‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 124 sur 253 · DESAVANTAGE. — DESCENDRE · texte numérisé non relu

DESAVANTAGE. — DESCENDRE

DESAVANTAGE, avec le plur., en parlant d'un général qui a eu le dessous dans un combat :

J'apprends plus contre vous par mes désavantages.

Que les plus beaux succès qu'ailleurs j'aie emportés

Ne m'ont encore appris par mes prospérités. [Sert., m, 1.)

DÉSAVOUER DE, suivi d'un subst., ou d'un mot en tenant la place :

Non, non, vous le verrez demain au sacrifice,

Par le choix que j'attends couvrir son injustice,

Et par la peine due à son propre forfait,

Désavouer ma main de tout ce qu'elle a fait. {OEd , v, 5.)

D'un choix que vous m'aviez vous-même tant loué

Votre cœur et vos yeux vous ont désavoué. {Atjés.,n., 1.)

De même avec le pronom personnel :

Mais, sous des noms divers à soi-même contiaire,

Qui conserva le fils attente sur le père:

Et, se désavouant d'un aveugle secours,

Sitôt qu'il se connoît il en veut à mes jours. [IJéracl., m, 2.)

Voltaire fait suivre ces deux derniers vers de cette critique :

«: Cela n'est pas français; on désavoue un secours qu'on a donné, on dément sa conduite, on se rétracte, etc.^ mais on ne se désavoue pas. Désavouer n'est point un verhe réciproque, et n'admet point le de. »

Il faudrait dire seulement que cet emploi est rare, et on a parfaitement pu employer désavouer de, comme on a fait avouer de.

DESCENDRE, descendre en un combat :

Aussitôt que Persée a pu voir son rival :

Descendons, a-t-il dit, en un combat égal. [Androni., v, .5.)

« Je ne ferai point ici de remarques, dit Voltaire, sur cette phrase qui n'est pas française : « Descendons en un combat. »

« Descendre en un combat » est dit ici comme : Descendre dan? la lice, par conséquent est parfaitement français. Toujours Corneille a un sentiment tout autrement profond et vif de la langue que ne l'a Voltaire.

— DESCENDUE, coulcr, OU parlant de pleurs :

Ses pleurs ne se sauroient empêcher de descendre.

Et j'en aurois pitié si je n'aimois Lysandre. [La Gai. du Pal., m, 9.)

— DESCENDRE, fig. et abs., s'abaisser au-dessous de son rang :

DiRCÉ. Je vous ai déjà dit, seigneur, qu'il n'est pas roi. ŒDIPE. Son hymen, toutefois, ne vous fait point descendre.

DESCENTE. — DESENFLER. 189

S'il n'est pas clans le trône, il a droit d'y prétendre, Et comme il est sorti du même sang que vous, Je crois vous faire lionneur d'en faire votre époux. DincÉ. Vous pouvez donc sans honte en faire votre gendre.

Mes sœurs, en l'épousant, n'auront point à descendre. {Œd., i. 4.)

— DESCEiNDRE jusqu'a, suivi d'uii infiiiitit' :

Si je suis descendu jusqu'à vous abuser,

Un juste désespoir m'auroit fait plus oser. [Œd., m, 1.)

— DESCENDRE Al-DESSOIS UE QUELyu'L.N, êtlC l'avalô UU-(lt'S-

sou? de lui dans l'opinion :

Il n'a pas tenu à vous que, du premier lieu où beaucoup d'Iionnêtes gens me placent, je ne sois descendu au-dessous de Claveret. [Letl. apolog.)

— DESCENDRE, avcc uii noui de chose pour sujet, s'abaisser;

L'amour que j'ai pour vous hait ces molles bassesses

Oii d'un sexe craintif descendent les foiblesses. {Penh., iv, 5.)

— FAIRE DESCENDRE, fig., abaisser, humilier :

C'est avoir beaucoup fait, que d'avoir jusque-là

Fait descendre t'onjueil des héros de Sylla. ' {Sert., i, 2.)

— DESCENDRE, taire pénétrer, en parlant de sentiment :

Que de sujets de craindre et de désespérer,

Sans ([uc mon triste cœur en daigne murmurer!

A chaque occasion le ciel y fait descendre

Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre- {Cin., iv, -l.)

DESCENTE, action de descendre, faire une uouiuuli: descente DE :

(Juand il falloil calmer toute une populace,

Le sénat n'épargnoil promesse ni menace,

El rappeloit par la son escadron mutin

Et du mont Ouirinal, et du mont Avenlin,

Dont il aurait vu faire une Itorriblc descente.

S'il eût traité longtemps sa fureur d'impuissante. [Mcotn.. v, 1.)

— DESCENTE, actioD de couler en descendant :

oue le dieu de la Seine a d'amour pour Paris!

Des qu'il en peut baisi-r les rivages chéris.

De ses flots suspendus la descente jdus douce

Laisse douter aux yeux s'il a\ance ou rebrousse. {Œuvr. div.)

DÉSENFLER, liy. dési.nii.eii son ame, taire cesser rcntlun' de son âme, compriinrr les i^onllcmcnts de son orgueil :

Fais que contre toi-même un saint zèle t'enflamme

D'une juste indignation.

Pour étouffer soudain ce qui naii dans ton âme

190 DESESPOIR. — DESISTER.

De superbe et d'ambition; Déseiijle-\a. si bien qu'elle soit toujours prêle

A voir que chacun sur sa tète Par un dernier mépris ose imprimer ses pas. [Imii., m, 13.)

DÉSESPOIR, avec le pluriel :

De mille désespoirs mon cœur est assailli. [La PL Roy., ii, 3.)

La maladie de Flavie, sa mort et les violences des désespoirs de sa mère qui se venge, ont assez de justesse. [Exam. de Tliéod.) — Le grand effort d'esprit qu'il avoit fait à peindre les désespoirs de ce monarque. (Prem. Disc.) — Ses remords en auroient été plus animés et ses désespoirs plus violents. {Deux. Disc)

Et par les désespoirs d'une chaste amitié,

Nous aurions des deux camps tiré quelque pitié. [Hor., m, 2.)

« On n'emploie plus aujourd'hui désespoir ^u pluriel; il fait pourtant un très-bel effet, observe justement Voltaire. Mes déplaisirs, mes craintes , mes douleurs, mes ennuis, disent plus que mo7i déplaisir, ma crainte, etc. Pourquoi ne pourrait-on pas dire 7nes désespoirs comme on dit mes espérances? Ne peut-on pas désespérer de plusieurs choses, comme on peut en espérer plusieurs? » *

On a dit, comme Corneille , au dix-septième siècle :

La Vallière eut des jalousies et des désespoirs inconce\ables. (M"" lie Lak. , Hist. d'Henri d'AwjL, 3-^ p., 1662.)

On a SU , de nos jours , reprendre cet emploi si heureux et si nécessaire :

J'essayais alors de la consoler, et l'instant d'après je m'abîmais dans des désespoirs inexplicables. (Chat., Mém. d'Ouire-lombe.) Les séparations et les longs désespoirs N'ont-ils pas éclairci, dis-moi, ses cheveux noirs?

(Lamaut., Jocelyu, 6*= époque.) Ces lieux de nos bonheurs et de nos désespoirs, Où le drame divin de tout notre jeune âge

Avait à chaque site attaché son image. (Id., ibid., 9" époque.)

Et dans ses désespoirs, dont Dieu seul est témoin. S'appuyer sur l'obslacle et s'élancer plus loin. (Id., liunn., ii, 7.)

DÉSHONORÉ, avec un nom de chose :

Par cet illustre soin mes vers déshonorés

Perdront ce noble orgueil dont tu les vois parés.

Si dans mon premier rang ton ordre me ravale. IJieq. a Louis XIV.)

DESISTER DE, neut., suivi d'un substantif ou d'un mot qui en tient la place :

Quand on a commencé d'en suivre la bannière (de la croix),

Il ne faut plus eu désister. {IintU, ni, 5.,

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