‹ L’évolution de la moraleChapitre 281 sur 372 · LES CLASSES SERVILES · texte numérisé non relu

LES CLASSES SERVILES

La sujétion des classes serviles était bien autrement grande

1. E. Baret, De l’Ainadisdes Gaules, etc., p. II. ■2. Ibid., p. 205.

encore que celle de la femme : ce n’était pas pour elles ([ue la chevalerie avait été inventée.

En Europe, comme ailleurs, l’esclavage remonte à une haute antiquité; et, comme partout aussi, en Gaule et chez les Germains, les prisonniers de guerre, les criminels, les débitants insolvables, etc., alimentaient la classe servile. Comme partout encore, ces esclaves étaient considérés comme des choses; on les pouvait vendre, estropier, tuer, à volonté. Les colons étaient, dans le principe, les membres les plus pauvres des anciens clans ; ils devinrent serfs, quand les riomains reconnurent aux chefs la qualité de propriétaires du territoire jadis commun. Le colonavait action en justice, pouvait se marier, être enrôlé; on ne devaitpas le séparer de sa femme et de ses enfants, mais il était attaché à la glèbe et on l’y ramenait de force, s’il s’enfuyait* : c’était un esclave immeuble. Anastase et Justinien étendirent le servage à tout l’empire romain, en décrétant que les colons, autres que les esclaves, qui auraient cultivé une terre pendant trente ans sous le nom à'ascri'ptices, y seraient attachés à perpétuité, eux et leur postérité, mais continueraient à être libres*. Avec le temps, la différence entre esclaves et serfs finit par devenir faible. Ainsi, en 1086, quand Guillaume le Conquérant fit dresser un état des terres d’Angleterre, on fit figurer, dans le dénombrement, les serfs de chaque fief à côté des pourceaux, des bœufs et des brebis L

En théorie pourtant, le serf pouvait rompre les liens qui l’attachaient à la terre, en en faisant abandon après un an et un jour; mais il était dès lors vagabond, « sans aveu », soumis à des lois extrêmement rigoureuses.

Le clergé, non seulement tolérait l’esclavage, mais en

t. Rambaud, loc. cit., p. 38, 3'J.

2. P. Larroque, VEsclavage et les 7ioti07is chrétietmes, p. 45.

Page 1