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Garcilaso de la Vega, t. K, p

2f>6 L’ÉVOLUTION DE LA MODALE.

Ce qui est certain, c’eslque les l)arbares aventuriers espagnols trouvèrent en effet et déti-uisirent, au Pérou, une très curieuse société communiste, dirigée et administrée par un pouvoir central, despotique et réputé d’origine solaire, c’està-dire divine.

Dans cet Etal, qui a duré plusieurs siècles et qui est le plus vaste essai de socialisme centralisé qui ait jamais^ existé, la population était administrée et régie comme un bon éleveur dirige son bétail. Tous les règlements étaient obligatoires et venaient d’en haut ; l’individu n’avait qu’à s’y soumettre et aucune initiative ne lui était laissée.

Tout se faisait par réquisition et par ordre : semailles, moissons, tonte des lamas, tissage des étoffes avec leur laine ou avec du coton. Pendant la durée de cette besogne obligatoire, l’individu était nourri par l’Etat qui l’employait.

La population de l’empire était répartie en groupes décimaux, 10, 100, 1000, 10000. Dans chaque dizaine, il y avait un individu responsable.

Tout Péruvien se mariait par ordre, à un Age déterminé et tous les mariages se faisaient le même jour. Le consentement des parents était nécessaire à peine de nullité. Un lot de terre et une habitation étaient immédiatement assignés par le district à chaque ménage.

Chaque année, on procédait à un lotissement nouveau proportionnellement à l’accroissement ou à la diminution des familles L

Les terres étaient divisées en quatre catégories : celles du soleil ou du clergé; celles de l’iiica; celles des infirmes ou empêchés, des veuves, des orphelins, des soldats en activité de service; enfin venaient les lots particuliers concédés à chacun.

1. W. Prcscolt, Ilist. (le la comiuéle du Pérou, l. 1", passim.

LA MORALE BARBARE

Les castes sacerdotales et nobles étaient naturellement exemptes de travail et d’impôts ; toute la grosse besogne sociale était donc exécutée par le peuple.

Au Pérou, personne n’était pauvre, mais personne n’était riche; personne n’était abandonné, mais personne n’était libre. L’assistance mutuelle était un devoir général et primordial.

Au-dessus de toute la société, bien au-dessus même de la très nombreuse famille des Incas, résultant de l’énorme polygamie royale et formant la grande classe dirigeante, trônait comme un dieu l’Inca régnant, directeur suprême, adoré de son vivant et que l’on faisait escorter dans l’autre monde par un millier de serviteurs et de concubines immolés sur son tombeau*.

La mission principale de ce souverain omnipotent était de reculer sans cesse les limites de l’empire, de faire d’incessantes croisades. Sa règle d’ailleurs, dans ses pieuses conquêtes, était d’user d’une grande modération, de ne pas verser inutilement le sang humain, de convaincre autant que possible les voisins rebelles qu’il était de leur intérêt de se soumettre et d’adopter la civilisation péruvienne'.

Il ne semble pas que le Mexique et le Pérou aient eu ensemble le moindre rapport; ils se sont ignorés et ont, chacun à sa manière, résolu d’une manière barbare mais différente le problème social, l’un par l’individualisme; l’autre par le socialisme d’Etat dérivant sans doute directement du communisme primitif.

En effet, rien n’est plus commun que le régime de la communauté des biens dans les hordes ou tribus, toul

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