‹ L’évolution de la moraleChapitre 116 sur 372 · M. Radiguet, Derniers sauvages, p · texte numérisé non relu

M. Radiguet, Derniers sauvages, p

LA iMORALK HESTfALE.

Des peines fort sévères, très souvent la peine capitale, furent édictées par la coutume contre le voleur. Dès lors, l’âme fort simple des hommes primitifs fut constamment tiraillée entre le désir de prendre et la crainte du châtiment. Ainsi les Australiens punissaient de mort le délit de braconnage^; mais, nonobstant, le penchant au vol était, chez eux, presque universel^. Il ne sera pas inutile de remarquer que l’incessante compétition des tribus entre elles rendait difficile l’organisation dans le cerveau humain du penchant à s’abstenir de la propriété d’autrui, car cette propriété était respectable seulement dans le sein du petit groupe social auquel on appartenait. Voler les gens de la tribu voisine non seulement n’était pas blâmable, mais même était fort louable. 11 en résultait, dans la conscience de l’homme primitif, un perpétuel conflit moral, se traduisant par des jugements très contradictoires. Ainsi, tout en reconnaissant la propriété individuelle, les Yitiens, dit l’amiral Wilkes, ne pouvaient s’empêcher d’estimer beaucoup un voleur adroit. En outre, dès que la tribu fut organisée, c’est-à-dire dès qu’il y eut des chefs despotiques, ceux-ci exercèrent souvent sur toutes choses ce que nos légistes appellent le droit de domaine éminent. A la Nouvelle-Zélande, c’étaitune locution courante de dire « qu’un chef ne pouvait pas voler^ ». Gela voulait simplement dire qu’il avait le droit de tout prendre. A Taïti cl dans les îles occidentales de la Polynésie, quand un chef disait : « A qui ce cochon, cet arbre? » le propriétaire ne répondait jamais : « A moi », mais: « A nous deux », ou plutôt : « A loi et à moi* ». Aussi, dès que la visite d’un chef était à craindre, chacun s’empressait de cacherions les

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