Giry, loc. cil., p
LA MORALE BARBARE
Les anciennes théocraties se contentaient de réglementer la conduite extérieure des hommes ; l’inquisition catholique entreprit de régenter même les pensées, d’obliger les gens à croire, de contraindre leurs facultés à ne s’exercer que dans des limites données : l’esprit ne devait se mouvoir que suides rails et circulairement.
La procédure inquisitoriale était, on le sait, atroce. La délation en était la base ; tous les témoignages sans exception étaient bons et valables. Les peines étaient horribles : la torture commençait, l’emmurement, le bûcher achevaient. La maison de l’hérétique était rasée L II était interdit de vendre du pain aux hérétiques, d’avoir des relations avec eux. Les juifs étaient parqués et il était défendu de leur louer ^ Les blasphémateurs étaient traînés sur des claies, faisaient amende honorable devant les églises, puis étaient brûlés. Souvent en outre, on leur perçait la langue avec un fer chaud et l’on confisquait leurs biens
Les plus incroyables accusations amenaient les arrêts les plus effroyables. En 1290, à Paris, un juif accusé d’avoir percé à coups de canif une hostie, qui naturellement avait saigné, fut brûlé vif et sa maison fut rasée*.
Pendant plusieurs siècles, l’Europe fut éclairée par les bûchers dévorant par milliers les sorciers et les hérétiques. Galton évalue à un millier par an le nombre des gens brûlés en Espagne seulement, par les soins du saint-office ; mais, autour de ces bûchers, il y avait, sans parler des incarcérés et des exilés, une foule terrifiée et osant à peine penser. C’était en fait, une sélection sévère, qui, en Espagne, éteignit toute initiative intellectuelle et la paralysa grandement dans toute