‹ L’évolution de la moraleChapitre 367 sur 372 · Revue sctc?W février 1880, n · texte numérisé non relu

Revue sctc?W février 1880, n

LA MORALE UTILITAIRE ET TRANSFORMISTE

tution, dont l’exislence n’avait pas jusqu’ici choqué la conscience publique. De véritables campagnes sont menées, parfois avec un admirable dévouement, contre la prostitution légale et elles viennent, en Angleterre, d’obtenir un notable succès.

D’autre part, la forme dernière et atténuée du servage, le salariat, est attaquée de toutes parts; les consciences les plus délicates protestent, à tout le moins, contre ses résultats les plus criants; de son côté, la masse déshéritée, qui le subit, s’émeut, parfois se révolte. Elle ne se résignera plus et, bon gré malgré, un autre type social devra se produire et satisfaire de nouveaux besoins de justice.

C’est que mœurs, lois, institutions, tout cela est solidaire; tout cela s’engendre réciproquement. « La production du type le plus élevé de l’homme, dit avec raison H. Spencer, suit seulement, 'pari passu, la production du type le plus élevé de la société. » Il faut entendre naturellement la production en grand de ce type élevé. En elfet, dans toute société, il apparaît des individus supérieurs à leur milieu, des précurseurs troublant la somnolence générale et poussant le monde en avant, bien souvent à leur dam; car c’est un dangereux métier que celui de novateur, surtout du réformateur moral, heurtant de front les préjugés séculaires et les intérêts égoïstes, s’insurgeant contre l’injustice, même quand elle n’atteint que les autres.

Bénis soient ces perturbateurs, ces contemporains de l’avenir, ceux qui conçoivent déjà un idéal de moralité supérieure et forcément aussi une société plus parfaite où chacun trouvera une existence complète, où tout privilège artificiel aura disparu, où chacun sera à sa place, se développera dans les limites de sa nature, où nul ne sera abandonné ou

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