II. — DE LA MORALE DANS l’ANCIEN MEXIQUE
Grâce à de récentes investigations, nous commençons à nous faire une juste idée de ces curieux empires de l’Amérique centrale, au sujet desquels tant de fables ont été jadis imaginées. Nous savons tout d’abord qu’ils n’ont pas eu une longue existence. Leur fondation ne remonte sûrement pas à plus de quelques sièeles avant la brutale conquête espagnole, qui les a détruits. Leur genèse a été bien spontanée; ils ne sont pas l’œuvre de civilisateurs mythiques venus on ne sait d’où. C’est bien aux populations indigènes de l’Amérique qu’ils se rattachent et ils en représentent le plus grand effort intellectuel, moral et social. Autour d’eux, d’ailleurs, existaient d’autres États moins importants, mais fort analogues. La république de Tlascala, par exemple, avait une organisation assez semblable à celle du Mexique. La monarchie de Bogota, dans la Nouvelle-Grenade, ressemblait plus encore à l’empire des Aztèques. 11 y avait là une nation nom-
lireiise, ayant de grandes villes, des lois et des juges punissant les crimes, un cher absolu, que l’on n’abordait qu’en détournant la tête, qu’on portait en palanquin par les chemins jonchés de fleurs, auquel on offrait des présents et qui percevait des taxes. L’agriculture y était assez avancée, la propriété individuelle instituée, etc.L Ajoutons qu’aujoiiid’IiLii encore les indigènes de l’Amérique centrale sont, pour la plupart, d’un caractère doux et docile, assez intelligents et d’humeur passive ; partout où les Espagnols l’ont voulu, ils les ont réduits en missions.
Au Mexique, malgré les dehors relativement brillants d’une civilisation ébauchée, la sauvagerie était loin d’avoir disparu; elle s’attestait dans la forme même du gouvernement. Ainsi, le monarque était toujours choisi parmi les frères du roi mort ou à leur défaut parmi ses neveux, ce qui est manifestement un vieux reste de la primitive famille matriarcale. Ce monarque jouissait d’un pouvoir absolu, était entouré d’un respect servile et, par la pompe du cérémonial, la cour de Mexico ressemblait fort à celles des monarchies les plus despotiques de l’Orient. Monlézuma ne voulait être servi que par des nobles, et cinq à six cents grands feudalaires avaient le devoir d’assister, chaque matin, à son lever®. Il n’avait pas moins de trois mille femmes dans son harem, etsesrepas, toujours somptueux, lui étaient présentés par de belles jeunes filles^ Au-dessous de lui et à ses ordres était une nombreuse noblesse héréditaire. Puis venaient des corporations industrielles, dans lesquelles les fils succédaient aux pères, enfin des esclaves; mais, par une exception tout à l’honneur du Mexique, la servitude n’y était pas héréditaire; on ne naissait pas esclave au Mexique.
1. Ilerrera, Déc. VI, lib. I, cap. ir, lib. V, cap. LVi, clc.