‹ L’évolution de la moraleChapitre 124 sur 372 · Ibid., t. XL · texte numérisé non relu

Ibid., t. XL

JYein bien organisé, et le caractère est presque enfantin. En Polynésie, les hommes, les guerriers les plus redoutés pleuraient et même pleurnichaient avec la plus grande facilité*. E’un d’eux fondit en larmes parce qu’un matelot anglais avait jeté de la farine sur son manteau.

Les faits, si nombreux, que j’ai cités dans cette leçon et les précédentes, nous renseignent très suffisamment sur la moralité de l’homme primitif. Celte moralité est tout à fait animale. C’est le droit du plus fort dans toute sa brutalité. Les quelques penchants moraux, déjà formés ou en voie de formation, résultent simplement d’habitudes inconsciemment contractées. Aucun contrôle raisonné n’est exercé sur les actes. Les langues australiennes n’ont pas de mots pour dire « justice, faute, crime- ». Pour exprimer « humanité, miséricorde, etc., » les Tongans n’ont que le mot nfa, signifiant plutôt amitié et dont on se servait dans les formules de salutation^.

Tout cela est incontestable et pourtant une certaine idée, un certain sentiment plutôt de justice sociale s’ébauche dans la conscience de l’homme primitif. Ce sentiment est né de la violence même. Chez l’homme, comme chez l’animal, le désir de rendre coup pour coup est inné : il y a là un mécanisme réflexe résultant du primordial instinct delà conservation. Mais ce besoin de répondre à une violence par une autre a fini par enfanter une sorte de règle morale, ce que l’on a appelé : la loi du talion. Sans doute le groupe social primitif n’intervient pas soit pour sauvegarder, soit pour venger les individus, mais il reconnaît aux individus le droit de le faire. A la Nouvelle-Zélande, par exemple, la condition de la paix entre les belligérants était souvent que les agres-

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