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G. Roberston, Amérique, liv. IV

4. Kolzcbue, Deuxième voyage (Hist. univ. des voyages, t. XVII, p. 115).

5 Roberlson, Amérique, t. IV. — Mgr Faraud, Dix-huit années cha les

sauvages.

LA MORALE BESTIALE

l’idée de cette similitude n’a nullement disparu. Nous lisons couramment dans nos écrivains, surtout dans ceux qui se piquent de rhétorique, que « la chasse est l’image de la o'uerre » et, dans nos sociétés industrielles et commercantes, la persistance d’un goût assez vif pour la chasse est sûrement une survivance des âges primitifs.

Pendant qu’on le supplicie, le prisonnier peau-rouge, qui lui-même, a été plus d’une fois acteur sans pitié dans des tragédies semblables, entonne son chant de guerre, brave ses bourreaux, les insulte jusqu’à ce que, perdant à la fin patience, ils lui portent le coup mortel.

Dans le traitement infligé aux prisonniers de guerre, l’Américain du Sud ne le cédait pas en férocité à celui du Nord. Certains Indiens du Brésil et du Paraguay vivaient à la manière du jaguar, auquel d’ailleurs ils aimaient à se comparer. Le cordelier Thevet, aumônier de Marie de Médicis, qui visita les deux Amériques vers le milieu du xvi® siècle, et nous a laissé de très curieuses relations ‘, rapporte que les indigènes du Brésil faisaient de la guerre Punique affaire de leur vie. Les trêves mêmes leur étaient inconnues :

« Quand ils veulent surprendre quelque village l’un de l’autre, dit-il dans son vieux langage, ils se cacheront et musseront de nuit par les bois ainsi que renards, se tenans là quelque espace de temps iusques à tant qu’ils aient gaigné l’opportunité de se ruer dessus.

«Arrivons à quelque villageils ont certaine industrie pour les faire saillir hors avec tout leur bagage, femmes et enfans. Estons saillis, ils chargent les uns les autres de coups de flesches confusément, de masses et espées de bois, qu’oncque ne fut si beau passetemps de voir une telle meslée. Ils se

1. Cosmographie universelle. — Singularités de la France antarctique.

L’ÉVOLUTION DK LA MOHALE.

prennent et mordent avec les dents en tous endroits qu’ils se peuvent rencontrer, et, par les lèvres, qu’ils ont pertuisées, monstrans quelquefois, pour intimider leurs ennemis, les os de ceux qu’ils ont vaincus en guerre et mangez ; bref ils emploient tous moyens pour fascher leurs ennemis... Nous sommes vaillans (disent-ils), nous avons mangé vos parens, aussi vous mangerons : et plusieurs menasses frivoles*. »

Ailleurs, Thevet dit avoir entendu un chef indien se comparer avec orgueil à un jaguar et se glorifier d’avoir tué et plus ou moins mangé plus de 5000 prisonniers. Il disait, suivant notre chroniqueur :

« J’en ai tant mangé; j’ai tant occis de leurs femmes et de leurs enfans, après en avoir fait à ma volonté, que je puis, par mes faits héroïques, prendre le titre du plus grand moi'bicha quifutoncques entre nous. J’ai délivré tant de peuples de la gueule de nos ennemis. Je suis puissant; je suis fort, etc. »

Mais, avec certaines atténuations, tout cela pourrait se traduire en langage moderne.

Il n’y a pas plus de magnanimité guerrière chez les noirs d’Afrique les plus inférieurs, ceux qui sont encore cannibales ou ne sont sortis qu’imparfaitement du cannibalisme. « Au Gabon, nous dit du Chaillu, surprendre un homme, une femme ou un enfant et les frapper durant leur sommeil, s’embusquer dans les bois sur le passage d’un homme isolé, le percer d’un seul coup de lance avant qu’il ait eu le temps de se mettre en garde, guetter une femme qui va puiser de l’eau et la tuer... voilà les exploits que j’ai entendu le plus vanter et dont j’ai été le plus souvent témoin dans cette partie de l’Afrique... Je n’ai jamais pu faire comprendre à

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