‹ L’évolution de la moraleChapitre 159 sur 372 · Sciloolcr, Kaffirs of Natal, elc., p · texte numérisé non relu

Sciloolcr, Kaffirs of Natal, elc., p

LA MORALE SAUVAGE

morale. Cette règle fait de l’obéissance passive un devoir; elle dispense d’apprécier la valeur des actes, de les raisonner. Elle creuse dans la conscience humaine un pli profond, qui ne s’elfacera pas sans peine : le penchant à la soumission, à la résignation quand même, à l’adoration de la force, à toute une moralité d'esclave, que les religions viennent encore fortifier. Les dieux en effet sont partout et toujours considérés comme d’invisibles despotes, effigies de ceux d’ici-has; et ces dégradantes attitudes, que l’on est obligé de prendre devant les rois de la terre, on les reproduit en adorant ceux du ciel. Les génuflexions, les prosternements, les baisements du sol, qui figurent encore dans les rites de nos religions contemporaines et auxquels on se soumet aujourd’hui machinalement et sans y rien comprendre, sont des survivances de la mimique servile d’autrefois.

J’ai trop souvent parlé de la genèse des sentiments moraux ou immoraux pour qu’il me soit nécessaire d’insister ici sur les déplorables effets de cette éducation servile, à laquelle le genre humain tout entier a été et est encore en partie assujetti.

Les conséquences ne s’en font que trop sentir aujourd’hui même, chez les peuples les plus civilisés. A l’état plus ou moins latent, elles sommeillent en nous et trop souvent nous l)aralysent. Suivant l’énergique expression d’un criminaliste italien, Romagnosi, elles « coupent les bras de notre homme intérieur » et nous inclinent à la bassesse. Il y a là tout un long entraînement, qu’a subi le genre humain tout entier. En faire disparaître les traces ne sera pas l’œuvre d’un jour. Changer la forme des gouvernements, le texte des constitutions politiques, cela est chose facile, mais effacer dans les consciences les empreintes d’un passé millénaire, redresser des caractères, que les ancêtres nous ont légués tout avilis et courbés, c’est une longue et laborieuse besogne ; cependant, pour mériter d’être libres, il la faut accomplir.

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