‹ L’évolution de la moraleChapitre 142 sur 372 · Démeunier, loc. cil., t. II, p · texte numérisé non relu

Démeunier, loc. cil., t. II, p

i. Voyage aux Grands Lacs, p. 674.

Letourneau. — L’évolution de la morale.

avec leurs sujets presque sur le pied d’égalité. Le dernier des Cafres pouvait s’asseoir auprès du feu à côté de son roi, et même fumer dans la pipe royale ; le loulou polynésien couchait souvent sur la même natte que le chef, et parfois partageait avec lui la mêm^ femme. On était un sujet et point im animal domestique, vivant perpétuellement sous l’œil de son propriétaire et obligé d’en subir du matin au soir tous les ordres et tous les caprices.

Cette continuité de la soumission sans bornes et sans trêve finit par briser tout ressort moral, par assouplir l’homme à une servilité canine. La plupart des esclaves africains se considèrent comme déliés de toute obligation morale par le seul fait de la servitude. « Les surprenez-vous, dit Burton, en flagrant délit de quelque scélératesse? Ils vous disent éloquemment ; « Ne suis-je pas esclave^? » On ne saurait en effet être astreint à des devoirs, quand on est privé de tous les droits. Mais dans l’Afrique moyenne, les esclaves forment les trois quarts ou les quatre cinquièmes de la population; en outre, un régime de servitude pèse même sur la femme non esclave, toujours achetée à ses parents : « Je l’ai achetée, disait un chef cafre en parlant de sa femme; elle doit donc travailler. » Il y a là toute une large zone, que l’on peut à bon droit appeler servile; et l’épithète convient aussi bien aux maîtres qu’aux esclaves, qui mutuellement se démoralisent; les uns prenant l’habitude de tout se permettre, les autres celle de tout supporter.

Ces mœurs, que nous pouvons aujourd’hui encore étudier de visu, spécialement dans l’Afrique moyenne, sont à peu près par toute la terre uniformes à une certaine époque de l’évolution des sociétés. Les historiens latins nous renseignent à ce sujet relativement aux populations non pas primitives

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