‹ L’évolution de la moraleChapitre 123 sur 372 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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LA MORALE BESTIALE. 167

relations l’émerveille*. Cook a vu les Taïtiens s’obliger avec empressement, se donner leurs habits, partager leurs provisions, même quand elles consistaient en un seul fruit à pain”. Bligb vante aussi la gaieté, la sociabilité des mêmes Taïtiens*. A File de Pâques, les insulaires, pendant une période de disette, offrirent à Cook quelques patates prélevées sur leur pauvre provision ‘.

La reconnaissance, parfois fort délicate, n’est pas étrangère à l’homme primitif. Quand les Espagnols débarquèrent à Cuba, un cacique, à qui ils avaient enlevé sa femme, vint en pleurant supplier Barthélemy de la lui rendre. Par extraordinaire on accueillit favorablement sa demande et il en fut tellement touché que, peu après, il revint avec quatre ou cinq cents de ses sujets défricher un terrain pour les Espagnols ^

Chez les Esquimaux, une femme, que le médecin de l’expédition de Boss avait soigné, vint lui offrir, en signe de reconnaissance, ce qu’elle avait de plus précieux : une pierre pour allumer le feu“. Ses compatriotes ne cessaient d’apporter à l’équipage du poisson frais, sans vouloir jamais rien accepter en échange. Ils se faisaient une joie d’héberger les Anglais et les remerciaient de vouloir bien se laisser faire’.

Les sentiments, que nous appelons moraux, ne manquent donc pas absolument chez l’homme primitif, mais ils y sont rares, capricieux. Aucun code moral nettement formulé n’en fait une obligation. Chacun suit, à ses risques, l’impulsion du moment. Dans la conscience, il n’existe pas encore de

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