‹ L’évolution de la moraleChapitre 161 sur 372 · I. — DE LA .lUSTlCE EN PAYS SAUVAGE · texte numérisé non relu

I. — DE LA .lUSTlCE EN PAYS SAUVAGE

Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, ce qui distingue essentiellement la moralité sauvage de la moralité animale, c’est l’absence ou la grande allénuation du canni-

balisme. Pour tout le reste, les deux stades se ressemblent fort. En pays sauvage, le mépris de la vie humaine, la grossièreté de la moralité sexuelle, les inlanlicides, en général

LA MORALE SAUVAGE

Ions les abus de la force sont encore extrêmement fréquents. La guerre n’a pas cessé d’être atroce et la ruse sans scrupule d’être le fond de la stratégie. Le sort des femmes est toujours affreux. Avec ou sans motif on les maltraite, on les tue. Leur adultère est toujours puni avec une rigueur extrême, mais on a le droit de les prêter ou de les louer. L’enfant est encore la propriété de ses parents, surtout de son père : le droit du père de famille est sans bornes. Une tribu cafre appâtait avec des enfants des trappes à prendre les lions L A l’appui de ces assertions générales je pourrais citer une multitude de faits observés un peu partout en pays sauvage, mais qui risqueraient de faire double emploi avec ceux que j’ai précédemment énumérés en parlant du stade animal de la moralité.

En renonçant plus ou moins complètement au cannibalisme, on n’a pas pour cela dépouillé le vieil homme et l’on ressemble toujours beaucoup à un animal de proie. Ainsi, chez les Acbantis, les guerriers célèbres .sont distingués par des surnoms tirés de la manière dont ils égorgent leurs prisonniers. L’un s’appelle «le coupeur de bras», l’autre «le coupeur de jambes», un autre «le briseur de têtes avec une pierreS). D’autre part, la liberté des mœurs est toujours extrême. 11 n’y a pas bien longtemps encore, à Tamatave, un navire n’avait le droit de commercer qu’ après avoir reçu à son bord autant de femmes que son équipage comptait d’hommesL Toujours à Madagascar, selon M. Ellis, lors d’une période de réjouissances en l’honneur de la fille de Radama, les rues de la capitale étaient le théâtre d’une débauche générale (one great brolhet) L

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