‹ L’évolution de la moraleChapitre 84 sur 372 · Ihul, t. XI · texte numérisé non relu

Ihul, t. XI

îilfirme encore que les Derbices de l’Asie septentrionale mangeaient tout individu ayant atteint soixante-dix ans.

Longtemps tous les faits de ce genre, relevés en assez grand nombre par les écrivains de l’antiquité, ont été réputés invraisemblables, légendaires. Mais aujourd’hui l’etbnographie les confirme indirectement, en enregistrant nombre de faits récents etidentiques. D’ailleurs la férocité habituelle à l’homme primitif n’exclut pas toujours et partout certains sentiments humains. Chez les races, comme chez les individus, les contradictions morales ne sont pas rares. Ainsi les Néo-Zélandais, si sanguinaires et si cannibales, avaient poulies vieillards, du moins pour les hommes, de grands égards*. Toujours ils leur cédaient la place d’honneur dans l.es festins d’apparat; les jeunes gens les écoutaient avec respect ; il arrivait même à des chefs d’entretenir des gens du peuple, uniquement à cause de leur grand âge^ Certaines tribus de Peaux-Rouges auraient, au dire de l’abbé Domenech, des mœurs analogues. Dans les wigwams des Selishs, par exemple les vieillards et les infirmes seraient traités avec beaucoup de considération L

Ces faits sont exceptionnels. A ce titre même ils ont leur intérêt. Ils nous montrent, que, tout en ayant, dans sa physionomie générale, une marche uniforme, l’évolution morale du genre humain comporte certains écarts. Ces exceptions nous apprennent encore, que, dans la conscience de l’homme, les contrastes moraux les plus éclatants sont très possibles. Comment en serait-il autrement, puisque les penchants moraux ou immoraux résultent des fatalités mêmes de la vie sociale et des nécessités variables de l’existence?

11 importe aussi de noter qu’entre les diverses phases de

1. Cook, Deuxième voyage {Ilisi. univ. des voyages, t. MI, p. 331).

2. Dumont-d’Urville, Hisi. univ. des voyages, t. XVIIl, p. 261.

3. Voyage pillorresque dans les déserts du nouveau monde, p. 512.

LA MORALE BESTIALE

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révolution mentale, il ne saurait exister de hiatus : tout se tient, s’enchaîne, s’engrène. Le passé imprègne toujours le présent, nous aurons trop d’occasions de le constater; mais aussi l’avenir est en germe dans le passé même; çà et là on l’y voit poindre, s’y manifester par des tendances nouvelles, qui désobéissent aux antiques instincts, aux féroces suggestions des ancêtres. Pins d’une fois, je signalerai et j’essaierai d’analyser ces conflits moraux. Actuellement, j’ai à décrire la cruauté de l’homme primitif, l’effroyable mépris qu’il fait de la vie humaine. Déjà j’ai passé en revue d’horribles traits de mœurs, le cannibalisme, l’amour du carnage pour le carnage lui-même. Je dirai encore, mais brièvement, combien l’homme primitif se soucie peu de la vie des enfants nés ou à naître et quel sort affreux il fait trop souvent à la femme.

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