Ibid
L’ÉVOLUTION DE LA MORALE, comique. Ce qui donne une valeur toute particulière à cet exemple, c’est que le chien en question n’avait jamais été battu, de sorte que ce ne peut être la crainte du châtiment corporel qui l’a fait agir. Je suis donc forcé de voir dans ces actions des exemples d’un développement de la faculté de conscience aussi élevée que peut le donner la logique du sentiment sans le secours de la logique des signes, c’est-à-dire un degré presque, sinon tout à fait aussi élevé que celui que nous trouvons chez les sauvages inférieurs, les petits enfants et un grand nombre d’idiots et de sourds-muets sans éducation. »
Ce fait a la valeur d’une expérience in aniinâ vili. Il s’agit d’un animal bien né, bien élevé, en résumé ayant des principes, tout un bagage moral supérieur résultant de sa commensalité avec l’homme; mais derrière ces acquisitions mentales, de date relativement récente, il y a tout l’antique fonds des penchants ancestraux de la race. La tentation naît; l’animal y succombe : c’est la morale ancienne. Mais aussitôt la morale nouvelle se réveille, proteste, arrête le coupable et il en résulte chez ce dernier un sentiment de honte, de regret, de souffrance morale, auquel il est difficile de ne pas donner le nom de remords.
Avant d’aller plus loin, je résumerai en quelques mots les données générales précédemment exposées. On les peut renfermer dans deux brèves formules :
La cellule nerveuse est un appareil enregistreur, et ces empreintes emmagasinées peuvent se transmettre héréditairement: d’où Information de tendances innées, de penchants naturels, d’instincts;
2° L’intervention de l’homme, le dressage, peuvent perturber chez l’animal les instincts les mieux enracinés et même en susciter de nouveaux.