Ilist. univ. des voyages, t. XL, p
J’ai déjà parlé de ce patriotisme primitif, plus rare cliez la femme que chez l’homme. C’est déjà un puissant ressort moral et il entretient le courage, la force d’endurance. Sans lui, la tribu périt, ou, comme il est arrivé aux trop débonnaires Esquimaux, est obligée de cbercher un refuge dans des régions que le climat ou la topographie rendent peu enviables. En général, le sauvage émigre peu, à cause du cantonnement des tribus et de leur incessante rivalité. Etant en outre fort mal armé encore contre les agents extérieurs, il est très sensible aux variations de climat.
Longtemps, bien longtemps, les générations sauvages vivent et meurent sur le même coin de terre, qui est forcément leur unique garde-manger. Ce coin, elles le connaissent dans tous ses détails, y retrouvent à chaque pas tous les souvenirs que peut garder leur mémoire d’enfant et s’y attachent extrêmement. A leurs yeux c’est toujours le meilleur pays du monde, quelle qu’en soit la latitude. Ce sentiment est général. On le retrouve au Congo*, au Darfour % à la Terre de Feu et chez les Esquimaux. En Afrique, en Amérique, etc., les indigènes, éloignés de leur pays, aspirent à y retourner et, dans l’opinion de ceux qui y sont restés, ce sont les charmes de leur habitat qui y attirent les Européens®.
Cet amour du sol occupé par le petit groupe ethnique ne va pas sans une haine profonde pour les groupes rivaux. Amour de la patrie, petite ou grande, haine de l’étranger, ce sont, chez les sauvages et les civilisés, deux sentiments complémentaires. Souvent, comme il arrive chez les Peaux- Rouges, cette haine est violente, intense; c’est à peu près le seul enseignement moral que l’on donne aux enfants. Nuire à
1. Cavazzi, Deschr. v. Congo, Malamba md Angola, p. 7G5, 1694.