‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 130 sur 253 · DEVANT · texte numérisé non relu

DEVANT

— DEVANT QUE, comme (want que :

Cet emploi, fréquent dans Corneille comme chez tous les écrivains du dix-septième siècle, se retrouve jusque chez Voltaire et d'autres poètes de son école :

ELECTRE, revenant à elle el courant vers l'urne. Cruel, qu'osez-vous dire?

Ah! ne m'en privez pas; eidevant «/«e j'expire, Laissez, laissez toucher à mes tremblantes mains Ces restes échappés à des dieux inhumains. (Volt., Oresie, m, 4.)

Prenez mes sentiments; et, devant que je meure, Consolez mes vieux ans dont vous faites l'espoir. (Id., Tancr., i, 4.)

Ah ! devant que j'expire, Cher prince, à mes regards le ciel peut te conduire.

(De Belloy, Pierre le Cruel, v, b.)

Ces faits sont trop connus pour que nous nous y arrêtions ; nous nous contenterons d'observer que devant pour avant, devant que pour avfmt que, se disent encore parmi le peuple dans quelques provinces, comme dans la Normandie.

— PRENDRE LE PAS DEVANT, çoximiQ }wendre le pas :

J'ai de l'ambition, et mon orgueil de reine

Ne peut voir sans chagrin une aiilre souveraine

Qui, sur mon propre trône à mes yeux s'élevant.

Jusque dans mes ÈlSiis prenne le pas devant. [Sert., ii, 4.)

Voltaire a ainsi critiqué cette expression peu tragique :

« Prenne le pas devant, ne se dit plus et présente une petite idée. Voilà de ces choses qu'il faut ennoblir par l'expression. Racine dit: «Je ceignis la tiare, et marchai son égal. » Prendre le pas devant est une mauvaise façon de parler, qui n'est pas pardonnable aux gazettes, v

Un poète, très-estimé pour la délicatesse et l'élégance de son

style, n'a pas fait difficulté d'employer la locution que Voltaire

trouve si détestable :

Eh bien! soit, je le veux : notre siècle savant

Sur les temps écoulés a pris le pas devant- (Sénecé, Êpît. , au C'^ d'Ayen.)

— CÉDER LE PAS DEVANT, comme céder le pas :

Vous êtes mon aînée, et c'est un avantage .

Qui me fait vous devoir grande civilité;

Aussi veux-je céder le pas devant à l'âge,

Mais je ne puis souffrir autre inégalité. {Agés., i, 1.)

On trouve d'une manière analogue, lâcher le pied devant :

Si, comme à ce vaillant Romain, on lui donne la louange d'avoir toujours vaincu ses ennemis, on ne peut le blâmer comme lui d'avoir jamais lâché le pied devant. (ScARR., Porir.)

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