DEPUIS
(juand il vouioit iiiellre la main à l'œuvre, il bcsoignoil de sorte que personne n'eust su reprendre ses actions, pour ce qu'il eiilrcprenoil bien, et depuis qu'il estoit une fois en Irain, il exéculoil diligemment ; mais il étoit lent à se résoudre et couard à entreprendre. (Amyot, Vies, Nicias.) — C'est chose difficile, de fermer un propos, et de le couper depuis qu'on est arrouté. (Montaigni:, Ess., i, 9.)
Bien qu'une opinion soit fausse et mensongère
Aussitost (ju'on la voit apjirouver au vulgaire,
La plupart la dicrit comme une vérité :
Tant l'avis de plusieurs gagne d'autorité;
Et n'y a plus moyen, depuis (/«'elle est reçue,
De la faire quitter à la troupe déi.nie, (Odet de La Noce. Parad. ; que les adi'ers. soni jilus iiécess. que les prosp., eic. La Rochelle, 1588, in-8.)
Car, depuis </«'une fois notre honneur est perdu,
Jamais, au grand jamais, il ne nous est rendu. (Tuot., Les Corriv., ii, 2.) Depuis qu'aujourd'huy on voit un homme auprès d'une femme, on en parle mal. (Coq. de l'ace, 6" journ. ) — Depuis qu'une fois on y a mis le pied, on peut dire qu'o;ia fait la principale partie du chemin. (Malh., l.itt., ùM.Mentin, 14 oct. 1G16.) — Depuis qu'un homme veut servir d'écho à tous les autres, c'est une marque très-assutée qu'il a peu de jugement. ( Nauhé, Muscuiut, p. 000. — Paul fut écouté tant qu'il débita les grands principes de la philosophie. Mais depuis qu'il vint au principal..., les uns se moquèrent de Paul.... (Boss.. Polit., vu, 4.) — Comme l'amour égale toutes choses, il rend un souverain capable des actions d'un su'}t'i ; el depuis qu'un grand prince ressent les mêmes inquiétudes que le moindre de tous les hommes, il se porte aux mêmes choses où se porterait le plus vil des amants, s'il étoit aussi amoureux que lej)lus grand des rois. (.M""' de VlLLED., Caramaiile, 2'^ p., 1. i.)
On voit, sans Iro]) jiiiilliplit'i- les exemples, que l'emidui de depuis que, \nmi dès ijiic, (Hail lfès-l'r('M|uciit. On a dit, an cniiliaii'o, dès que ponr de/juis que :
Je n'ay jamais seulement voulu porter des bas d'estame, ny jamais de gants ny lavés ny musqués, d'es que je me suis voué à Dieu; ny jamais papier doré ny poudre. (S. Fu. de Sales, Leii. , à une dame, lelt. ncccxxxvi.) — Apres quoy le cœur m'enfla el pleuray sur cette bonne mère plus que je n'avois fait des que '^a suis d'Église. (Id., ibid., à M"" de Chantai, II mars It 10.)
— DV ui:i'iis, (k'pnis ce tcinps-là :
Votre âme du depuis ailleurs s'est engagée. /.< Mtiii.. v, (5.)
^( />(/ depuis, dit Voltaire, a toujours éle une laule; c'est une façon de parler provinciale. Il est clair (pie le du est de trop avec le de. »
Le du paraît ('videninniit >uptilln dan.s cette locution. Ne pourrait-on pas cependant l'cxplicpifr ainsi : du temps [a temjjore) qui s'est cconlf de|uiis? Du re>te, on trouve du depuis dans de nombreux écrivains du sei/irme et du di\->ei»tieinc siècle. (Ktnt plusieurs an iiiuins ne peuvent anciMicineiit être accn-c- dt- provincialisme :
Pour continuer, appres ce cruel discours de sa mort, celuy de tout ce que
186 DEREGLEMENT. — DES.
nous fismes les ungs et les autres, je commenceray rlespuis l'heure que deceda ledit sieur chancelier, pour plus fidellement et particulièrement descrire icy comme toutes choses s'y sont d« dcspnis passées. (Piiil. Hurault, Mérn., 1559.) — Et faut que j'advoue que ccste franchise et privante dont il m'honora commença de me gaigner et obliger aie servir comme j'aifaict dnclespuijs. (Id., ibicl.)
La belle du depuis ne le recherche point. (Régn., Sai. vu.)
Ce porteur de lettres ne s'est point présenté devant moi du depuis, n'y ayant point trouvé son compte. (M"" de La Guette, Mém., éd..Iann., p. 184.)
Mézeray emploie souvent du dejiuis, et en particulier, Histoire de Fi'OMce, François P'.
DÉRÈGLEMENT, en t. de poét., affranchissement de toutes les
règles de Fart ;
Et m'avoit donné assez d'aversion de cet horrible r/ért^^/ernon qui meltoit Paris, Rome et Constanlinoplo sur le même théâtre, pour réduire le mien dans une seule ville. (Exam. de Met.)
DÉROBER LES .lOURS a, les soustraire à :
Un enfant exposé dont le mérite éclate,
Et de qui par pitié j'ai dérobé les jours
Aux ongles des lions, aux griffes des vautours. [Œd., v, 2.)
— DÉROBER DE , avec un nom de chose pour sujet, faire qu'on se dérobe de :
Ta passion, qui souffre une trop dure loi,
Pour la gouverner seul te déroboil de moi. [La Suiv , iv, 6.)
DÉROUILLER le vice, enlever la rouille du vice, le déraciner de l'âme :
Et combien est puissante à dérouiller le vice
L'aigreur des tribulations. {/mil., Jii, 50.)
Ronsard avait dit auparavant, en parlant de l'Amour :
Celuy vous dérouilla la honte de jeunesse.
'Les Vers d'Eurijm. et de Callirée, Élég. du poëte à Eurym.)
DERRIÈRE, demeurer loin derrière, pour dire, être loin d'atteindre à son modèle, être loin de l'imiter :
Si je suis demeuré bien loin derrière, tu en jugeras. [Pomp., au iect.)
DES, pour de , devant un adjectif :
Fais éclater ta joie en des pompeux spectacles. {Lu 'J'ois., prol., se. v.)
La règle qu'impose aujourd'hui la grammaire a été longtemps inconnue :
Ceux que je voy faire îles bons livres sous des meschantes chausses, eussent premièrement fait leurs chausses, s'ils m'en eussent creu. (Montaigne, Ts^-yai*-, II, 37.) — La providence de Dieu, qui, par des secrets ressorts inconnus à ceux
DESANIMi:. — DKSAUMER. 187
mêmes quelle fait agir, dispose les moyens pour leur fin. (Uetz, Mcm., iv. année IGô-î.) — Vingt-quatre violons, ayant joué des ritournelles, jouèrent des branles, des courantes et des petites danses. (Bussy, Ilist. am. des Giiitl.) — Ils apprendroient, nous disoient-ils, à avoir besoin de toutes les choses qui vous sont devenues nécessaires. Ils voudroienl les avoir; ils abandonneroient la \ertu pour les obtenir par des mauvaises industries. (Fknki.., Téléin., viii.; — On jugera plus sûrement dans la suite si ces suppositions sont des vérités ou des pures imaginations. (Maleur., [.ois de la communie, des moutiem. , 2'= p., xvi.) — C'éloit un esprit remuant et allier, un courage invincible, et né k des hautes entreprises. (Micziin., Hist. de /•>. av. Clovis, i, 12.)
DÉSANIMÉ, inanimé :
De sorte qu'à présent deux corps désanimés
Termineront l'exiiloit de tant de gens armés. [Clil-, il, 3.)
DÉSARMER, lig. :
Un profond soupir désarme ses rigueurs. [luscripl. mises sous des enampes, vi. L'entrée dans les villes rebelles de Guienne.)
Et nos soumissions désarmant leurs dédains,
Toutes ont pour adieu battu l'onde des mains. {.indrom., v, 3.)
— DÏÎSAR.MKh d'kC.I.MIIS .SON KLOOLENCIi :
Mais désarme d'éclairs ta divine élv<[uence.
Fais-la coulersans bruit au milieu de mon cœur. Iwii., m, 2.)
La traduction de V Imitât ion est seniée de ces beautés poi'tiques du premier ordre que trop [x'ii de personnes connaissmt.
RKC.VUD nKSAUMK \W. HKUF.l II !
Quoi! madame, toujours un frunt inexorable!
Ne pourrai-je surprendre un regard favorable,
Un reijard désarmé de toutes ces riyueurs,
Et tel qu'il tvst enfin quand il gagne les ca-urs ? (A'jcom., i, 2.)
— FRONT DKSVItMÎ: It'l N Itl.iiAlilt ri:itKii(M: :
Fl le front désarmé de ce reijard terrible
Qui dans nos escadrons guide un bras invincible. [Sert., m, i.)
(,>ii a (lit d'uiir niaiiifi'c aiialnj^iir ;
Et le charme qu'elle a pour attirer les cieurs,
C'est un air en tuul temps désarmé de rujucurs. uMul., l'sijcli'-. i, 1.
Je m'aperçus bientôt qu'il mr n-gardait d'un u-il désarmé Je cet atr terrible qui fait trembler une chiourmc. (Lesac.e. Guzm., vi, 9.)
Citons encore, comme matière à rapproclninent, un i\rm{)le qui rentre dans les préct'dents, mais avec le pronom n'flechi :
Voyez comme (Charles-Quint) se desarme le vi.taije de ta mine »jui faisait peur aux barbares d'Afrique et aux protestants d'AlIt-niacno. (GcEZ de Balz., Enlr., i.)