VII. — LE BILAN
Nous pouvons maintenant, en connaissance de cause, dresser le bilan moral de l’Europe barbare.
Tout d’abord, il est évident que la noblesse innée y fut dans le principe, tout aussi absente que dans la Rome et la Grèce primitives. L’enfance des races européennes, si disposées aujourd’hui à se décerner un brevet de noblesse, est de tout point comparable à celle des autres types humains. Partout l’animalité et la sauvagerie ont précédé la barbarie : la gradation est nécessaire. Mais l’enfance morale de nos ancêtres fut quelque peu abrégée par l’influence éducatrice: de la conquête romaine.
Sur cette barbarie mitigée vint se greffer le christianisme. Il fut grossièrement compris et appliqué par des races frustes encore et dut s’accommoder naturellement aux instincts et aux idées barbares. Pourtant les formules de charité, de fraternité, qu’il avait en grande partie empruntées à la philosophie antique, exercèrent à la longue une certaine iniluence. On peut vraisemblablement leur attribuer la fondation des liôpitaux, que commencèrent à créer dès l’époque mérovingienne, sainte Clotilde, sainte Radegonde, sainte Batbilde. D’habitude, ces hôpitaux étaient des annexes des monastères et un moyen d’inlluence pour le clergé. Ce dernier ne cessait aussi de prêcher l’aumône; les monastères la distribuaient.
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LA MORALE BARBARE
a même régulièrement et les châtelains les imitaient plus ou
à moins. Mais le clergé donnait d’une main pour reprendre de
l’autre; les captations de testament et les accaparements des I terres, surtout aux dépens des communes, marchaient de front avec la bienfaisance. Néanmoins, par de certains côtés, l’influence cléricale fut civilisatrice.
Ainsi l’Église réagit contre l’exposition des enfants, péché , véniel dans l’anticpiité. Des hospices d’enfants trouvés se fondèrent, à Trêves au vi® siècle, à Angers au vu®, à Milan au viiT *.
Si grossier que fût le clergé, si contraint qu’il fût de se I plier lui-même, pour vivre, aux mœurs générales, il habitua 1 pourtant nos ancêtres à faire quelque état de la force spirituelle, intellectuelle.
Ce sont là des bienfaits et il enfant tenir compte; mais ils furent compensés par de bien graves méfaits, par l’odieuse création des crimes d’opinion et l’intluence à jamais exécrable de l’inquisilion. Il faut aussi remarquer que la juridiction ecclésiastique, absolument injustifiable, fut moins 1 scrupuleuse encore dans ses procédés et plus féroce que la
; justice laïque. L’institution, toute aristocratique, de la che-
’ valerie ne saurait compenser ces crimes de lèse-humanité,
i ces violences contre les corps et les esprits ; elle eut pour-
: tant pour résultat de faire tenir en estime l’héroïsme qui
! ne calcule pas, le sacrifice volontaire de l’individu pour une
1 cause réputée juste. Mais que peut peser l’influence du Ro-
man eVAmadis en comparaison de celle des tortures juridiques, des bûchers de l’inquisition, du servage temporel et spirituel, des incessants abus de la force déchaînée? Ceux-ci néanmoins eurent l’utilité, pour quiconque avait le droit de porterune arme, d’entretenir le courage personnel.