La Mer libre, p
C’est vous qui le savez, sublimes animaux ! »
— Ah! je t’ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m’est allé jusqu’au cœur !
11 disait ; « Si lu peux, fais que ton àme arrive,
A force de rester studieuse et pensive.
Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté Où naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde lâche Dans la voie où le sort a voulu t’appeler.
Puis apres, comme moi, souffre et meurs sans parler ! »
Dans nombre d’espèces animales, ces prodiges d’héroïsme sont ordinaires chez les femelles. Parfois cependant le male rivalise avec sa moitié. Aiidnbon raconte, qii’en cas de danger menaçant le nid, l’oie mâle du Canada oblige sa femelle à fuir et, seul, fait face à l’ennemi C
Très puissant est le sentiment familial dans beaucoup d’espèces animales; mais là, comme dans l’humanité, la force même de l’amour de la famille restreint les sentiments altruistes. Rien de plus naturel que cet antagonisme moral.
« La perdrix, qui, dit G. Leroy, est très soigneuse et très agissante pour l’intérêt de ses petits, poursuit et tue impitoyablement tous ceux qui ne lui appartiennent pas, lorsqu’ils viennent à croiser ses recherches" ». D’autres oiseaux ont au contraire le cœur très large. «: La poule faisane, dit encore G. Leroy, a moins d’empressement pour ses enfants, abandonne ceux qui s’égarent ou la quittent, mais il sulïit de la suivre pour avoir droit à ses soins et elle devient la mère commune de tous ceux qui ont besoin d’elle^. »
.l’ai surtout parlé jusqu’ici de l’amour des parents, spécialement de la femelle pour les jeunes. C’est en effet, chez
1. Audiibon, Scènes de la nature dans les IClats-L nis, t. II.
'2. G. Leroy, Lettres sur les animaux, p. 70.