‹ L’évolution de la moraleChapitre 101 sur 372 · Ilist. univ. des voyages, l. XVI, p. S'âO · texte numérisé non relu

Ilist. univ. des voyages, l. XVI, p. S'âO

•2. Voyage anxîles, etc., t. l'S p. 2B1.

LA MOHALE BESTIALE.

considéraicnir comme étanf. d’une essence absolumeiU supérieure à celle des gens du commun. Les conditions d’admission dans la confrérie étaient fort rigoureuses. Il fallait d’abord prouver par un accès de délire religieux, qu’on avait en soi l’esprit divin, après quoi l’on devenai\ novice. Des mois, quelquefois des années plus tard, le novice subissait une seconde épreuve pendant laquelle il prononçait le grand serment, celui de mettre à mort tous les enfants qui pourraient lui naître à partir de ce jour. Dès lors il appartenait à la septième et dernière classe des Aréoïs; il en apprenait le rituel sacré, les chants, les danses, les mimiques spéciales. On montait en grade lentement, au prix d’épreuves nouvelles et en proportion des qualités d’orateur, de chanteur ou depoète, dont on avait fait preuve. Enfin un tatouage particulier constatait chaque nouveau degré d’initiation.

Or l’objet de l’association était l’excitation et la satisfaction sans frein des besoins érotiques. Toutes les femmes sociétaires étaient communes à tous les hommes et les couples ne s’unissaient que pour deux ou trois jours. La vie des Aréoïs était une fête perpétuelle. C’était sans cesse des festins, des chants, des luttes. On voyageait même ensemble d’une île à l’autre et partout la troupe était reçue avec respect. Les femmes exécutaient en présence des sociétaires une danse fort goûtée en Polynésie, la Timorodie, extrêmement lubrique et soutenue par des chants appropriés. Une fois éveillés, les désirs érotiques se satisfaisaient sur-le-champ et publiquement, mais on ne tolérait pas les enfants, et l’infanticide était un rigoureux devoir. Pour avoir le droit de garder son nouveau-né, toute femme aréol devait trouver parmi les membres de l’association un père d’adoption ; mais alors elle était chassée avec lui de la confrérie L

1. Cüok, Premier voyage {Hist. univ. des voyages, t. V, p. ïJC9).

C’était un très grand lionneiirque d’être aréoî. Un Taïlien, emmené par Cook en Angleterre, déclarait qu’il se tenait pour l’égal du roi de la Grande-Bretagne, grâce à son titre A'aréol.

Cette étrange société, dont le but était évidemment de réaliser la vie idéale, telle que la concevaient les Polynésiens, n’est possible que dans un pays où toute pudeur est inconnue, et tel était en efîel le cas en Polynésie. Je citerai quelques faits éloquents.

De bonne heure les mères elles-mêmes dressaient leurs petites filles à danser la licencieuse Timorodie^. Pour les deux sexes, la nudité n’avait absolument rien de choquant. On se déshabillait pour le plus léger motif, sans y attacher d’importance A Taïti même les femmes se découvraient de la ceinture aux pieds, par pure politesse, en manière de salut^ ; elles faisaient leur toilette sur le bord de la mer, dans des endroits où il n’y avait pas un pied d’eau, et en choisissant les lieux où passaient beaucoup d’étrangers, cela même après la christianisation de l’île*.

Presque dès l’enfance, les filles se conduisaient avec la licence la plus effrénée. Elles se donnaient ou se vendaient sans cesse, avec l’approbation de leurs parents, qui en tiraient profit sans scrupule ®. On ne se cachait en aucune manière; tout, absolument tout se passait publiquement. D’ailleurs, même dans les maisons, le mystère était impossible, puisque les habitations ne consistaient qu’en un toit supporté par des piliers et auquel on suspendait quelques nattes, puisque les habitants d’une même cabane couchaient

1. Moercnlioul, Voijuge aux îles, etc., t. 1", p. 491 et passim. — Cook, Ilisl. univ. des voyages, t. V, p. 2ü8.

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