Garcilaso, loc. cit., t. Ps p
LA MORALE BARBARE
L’un des prédécesseurs de cet Inca si rigide, Yahuariuiacac, avait ordonné, de son autorité privée, que les enfants serviraient leurs parents jusqu’à l’àge de vingt-cinq ans et exerceraient toujours et partout le nriétier de leurs pères Cet amour de l’immobilité est commun à tous les empires barbares, surtout quand ils sont théocratiques. Les goiivernej ments se considèrent alors comme infaillibles, impeccables, I omniscients. Ils ne sauraient concevoir l’idée du progrès * graduel et continu. D’autre part, comme leurpays estentoiiré de populations sauvages, ils sont fiers de leur imparfaite civi- 1} lisation, la veulent imposer aux autres, mais ne souffrent I pas qu’on y change rien.*
Au Pérou, l’individu, comme il arrive d’ordinaire en [ régime communiste, n’avait pas le droit de se déplacer: il devait vivre et mourir à l’endroit même où il était né, car il avait là à remplir des devoirs sacrés ^
C’est au premier Inca, quelque peu légendaire, Manco- Capac, que l’on attribue l’honneur d’avoir créé cette société si parfaitement cristallisée. Nous verrons d’ailleurs qu’avec des différences de détail cette rigide organisation est commune, à tous les grands États monarchiques, sortis de la sauvagerie première.
Manco-Gapac aurait établi le culte du Soleil, fondé une sorte de couvent pour les filles de sang royal consacrées au culte du Soleil. Il aurait organisé un socialisme patriarcal, centralisé et autoritaire, en prescrivantl’assistance mutuelle, en imposant le travail, en faisant rassembler dans des magasins publics la laine des lamas, le produit des récoltes, le tout étant destiné à être ensuite réparti entre les particuliers suivant les besoins de chacun L
t. Ibid,. 1. 1", p. 127.