‹ L’évolution de la moraleChapitre 143 sur 372 · Voyage aux Grands Lacs; p · texte numérisé non relu

Voyage aux Grands Lacs; p

LA MORALE SAUVAGE

mais anciennes de l’Europe. En Germanie, où pourtant les esclaves n’étaient, comme ils le sont encore aujourd’hui dans les régions les plus civilisées de l’Afrique noire, que des sortes de colons ayant leur habitation et payant seulement une redevance au maître, ce dernier avait néanmoins le droit de les tuer impunément. Le IFe/irpeW germanique, qui avait si soigneusement et si singulièrement tarifé les coups, blessures et homicides, ne s’était occupé que des personnes libres :les autres étaient hors la loi. « On les tuait souvent, dit Tacite, non pas de propos délibéré au nom de la discipline, mais simplement dans un accès de colère, comme on tue un ennemi, et cela ne tirait pas à conséquence h »

De même les druides gaulois n’éprouvaient pas le moindre scrupule, quand ils brûlaient des esclaves capricieusement désignés par eux, dans de gi'ands mannequins d’osier, pèle- ■ mêle avec des animaux et des criminels, et cela uniquement pour être agréables à leurs dieux 2.

Même sauvagerie dans la Grèce homérique, pourtant plus intelligente et plus civilisée. Le prudent Ulysse, après avoir mis à mort les prétendants, ordonne tout simplement à son lils Télémaque d’égorger douze femmes esclaves, qui ont été les maîtresses des morts ; son fils lui obéit docilement; il aggrave même le châtiment en pendant les coupables. Homère raconte le fait tout simplement, sans songer à le blâmer :

« Comme les grives aux ailes ployées et les colombes, dit-il, se prennent dans un filet, au milieu des buissons de l’enclos où elles sont entrées et y trouvent un lit funeste, de même ces femmes avaient le cou serré dans les lacets afin qu’elles mourussent misérablement, et leurs pieds ne s’agitèrent pas longtemps ^ »

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