rapprochant du mode d'éducation adopté le degré du développement intellectuel atteint. En procédant ainsi, nous avons d'abord constaté, chez les races sauvages de toute couleur, une grande analogie dans les modes d'éducation et dans la mentalité. Puis, passant aux anciennes civilisations de l'Amérique centrale, de la Chine et de TEgypte, nous avons pu noter les grands progrès accomplis, mélangés pourtant de survivances archaïques ; mais la route parcourue entre le point de départ et le point d'arrivée, les étapes de l'évolution, qui a fait sortir la civilisation

(1) Ktiâiii. Loc, cii, t. vi. 290 (Note).

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de Tétat sauvage, ont échappé à notre observation directe. En ce qui touche les Arabes, il en est tout autrement. La civilisation ou plutôt la barbarie préislamique nous est connue et nous savons, qu'entre elle et celle des Bédouins actuels il y a peu de différence. Nous voyons que, tant qu'a duré Tétat mental préislamique, l'éducation arabe n'était pas encore organisée, qu'il n'était pas question d'écoles. Durant cette période de la vie arabe, l'enfant se forme dans le milieu familial, dans celui du clan ; il y reçoit une éducation spontanée, mais pratique, très bien adaptée au genre de vie qui Tattend, une éducation qui le rompt à Téqùitation et aux exercices guerriers, qui trempe sa volonté et développe son endurance, qui, en résumé, le prépare très bien à la rude existence du désert. L'éducation intellectuelle ne lui fait pas non plus tout-à-fait défaut; elle s'acquiert aussi par la seule influence du milieu social, mais donne aux jeunes gens une langue châtiée et leur inculque un goût très vif pour la poésie et Téloquence. De science réelle, il n'est pas encore question.

Après Mahomet, tout change. Les clans arabes, fanatisés et avides de butin, font irruption dans les Etats anciennement civilisés, qui les entourent; ils y trouvent en vigueur un enseignement scolaire organisé; ils en comprennent l'utilité pour la propagande et le maintien de leur foi nouvelle et se mettent, princes et particuliers, à fonder partout des écoles musulmanes, les unes élémentaires, les autres plus relevées. Ces dernières, qu'enrichit la science des infidèles conquis, jettent d'abord un certain rayonnement. Les émirs les encouragent et les protègent ; des savants, dont beaucoup appartiennent aux peuples violemment soumis, y vulgarisent des sciences anciennes et parfois même les enrichissent par des recherches originales. De toutes ces causes résulte une éclosion intellectuelle, plus apparente que réelle, et d'éphémère durée.

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Bien vile le pouvoir absolu des émirs brise les caractères et le fanatisme musulman étouffe toute initiative intellectuelle. Les anciennes écoles subsistent: on ne cesse même pas d'en créer de nouvelles ; mais toutes deviennent des instruments d'obscurantisme. Le Livre sacré, le Koran, finit par être tenu pour la seule source de tout savoir. C'est un ouvrage réputé divin, par suite au-dessus de l'examen; c'est donc textuellement et sans contrôle qu'il le faut apprendre : toute science qui le contredit est fausse et impie. Dès lors l'esprit d'examen et de recherche s'éteint à jamais. Le peu de science profane, que l'on garde encore, s'apprend, comme les versets du Koran, mécaniquement et sans contrôle. Une instruction toute de mots tient la place des acquisitions réelles et en détourne. L'esprit arabe, s'il n'est mort, tombe au moins dans une léthargie qui dure encore. C'est un logique enchaînement de causes et d'effets et, en continuant notre enquête, nous trouverons plus d'un exemple d'arrêt de développement du même genre.

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