‹ L’évolution de la moraleChapitre 59 sur 372 · Voyage de /’Advenliire el du Beaglc · texte numérisé non relu

Voyage de /’Advenliire el du Beaglc

pai’loiit OÙ l’homme est encore mal dégagé de l’animalité, partout aussi où son alimentation est pauvre et précaire. En tout lieu, en Mélanésie, en Afrique, en Amérique, certaines peuplades ont moins d’humanité que les loups.

Je citerai encore brièvement quelques-uns de ces faits instructifs avant de parler avec quelque détail du cannibalisme polynésien, plus spécialement intéressant pour l’étude de l’évolution de la morale.

« Les Guarayens (Amérique du Sud, probablement les Guarayos), disent les rédacteurs des Lettres édifiantes f poursuivent les hommes à peu près de la même manière qu’on va à la chasse aux bêtes ; ils les prennent vivans, s’ils peuvent ; ils les entraînent avec eux et ils les égorgent l’un après l’autre à mesure qu’ils se sentent pressés de la faim. » On faisait plus queles conserver, comme aliment de réserve; on les nourrissait largement, on les engraissait, on leur donnait même des femmes; puis, à un moment donné, on les égorgeait en grande cérémonie, en ayant soin de barbouiller de leur sang les enfants mêles, qui devaient ainsi acquérir de la hardiesse. Les victimes, exactement aussi féroces que leurs sacrificateurs, mouraient à la manière des Peaux-Rouges, en entonnant un chant de mort, dans lequel elles bravaient leurs bourreaux, en leur rappelant combien de leurs amis et parents elles-mêmes avaient jadis dévorés

Sous le rapport de la férocité bestiale, certaines tribus peaux-rouges de l’extrême nord ne le cèdent en rien, aujourd’hui encore, aux Guarayos mentionnés par les anciens missionnaires. Écoutons un missionnaire brelon, Mgr Faraud, évêque de Mackensie, qui a passé de longues années au

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