Thevct, Singularitei de la France antarctique, p
LA MORALE BESTIALE
milieu de tribus ayant conservé les vieilles mœurs : « Ces sauvages {Duèeldeli-Ottiné, les habitants qui mangent les hommes) poussent la passion de l’anthropophagie à un tel point que la mère n’est pas en sûreté avec son enfant, ni les enfants avec leur père. Les parents mangent leurs parents, les amis leurs amis. La moindre disette réveille dans leur cœur cette passion horrible et alors le plus fort dévore le plus faible L » D’autres Peaux-Rouges, voisins de ceux-là, les Cris, ne pratiquent que l’anthropophagie guerrière, mais d’une manière absolument bestiale. Sur le champ de bataille même, le vainqueur, après avoir scalpé le vaincu, lui ouvre la poitrine et en arrache le cœur, qu’il mange tout palpitant encore L
Ces mœurs atroces nous montrent l’homme en flagrant délit d’animalité. A elles seules, elles suffiraient à mettre à néant l’antique théorie des idées morales, innées et nécessaires. Je n’y insisterai pas; bien d’autres faits viendront corroborer ceux-là et constituer une démonstration surabondante.
Mais, au point de vue qui doit spécialement nous occuper ici, l’étude quelque peu détaillée du cannibalisme en Polynésie sera des plus instructives. Disséminés sur d’immenses espaces, dans des archipels, ayant les uns avec les autres peu ou point de communication, les Polynésiens avaient formé des groupes ethniques, qui avaient évolué isolément, parfois dans des milieux dissemblables et avec une vitesse variable. Ils nous donnent par conséquent le spectacle, infiniment curieux, d’une même race à divers stades de son évolution mentale. C’est donc un champ d’observation des plus précieux, où l’on peut suivre pas à pas, pour ainsi dire.