Ici., Ibid., liv. IV, ch. i
maines. Partout le plus faible est soumis au plus fort; mais, dans les sociétés complexes et basées sur l’hérédité des privilèges, le droit du plus fort finit par être remplacé par celui du plus riche, le libre jeu de la concurrence vitale, telle cpi’elle règne dans le reste du monde organique, est faussé, et il arrive souvent que le plus faible, cuirassé par le pjûvilège, terrasse le plus fort et le plus intelligent. L’abus est surtout éclatant dans les sociétés à castes rigides; il s’en faut qu’il soit aboli dans nos États modernes et même dans les plus démocratiques d’entre eux.
En dépit des maximes égalitaires ou évangéliques, prodiguées dans les discours et dans les livres, il règne toujours dans la répartition des richesses une inégalité llagrante, plus grande même parfois qu’aux pires époques d’oppression. Jamais, par exemple, ni dans l’antiquité, ni dans l’ancienne Europe monarchique, il n’a existé de milliardaires ; le milliardaire est de création moderne.
Les valeurs mobilières, si disséminées qu’elles semblent, sont accumulées en masses énormes dans un petit nombre de mains et il en est de même de la propriété du sol. La moitié de l’Angleterre appartient à cent cinquante individus; la moitié de l’Ecosse à dix ou douze personnes^ Dix-sept propriéraires détiennent plus d’un million d’hectares, valant deux milliards et demi; sur les 31 millions d’hectares du sol anglais, 2238 personnes détiennent 16 millions d’hectares. Enfin il y aurait en Angleterre environ cent mille millionnaires ^ En France môme, comme il résulte des derniers recensements et malgré le grand nombre des cotes foncières, la grande propriété représente encore les 35/100 de la surface totale imposable^
1. E. (le Lavelcye, De la propriété, p. 111-142. — .1. Bright, Discours à Birmingham, 27 août 1866.