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LA MORALE CHEZ LES ANIMAUX

Rien que le litre de cette leçon choquera certains de mes auditeurs. En effet, depuis bien longtemps on nous enseigne que l’homme est un être à part dans l’univers, une sorte de dieu ruiné, ayant conservé des débris de son ancienne fortune, entre autres, le privilège d’ètre moralisé et moralisahle. C’est même sur l’existence supposée de ce privilège que, récemment encore, on a essayé de baser l’étrange théorie du Règne humain. S’attarder aujourd’hui à réfuter ce rêve de métaphysicien en délire serait assurément perdre

son temps. L’étroite parenté physique, morale et intellectuelle de l’homme avec les animaux n’a plus besoin d’être démontrée. Nous verrons d’ailleurs, en esquissant l’ethnographie de la morale, combien bestiale est la moralité des races inférieures.

Que l’homme, pris en masse, soit aujourd’hui le premier, le moins imparfait et le plus perfectible des animaux, cela est incontestable, mais il n’est pourtant qu’un primate dégrossi, un parvenu qui ne saurait renier sa généalogie : celle-ci est empreinte non seulement dans sa chair, dans chacun de ses organes, dans chacun de ses éléments anatomiques, mais même dans ce qu’on appelle son âme, dans sa mentalité. Il est telle des qualités, tel des défauts de l’homme, même civilisé, dont l’origine psychique remonte très probablement à ses ancêtres animaux, par exemple l’amour maternel, les instincts féroces, si faciles à réveiller.

Dans l’animalité, comme dans l’humanité, toute vie sociale suppose, exige quelques égards pour les coïntéressés, un certain degré de mutualité. Aussi rien de moins rare, chez les animaux, que les exemples de dévouement pour les proches ou les membres du groupe, que les traits d’altruisme familial ou social.

Dès que deux êtres doués, si grossièrement que ce soit, de sensibilité et de pensée, vivent ensemble, s’associent, fut-ce même temporairement, dans un but quelconque, la morale, du moins une certaine moralité doit naître. 11 est nécessaire que chacun d’eux subordonne plus ou moins ses désirs à ceux de scs coassociés. Les groupes où l’on se ménagera, oùl’on s’entr’aidera le plus, auront chance de l’emporter sur leus concurrents dans la lutte pour vivre.

Or quantité d’animaux, fort développés déjà, se groupent en familles, en hordes, même en sociétés nombreuses et complexes. Dans le dernier cas sont les abeilles et les four-

L’ORIGINE DES PENCHANTS MORAUX

mis, qui, nous le verrons tout à l’heure, donnent plus d’un exemple moral au premier des mammifères, soi-disant modelé sur un patron divin. Car, chez les animaux, le degré de perfection des penchants sociaux est loin de coïncider rigoureusement avec le rang hiérarchique, occupé par l’espèce dans la classification zoologique. Combien, jar exemple, le singe est sous ce rapport inférieur à la fourmi !

On sait assez que l’amour des parents pour les jeunes peut s’exalter, chez nombre d’espèces, jusqu’à l’héroïsme. On ici, entre l’homme et les vertébrés supérieurs, il n’y a pas analogie, il y a identité. Je citerai quelques faits à titre de spécimens : « On voit, dit G. Leroy, des oiseaux, lorsque leurs petits sont menacés de périr par le froid et la pluie, les couvrir constamment de leurs ailes au point qu’ils en oublient le besoin de se nourrir et meurent souvent sur euxL »

Rien qu’en réunissant les faits d’observation de ce genre, on peut faire et on a fait des volumes. J’y choisirai quelques exemples. Toute cette psychologie animale est fort précieuse pour nous. Chez l’homme, du moins chez l’homme développé, la vie de conscience est infiniment complexe. On la peut comparer à un arbre touffu, sous la luxuriante frondaison duquel l’œil a peine à démêler la ramure principale, les grosses branches qui supportent tout le reste. Au contraire, chez l’animal, les mobiles, tout en étant essentiellement les mêmes, sont ordinairement d’une extrême simplicité. D’un côté, on a un édifice compliqué; de l’autre, on en a le plan, qui l’explique.

Il y a une dizaine d’années, les journaux racontèrent avec admiration le trait héroïque d’une jeune mère, qui, précipitée dans une rivière par suite d’un accident de voiture,

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