DESTIN
née pourrait encore aujourd'hui, ce nous semble, entrer dans le style soutenu.
Corneille a employé plusieurs fois, et dans diverses alliances de mots, celte locution.
— Il dit aussi : prendre le dessus de, pour signifier, surmonter, vaincre :
Et prennent le dessus de ces conseils jirudeiUs
Dont on cherche l'effet quand il n'en est plus temps. [Oih., v, 2.)
Comme le vrai mérite a ses prérogatives
Qui prennent le dessus des haines les plus vives,
L'estime et le respect sont de justes tributs
Qu'aux plus fiers ennemis arrachent les vertus. [Sert., m, '2.)
La fortune jalouse, et l'amour infidèle
Ne lui laissoienl ici que son grand cœur poui elle,
II a pris le dessus de toutes leurs rigueurs,
Et son dernier soupir fait honte à ses' vainqueurs. {Sophon., \, 7.)
Voltaire a encore critiqué cette locution : « Des prérogatives qui prennent le dessus des haines. Rien n'est moins élégant, » dit-il.
Les exemples qui suivent montreront que les meilleurs auteurs en prose et en vers, dans le style relevé aussi bien que dans le style familier, ont employé prendre le dessus de, comme a fait Corneille :
Le peuple saint prit le dessus de ses ennemis par le concours des trois chefs. (Boss., Poluique, 1. IX, art. G.)
La nécessité prend le dessus des luis. (La Font., Uatjotin, m, 15.) La pièce que j'expose à vos doctes génies Est un beau composé de ces rares saillies. De ce bon goût nouveau, digne ouvrage du temps, Où l'esprit prend partout le dessus du bon sens. (Id., ibid., iv, 1. )
Un disait dans un sens analogue, venir au-dessus de :
Pe\)'in, étuiii venu au-dessus de tous ses ennemis, n'avoit plus qu'à s'asseoir dans le trône. (Mézeti,, Àbr. de L'idsi. de France ^ année 750.) — Vous avez été assez forte jusques ici, et votre tempérament est venu au-dessus de tout; mais il s'affoiblira à la fin. (M""* de Villed. , Yie de H. -S. de Mol., v.) — J'espérois de venir pai' lui au-dessus de mes ennemis. (Id., ibid.)
DESTIN. FAIRE SON DESTLN, pour signifier, se donner la mort ;
Pour braver Massinisse, elle a quelque raison
Do refuser de lui le secours du poison;
Mais ce refus pourroit n'être qu'un stratagème
Pour/aire malgré nous son desiin elle-même. {Sopit., iv. 5.)
HATER LES BOiNS DESTl.NS DE (JLELQU'UN :
S'y voyant sans emploi, sa grande âme inquiète Veut bien de don Garcie achever la défaite.
DESTIN EU. — DESUNIR. 105
Et contre los efforts d'un reste de mutins,
De toute sa valeui' liûter iio\ lions dcsiiu.i. [D. Sanche, i, 1.)
DESTINER pouii (un iiuiii de pers.), comme destiner à :
Ne pense plus, ma fille, à ton ingrat Phinée.
C'est à ce grand héros que le sort t'a donnée,
(yest pour lui que le ciel te destine aujourd'hui. {Androm., m, 3.)
El pour moi, que le ciel desiinoit pour un roi
Digne de la Castille et digne encor de moi,
J'avois mis cette bague en des mains assez bonnes
Pour la rendre à don Sanche et joindre nos couronnes. (D. Sanche, v,7.)
On trouve do inriuo, avec un nom de chose :
On se néglige, on ne se croit pas destiné pour rien qui soit grand. (Uoss., Abr. d'un serm'. sur ta nécess. de l'aum.,i.)
— DESTINÉ l'OLU, suivi d'iui infiuitil :
11 vous en plut, seigneur, réserver une fille.
Et résoudre dus lors qu'elle auroit pour époux
Ce prince destiné pour régner après vous. [Héracl., i. 1.)
Le même témoin assure qu'il avait oui dire que l'armée destinée pour massacrer tous les [)roleslants devait être de deux cent mille iiummes au moins. (Arnauld, Apol. pour les calltot. d'Ainjkt., il.)
DÉSU DE (.\l), ù l'insu de :
Géron, (jui depuis peu fait ici tant de tours.
Au désu d'un chacun a traité ces amours. {La Veuve, i, 4.)
Mais, dit la damoiselle, que doit-on juger d'une femme qui descouche quelquefois au desceu de son mary, comme elle fait.' (Ci/iy. de l'ace., 3' journ,) J'ayme à te regarder et d'estre tout un jour -Mourant auprès de toy sans te parler il'aniour, Si ce n'est (jue mes veux, au desceu de mon aine, Fas.>ii'nt ctinceler ijuclque rayon de llamc.
TiiÉoPH., Èlé(j. Ne me fais point aymcr avecques tant de peine.)
Un trouve de même, avec le pron. |i(»s.>essif, au lieu dr la prépositidU (le :
Le cardinal Mazarin ne s'est jjoinl voulu souvenir des occasions esqiielles il avoit esté assez maltraité par le C3r<iinal h'runctsco , tlu temps qu'il négocioit à son desçu par ordre exprès du pape Uibain VUl. (Naldé, Le Muscurai, ji. 4!iJ. — Je poilois un extrême regret, amy lecteur, premiereinenl do ce (jue ces mémoires ont esté imprimez à mon deceu el auparavant que je les eusse reveuz. (Boyv. na ViLLAUs, Mt'm., au lecteur.)
DESTNIH, (ii;. DÉsiMit i.'vmuii:, l'air»' «iclaU-r la desiminn
• •ntrc df.s ami.s, rniiiiuc l'amitif :
Le devoir désunit l'anntit la plus forte. ,"'A., v, 1.)
L'entretien fait une partie considérable de la vie. C'est ce qui unit ou désunit les amitiés. .Nic, £5*., G"^ vol., p. -20(3, éd. l"-2ô.) — Il désunit les amitié^ les plus étroites. ^.Massill.)
496 DETACHER. — DETRACTION.
— DÉSUNI, part. p. Emploi très-poétuiue sans rég. iiulir, :
Faites voir, si je meurs, une entière tendresse;
Mais vivez après moi pour toute notre Grèce,
Et laissez à l'amour conserver, par pitié,
De ce loui désuni la plus digne moitié. [CEd., i, 1.)
DÉTACHER, fig. u!\ esprit détaché, un esprit détaché du
monde :
Oh ! que tous les besoins ont de cruelles gènes
Pour un esprit bien iJétac/ié. {Imil., i, 23 )
— OEIL DÉTACHÉ , œil qui se détourne avec indifférence d'une
chose :
Malheureux Polyeucte, es-tu seul insensible.
Et veux-tu rendre seul ton crime irrémissible?
Peux-tu voir tant de pleurs d'un œil si délacité?
Peux-tu voir tant d'amour sans en être touché? [Pol., v, 3.)
Selon Voltaire, « le cœur peut être détaché, mais l'œil ne l'est pas. » Palissot dit plus justement, à notre avis : « On s'éloigne d'un objet qui fait une impression trop vive, on en détache ses yeux; il nous semble que cette expression pourrait être permise. »
DÉTERMINÉMENT, précisément :
Le seul moyen de leur contredire avec le respect qui leur est dû, c'est de se laire quand leurs ordres ne sont pas si pressants qu'on ne puisse remettre à s'excuser de leur obéir, lorsque le temps en sera venu, et conserver cependant une espérance légitime d'un empêchement qu'on ne peut encore déierminémeni prévoir. [Exatn. du Cid.)
On pourrait citer de nombreux exemples, comme celui-ci :
Je me suis expliqué déierminémeni sur cela. (Boss.)
DÉTOURNER sur, en parlant de colère, de malheurs :
Ah, perfide! Sur moi déiourne ton courroux;
La mort de Dorimant me seroit trop funeste. [La Gai. du Pal., v, 3.)
De nos têtes sur eux détournez cette foudre. {Otli., i, 3.)
Mais toi, par quelle erreur veux-tu toujours sur toi
Détourner un courroux qui ne cherche que moi? (Rac, Androm., m, 1.)
On disait aussi , détourner contre :
Ne nous laissons jamais emporter à ces invectives cruelles, à ces dérisions outrageuses qui déiouniem malicieusement" contre la personne l'horreur qui est due au vice. (Boss,, Serm. pour le sam. du 3^' dtm. de car., i.)
DÉTRACTION , calomnie :
Et, pour donner couleur à vos détraciions.
Vous lisez fort avant dans mes intentions. [La Suiv., m, 10.)