‹ L’évolution de la moraleChapitre 368 sur 372 · Morale évolutionisle, p · texte numérisé non relu

Morale évolutionisle, p

sacrifié, où la grande religion contemporaine, le culte du dieu Mammon, n’aura plus de sectateurs, où l’égoïsme étroit, individuel ou familial, aura cédé la place au souci du bien général.

Le vieux monde, le nôtre, le monde soi-disant civilisé, porte dans ses flancs cette société nouvelle; elle s’y agite déjà. A nous d’en faciliter l’avènement, de faire qu’elle s’établisse non pas brusquement et par révolution, mais graduellement et par évolution.

En terminant notre longue investigation relativement au développement de la morale, il ne sera pas inutile de remarquer que le résultat de notre enquête affirme et confirme l’existence d’une grande loi : la loi du progrès.

Étudiées au point de vue transformiste, les sciences naturelles nous enseignent que l’homme a été engendré par la bête, l’humanité par l’animalité. Interrogée suivant la même méthode, l’histoire de l’évolution morale répond que l’homme a été d’abord bestial, puis sauvage, puis barbare, enfin civilisé, mais fort imparfaitement, qu’il doit s’amender encore, que sa destinée est de grandir et gravir toujours. Cette perspective d’un progrès indéfini, c’est la foi moderne et cette croyance nouvelle remplace avantageusement le mirage des paradis évanouis; elle nous soutient et nous console au milieu des épreuves publiques et privées. Encouragés par elle, nous nous regardons comme les ouvriers d’une œuvre toujours inachevée, mais à laquelle tous les hommes, petits et grands, obscurs et célèbres, peuvent et doivent mettre la main. Si cruelles que puissent être les misères, les injustices, les calamités du présent, nous les pouvons tenir pour des accidents du long voyage de l’humanité à la recherche du mieux, et, tout en nous efforçant d’y remédier, les prendre en patience. Nos devanciers, nous le savons, ont été plus malheureux que nous, mais un avenir supérieur à

LA MORALE UTILITAIRE ET TRANSFORMISTE

notre présent attend nos descendants, puisque, tant que les conditions cosmiques permettront au genre humain de durer, il lui faudra acquérir et conquérir une somme toujours plus grande de justice et de lumière, par suite de bonheur.

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