Cook, Troisième voyage, in flist. univ. des voyages
lüi L’ÉVÜLÜTION DE LA MORALE.
En nous occupant du cannibalisme, nous avons vu que la guerre primitive ressemble souvent à une chasse dont l’homme est le gibier. Mais en dehors même du désir de « manger des nations », comme disaient énergiquement les Iroquois, en souvenir sans doute du cannibalisme de leurs ancêtres, il y a l’espoir de détruire des concurrents. Dans ces incessants conflits, les instincts sanguinaires de la bête sont constamment tenus en haleine, et ils se donnent carrière sans vergogne. On tue l’ennemi non seulement pour le manger, mais pour le plaisir d’égorger, et l’on ne se borne pas à massacrer l’adversaire armé, maison y ajoute, si l’on peut, les femmes et les enfants : les guerres primitives sont des guerres d’extermination..
Tuer un nombre suffisant d’ennemis pour pouvoir se présenter honorablement dans l’autre monde, devant le tribunal des dieux, était un des grands soucis des Vitiens : c’était là leur bagage de bonnes actions, et souvent ils se désolaient en songeant que leur provision était bien légère, qu’ils n’avaient pas commis assez de massacres pour plaire à leurs dieux E
Un idéal du même genre hante l’esprit des Néo-Calédoniens. En dehors même du désir de manger une tranche de viande humaine, ils sont passionnés pour la guerre en ellemême, et leur grand grief contre l’autorité française et les missionnaires est qu’on les empêche de se battre : « Nous ne sommes plus des hommes, disent-ils, nous ne nous battons plus »
Dans leur manière de guerroyer, il n’entre d’ailleurs pas plus de scrupule chevaleresque que n’en a le chasseur visà-vis de l’animal qu’il poursuit. L’astuce sans limite est le