LES PHASES DE L’ÉVOLUTION MORALE
Ces pliases, je vais les indiquera grands traits en caractérisant chacune d’elles par une épithète qui en marquera le caractère général.
Dans une précédente leçon, j’ai traité de la morale des animaux. Pour passer de cette morale à celle des groupes humains primitifs, il n’est pas besoin de faire un grand effort. C’est bien le cas de se rappeler l’adage : Nalura non facit salins.
La morale primitive du genre humain a été à peu près celle
L’ÉVOLUTION DE LA MORALE, des chimpanzés. Elle a meme été bien plus bestiale, car les chimpanzés et les gorilles ne se dévorent point entre eux, tandis que le cannibalisme est le péché originel de toutes les races humaines. Il disparaît bien lenlemcnt, après des atténuations successives, et peut être pris comme caractéristique de la phase première de l’éthique, delap/mse bestiale.
Durant la deuxième phase, reliée naturellement à la première par les transitions les plus ménagées, les faits de cannibalisme ne donnent plus le ton à la civilisation. Pourtant il leur arrive souvent de persister, mais alors ils sont plus ou moins exceptionnels, restreints à de certaines circonstances : ce sont seulement des survivances, que l’on retrouve soit chez les individus, dans un accès de fureur, de vengeance, soit à l’état religieux ou juridique; mais l’anthropophagie a cessé d’être un acte simple, accompli dans la vie de tous les jours. Ce qui caractérise ce deuxième stade, c’est l’institution de l’esclavage, réfrénant un peu la férocité absolument animale du stade précédent. Au lieu de dépecer sur-le-champ le vaincu, on en fait un animal domestique. D’ailleurs la vie humaine est toujours infiniment peu respectée; en outre les mœurs confèrent au chef, au maître, à l’homme, au père, un droit de propriété à peu près absolu sur le sujet, l’esclave, la femme et les enfants. — J’appellerai ce deuxième stade de l’éthique la morale sauvage.
Dans la troisième phase, le sens moral s’est développé ; les mœurs, devenues un peu plus humaines, se sont codifiées en lois traditionnelles ou écrites. La sauvagerie d’antan est alors quelque peu bridée. Le vol, l’adultère, le meurtre sont considérés commodes crimes sociaux et sévèrement punis. Néanmoins la société repose encore sur l’esclavage : la morale n’est plus sauvage, elle est barbare; mais celto barbarie va s’atténuant lentement jusqu’à la phase suivante.
Durant ce dernier stade, où nous sommes encore, les