‹ L’évolution de la moraleChapitre 107 sur 372 · The Ileart of Africa, p · texte numérisé non relu

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LA MORALE BESTIALE

quoi donc et comment ce sentiment joiie-t-il un rôle si considérable dans la moralité des races supérieures? Montaigne s’est posé la même question en écrivant ceci : « Qu’a fait l’action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire et si juste, pour n’en oser parler sans vergogne et pour l’exclure des propos sérieux et réglés? Nous prononçons hardiment tuer, desrohber, trahir, et cela nous n’oserions qu’entre les dents » (Livre III, chap. v).

Il y a là une de ces questions de psychologie évolutive, que seule, l’ethnographie comparée peut éclairer.

Tout d’abord l’homme primitif ne fait aucune distinction morale entre les divers besoins qui le sollicitent, entre la faim et l’amour; il ne raffine sur aucun d’eux et la pudeur lui est aussi étrangère qu’aux animaux. Mais, chez ces derniers, même le choix exclusif n’engendre pas le sentiment de la pudeur. C’est que ce sentiment résulte de deux causes combinées : le choix et la vie en société. Ce n’est point la délicatesse, c’est l’égoïste brutalité de l’homme primitif, qui a, fort inconsciemment, déterminé la genèse de la pudeur et de la moralité sexuelle. Les premiers germes de ces sentiments relevés ont été semés le jour où les hommes, se dégageant un peu de la promiscuité première, se sont mis à considérer les femmes comme des propriétés personnelles. Ces propriétés, le maître se les réservait, les défendait de son mieux contre les entreprises des autres hommes, surtout il châtiait sévèrement les écarts de sa ou de ses femmes, bien entendu sans s’astreindre lui-même à aucune gêne. Peu à peu, grâce à ces brutales prohibitions, un certain sentiment de devoir conjugal, de réserve sexuelle, quelque souci de voiler plus ou moins la nudité s’organisa dans le cerveau de la femme et finit par se transmettre héréditairement.

Sous ce rapport encore, la Polynésie est un champ pré-

cieiix pour l’observation. Dans les îles, où, comme àTaïli, la liberté sexuelle était à peu près illimitée, puisque les femmes mariées elles-mêmes étaient louées ou pi-ôtées par leurs maîtres avec une extrême facilité, toute pudeur était inconnue. Au contraire, à la Nouvelle-Zélande, où les propriétaires des femmes étaient plus jaloux de leurs droits, punissaient presque toujours de mort l’adultère non autorisé et ne l’autorisaient pas sans peine, les femmes étaient relativement décentes. Même quand elles nageaient, même la nuit, durant le sommeil, elles gardaient les pagnes de phormium tenax, qui leur ceignaient les reins

Avant de céder aux Européens, elles exigeaient d’ordinaire le consentement de leur famille ou de leur mari et, même après avoir, moyennant un présent convenable, obtenu ce consentement, il fallait encore traiter avec elles ^

Certaines d’entre elles s’attachaient aussi à leurs amants européens et leurs étaient fidèles®. Les hommes ne trouvaient nullement immoral de prêter ou de louer leurs femmes; c’était le droit du propriétaire sur la chose possédée, mais déjà quelque jalousie les retenait. <l Pour éprouver jusqu’où pouvaient s’étendre leurs scrupules touchant la fidélité conjugale, lisons-nous dans la relation de Dumont d’ürville, M. Gaimard fit toutes sortes d’offres à Tawiti (un chef) pour obtenir les faveurs de sa femme, ce rangatira fut sourd à toutes les séductions, même à l’offre d’un fusil ordinaire, se contentant de répondre chaque fois : tapou (sacré ou défendu). Seulement, quand le docteur vint à offrir, en plaisantant, un fusil à deux coups, le chef sauvage, incapable de résister à une offre aussi séduisante, se contenta de pousser sa femme dans les bras de rétranger, tandis qu’il tendait

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