L’ÉGYPTE ANCIENNE
Malgré l’énorme distance des temps et des lieux, c’est l’Égypte ancienne qu’il convient d’interroger après lePéroii. C’est la plus vieille civilisation barbare, qui soit spontanément sortie de la sauvagerie. C’est du moins la seule dont la très haute antiquité soit constatée avec précision et certitude. Les idées morales, lentement élaborées dans ce grand foyer civilisateur, ont aussi, pour nous, une importance spéciale, puisque, par l’intermédiaire des Grecs et même
des Sémites, elles ont eu une notable inlUiencc sur notre propre civilisation. Pour la sociologie, l’Egypte a encore un intérêt tout particulier. Ce ne sont pas seulement des idées, des arts, des sciences, qui ont germé, grandi et fleuri dans cette contrée d’élection ; c’est aussi une race, qui, sous la lente et longue influence d’une discipline sévère, comme l’est celle de tous les primitifs États monarchiques, a été créée de toutes pièces moralement et physiquement.
Trois courants humains, fort différents, se sont en effet rencontrés dans la vallée du Nil. L’un venait de l’Ouest, celui de ces Berbères, qui, durant Page de la pierre ont occupé toute l’Afrique septentrionale et ffuirope méridionale; un autre flot humain arriva de l’Orient, celui des Sémites ou Protosémites. Enfin à ces deux éléments, de race blanche tous deux, mais si dissemblables, vint s’en joindre un troisième, nègre ou négroïde, le courant éthiopien descendant de la vallée du Haut-Nil.
Tout cela se fondit dans le creuset de la civilisation égyptienne et il en résulta un type humain nouveau, fixé, qui survit encore dans le Fellah contemporain et le Nubien.
Les renseignements écrits, que nous ont transmis sur l’Égypte les écrivains de l’antiquité, sont nombreux, mais pourtant très insuffisants. Entre le génie grec et le génie égyptien, il y avait une telle dissemblance que le premier n’a pas toujours compris le second. Cependant les naïfs récits d’Hérodote sont assez bien complétés par Diodore de Sicile. Enfin, les papyrus et inscriptions, que nos égyptologues déchiffrent maintenant avec une certaine sûreté, nous fournissent un moyen de contrôle et nous apportent un appoint des plus précieux, précisément pour tout ce qui louche à la morale courante de l’ancienne Egypte.
•le ne pourrais, sans sortir de mon sujet, décrire en détail l’organisation sociale de l’Égypte ; il importe pourtant d en
LA MORALE BARBARE
résumer brièvement les traits principaux ; car partout la morale résulte de l’état social.
Comme il est nécessaire pour toutes les civilisations, celle d’Égypte émergea lentement d’une longue période de sauvagerie. La tradition s’en était conservée dans le pays. On y racontait cpi’Osiris avait déshabitué les hommes de l’anthropophagie, mais cela seulement après cpi’lsis eût découvert l’usage du froment et de l’orge ‘ : nous savons en effet que I le besoin d’aliments nutritifs est la raison principale du I cannibalisme dans toutes les races.
I C’était la bienfaisante Isis, qui avait fondé la justice en I donnant aux Égyptiens des lois sévères, en réprimant la
violence par la crainte du châtiment ^
11 semble bien aussi que le sol égyptien ait d’abord été possédé en commun, puisque, au témoignage des prêtres, dit Hérodote, ce fut Sésostris qui procéda à un lotissement général, divisa la terre labourable en parcelles carrées, d’é- ' gales dimensions, et les répartit entre les individus, moyenune redevance annuelle L
Quoi qu’il en soit, le gouvernement de l’Égypte a sûrement été une monarchie, d’abord purement théocratique et combinée avec le régime des castes le plus rigide qui ait jamais existé. Cette institution des castes, nous l’avons déjà rencontrée dans les empires à demi sauvages du Mexique et du Pérou; nous la retrouverons dans toutes les civilisations barbares, que nous avons encore à interroger : il y a là une phase nécessaire, par laquelle passent toutes les sociétés humaines au sortir de la sauvagerie. C’est une organisation étagée, à laquelle les pyramides à gradins de la terre des Pharaons pourraient servir de symboles ; une large base, cons-