Id., Ibid., t. II, p
lilé de ces enfants assistés était terrible. Dans le département de la Loire-Inférieure, elle s’élevait à 1)0,50 p. 100,enl862*. Pour toute la France, la mortalité moyenne des enfants assistés atteignait 57 p. dOO^
A en croire nos statistiques judiciaires, l’infanticide serait assez rare. En France, par e.vemple, on n’en constate que 205 cas par an, mais ici il faut distinguer entre l’infanticide sauvage, ouvertement pratiqué, comme il l’était à Taïti, et l’infanticide que l’on peut appeler civilisé. Nos tribunaux ne connaissent que du premier; l’autre, l’infanticide hypocrite, leur échappe. Or, d’une savante étude, publiée en 1878 par le D'’ Adolphe Bertillon, il résulte à ce sujet toute une série d’effrovahles révélations. Je les résume.
Dans les hôpitaux d’accouchement, le chiffre des mort-nés est moitié plus faible qu’au dehors.
La mortalité des enfants illégitimes au moment de leur naissance dépasse très notablement celle des légitimes et la comparaison ne permet guère de douter qu’il ne se commette 20 à 30 infanticides pour 1000 naissances illégitimes, soit, pour les 76 000 naissances illégitimes de l’année en France, au moins 1520 infanticides.
Normalement, la mortalité des nouveau-nés diminue très notablement durant la seconde semaine de leur vie. Or, le contraire arrive pour les illégitimes, surtout à la campagne. Le D'' Bertillon relève encore de ce fait environ 1400 infanticides vraisemblablement par inanition ^
Une circonstance est à noter dans cette nécrologie infantile, car elle atteste la persistance d’une coutume, que nous avons constatée chez les plus grossiers sauvages, c’est que
1. D^-J. Guérin, cité par J. Simon, in Ouvrier de huit ans, p. 45.
!2. Id., Ibid., p. 206.
3. Rapport sur la mortalité des nouveau-nés au Congrès international d'hy giène de Paris (1878).
LA MORALE IINDUSTIUELLE OU MERCANTILE
les enfants de sexe féminin sont sacrifiés en bien plus grand nombre.
Ainsi, pour les enfants illégitimes, la mortalité des filles est, durant la première année de la vie, plus forte que celle des enfants de sexe féminin nés en légitime mariage ^
Ajoutons enfin que l’aggravation de la mortalité infantile, pendant la première année de la vie, est, pour les illégitimes, considérablement plus forte à la campagne, où les vieux instincts, les vieilles mœurs, les vieux préjugés ont conservé une vitalité plus grande.
Précédemment, en parlant de la Polynésie sauvage, j’ai dit qu’il y avait à Taïti des tueurs d’enfants par métier, allant dans les villages offrir leurs services aux femmes récemment accouchées. Quelque chose d’analogue existe aussi chez nous. Rappelons-nous le célèbre procès des faiseuses d'anges et écoutons un médecin, le D’’ Brochard, disant à propos d’une statistique sur la mortalité des enfants à Nogent-le-Rotrou : « Dans certaines communes pauvres, toujours éloignées du chef-lieu judiciaire de l’arrondissement, on voit des femmes et des filles, qui ont, dans toute la contrée, la réputation bien méritée d’être de mauvaises nourrices. Chez elles, les nourrissons ne font que paraître et disparaître. Eh bien ! ces femmes ont toujours des nourrissons; ces nourrissons sont presque toujours des enfants de filles et ces nourrices sont toujours parfaitement et régulièrement payées ^ »
Il semble d’ailleurs que ce genre d’industrie soit fort pratiqué, dans cette région, puisque, dans le département d’Eure-et-Loir, la mortalité d’un jour à un an s’élevait, il