L. Biart, Les Ailèques, p
2. Prescolt, Conquête du Mexique, t. 1®^, p. 50, 5i. — L. Biart, Aztèques (passim).
La discipline du clergé, son organisation, ceilaines pratiques religieuses accusaient des tendances, que l’on peut appeler chrétiennes, mais que l’on pourrait tout aussi bien nommer brahmaniques ou bouddliiques.
Il existait en effet, dans l’ancien Mexique, des ordres religieux d’hommes et de tcmmes, pour qui la chasteté et les macérations étaient un devoir,
La vie de ces personnes consacrées au culte était tout à fait ascétique et leurs exercices ressemblent extrêmement à ceux des moines chrétiens. A minuit, les religieux mexicains devaient se plonger dans l’eau. Puis, presque jusqu’au jour, ils chantaient des hymnes, se livraient à divers actes de pénitence, notamment à des flagellations, etc. — On était enrôlé dans les ordres monastiques, non de son plein gré, mais de par l’autorité paternelle et dès l’enfance. Dans les écoles publiques, établies près des temples, on donnait, non seulement aux futurs religieux, mais à tous les enfants nobles une éducation cléricale, et les écoliers remplissaient à peu près les fonctions de nos enfants de chœur.
Les filles étaient confiées à des prêtresses.
Cette éducation n’était nullement spéciale aux futurs religieux, seulement le séminariste, qui, à l’âge de vingt-deux ans, ne se mariait pas, restait consacré au sacerdoce.
Pour les prêtres mexicains, la chasteté était de stricte obligation. A Téothinacan, le prêtre, qui y avait manqué, était livré au peuple et tué à coups de bâton. A Ichcatlan, le grand prêtre coupable de la même faute était massacré, mis en pièces et l’on en présentait les morceaux à son successeur, à titre d’avertissement L
Plus d’une religion a fondé des ordres monastiques ; il n’y a donc dans ce fait général, rien de bien particulier. Le baptême est plus spécial au christianisme, or il existait au Mexique une sorte de baptême. Avant de donner un nom aux
LA MORALE BARBARE
enfants, on aspergeait d’eau leur bouche et leur poitrine el l’on demandait à un dieu ou aux dieux « que cette eau effaçât lepéclié contracté par l’enlant avant la naissance du monde » .
L'infraction à la chasteté, chez les femmes consacrées au culte, était aussi tenue pour un très grand crime. La coupable était enterrée vive, comme les vestales romaines ayant commis la même faute, son complice était étranglé; bien plus, ses parents mêmes étaient proscrits et sa ville natale détruite h
Une autre analogie, plus catholique encore, était la confession entendue par une sorte de clergé paroissial, qui donnait ensuite l’absolution. Seulement, au Mexique, on ne se confessait qu’une fois en sa vie et toute rechute dans une faute pardonnée était inexpiable. Circonstance curieuse: l’absolution donnée par le confesseur mexicain avait une valeur légale; elle pouvait entraîner la relaxation d’un prévenu L L’inca se confessait aussi, mais au Soleil.
Ces analogies catholiques, en admettant même qu’elles n’aient pas été exagérées par les pieux chroniqueurs espagnols, n’impliquent aucunement une tradition chrétienne, venue on ne sait d’où. Bien des fois dans le temps et dans l’espace, des hommes de races diverses se sont rencontrés, ont eu les mêmes pensées, même très particulières, par cela seul qu’ils étaient hommes. Que l’on songe aux Égyptiens anciens, aux nègres d’Afrique et aux Peaux-Rouges ayant eu, chacun de leur côté, l’idée féroce d’amputer le nez de leurs femmes adultères, ou bien à la boloque labiale des Botocudos, des Noutka-Colombiens et des nègres de l’Afrique moyenne, etc.
Cette civilisation de l’ancien Mexique est infiniment cu-
1. Constant Dorville, Hist. des différents peuples, t. V, p. 341.