Lun-gu, ch. xiv
LA MORALE BARBARE
rivoj- à ne pas se ballre : « Un habile général, sans donner de batailles, sait l’art d’iiumilier ses ennemis; sans répandre une goutte de sang, sans faire usage de ses armes, etc. ^ .» En Chine on fait peu de cas de la gloire militaire et le gouvernement estpurement civil. Un philosophe chinois souvent cité a dit : « Ne rendez aux vainqueurs que des honneurs funèbres; accueillez-les avec des pleurs et des cris, en mémoire de leurs homicides, etc. »
Cette philosophie si abstraite, dégénérant souvent en lieux-communs, mais où ne perce jamais aucun sentiment ])assionné, indique une race vieillie, amortie, raisonneuse, qui sait se maîtriser. « En Europe, écrit un rédacteur des Lettres édifiantes-, on est naturellement vif, ardent, empressé, curieux. Quand on vient à la Chine, il faut absolument changer sur cela et se résoudre à estre toute sa vie doux, complaisant et sérieux; il faut recevoir avec civilité tous ceux qui se présenteni, leur marquer qu’on les voit avec joye et les écouler autant qu’ils le souhaitent, elc. »
Dans la pratique et dans la théorie, les Chinois font généralement preuve d’un tempérament tranquille, d’un jugement froid, n’excluant pas d’ailleurs les sentiments humanitaires et même égalitaires. Les édits des mandarins sont émaillés de réflexions philosophiques : « Quoycpie les hommes soient de conditions bien différentes,... cependant la nature est partout la mème^... Quoy donc? cet esclave n’est-il pas le fils d’un homme et par conséquent homme lui-mème*? » Confucius a même formulé le célèbre lieu commun : « Ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fil, ne le faites pas à un autre »