Mariner, Tonga Islands, t. II, p. Ü
LA MORALE BESTIALE
seurs subissent un dommage strictement égal à celui qu’ils avaient commis : vie pour vie, blessure pour blessure, propriété pour propriété ^
En outre, un autre sentiment, né d’une autre crainte, s’est formé et même enraciné dans la conscience. Le plus fort ayant tous les droits, on a pris de bonne heure l’habitude d’obéir au maître en tout et pour tout. Nous avons vu un Néo-Calédonien trouver naturel que son enfant eût été mangé par son chef : il en tirait presque vanité. En Australie les faibles étaient absolument à la merci des forts, et les tentatives des victimes pour se soustraire à cette oppression étaient souvent punies de mort. En Polynésie, les chefs ne se souciaient en rien de la justice, mais punissaient avec une extrême sévérité toute olTense faite soit à eux-mêmes, soit à leurs favoris.
En résumé, si l’on veut formuler les prescriptions morales, auxquelles obéit sans réflexion l’homme primitif, celles du moins qui sont communes à toutes les races encore très peu développées, on est loin d’arriver à un décalogue.
A vrai dire, il n’y a que deux grands commandements :
Premier commandement : Obéir au maître en tout et pour tout;
Deuxième commandement : Respecter plus ou moins la propriété d’autrui, en y comprenant la propriété féminine à cause des représailles.
Un troisième commandement, mais moins rigoureux, plutôt une règle prudente, c’est de ne tuer qu’à bon escient et, quand cela ne risque pas de coûter trop cher.
Pourtant, si grossière qu’elle soit, cette éthique est importante; elle sera le point de départ d’une moralité plus délicate, car elle oblige déjà l’homme à se maîtriser dans