‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 132 sur 253 · DEVENIR. — DEVERS · texte numérisé non relu

DEVENIR. — DEVERS

DEVENIR, suivi d'un participe passé, comme être :

A quel point ma vertu devioit-eWc réduite!

Kien ne la sauroit plus garantir que la fuite. {llor., iv. 7.)

DEVERS, suivi d'un nom de personne, comme ve^^s :

Courage donc, mon cœur, espérons un peu mieux.

Je sens bien que déjà devers lui tu t'envoles;

Mais pour t'acconipagner je n'ai point de paroles. {La Gai. du l'ai., m, 10.)

Autre objet que mes yeux devers nous vous attire. {La Suiv.. n, 3.)

0 ciel ! quel bon démon devers moi vous envoie.

Madame? {Héracl., \, i.)

Donc m'avisai que je me trairois devers messire Thomas de Percy. (Froissart, Chron., 1. iv, c. 40. ) — Il maine les commères devers la dame en sa chambre , et vient le premier devers elle, et lui dit... {Les quinze Joyes de m.iriage, la tierce joye.) — Lors le bonhomme ne se peut tenir d'aller devers elle, et l'oit plaindre bassement de l'entrée de la chambre. {Ibid.) Il est vray qu'amours m'a tiré Devers quelqu ung qui retira

Mon cueur de grant captivité. (R. de Collerye, Monologue d'une Dame fort amoureuse d'umj sien amy.) Nous ne tarderons longuement après à faire nostre voyage devers vous. [Lett. miss, de Henri JV, t. iv, p, 182, 24 juin 1594.) — Ils ont advisé d'envoyer aucuns des plus notables d'entre eulx, tant en Angleterre que devers vous. {Ibid., p. 57, 20 nov. 1593.) — Pour après marcher devers nous. {Ibid., p. 512.) — Je viens det;ej-«Iui. (Montaigne, Ess.)

Poussé d'un saint désir qui devers toi me guide, Je viens voir le pays, orgueilleux de ton nom.

(ScÉv. DE Ste-Marthe, Sonneli.)

Vénus doutoit qui plus auroit de part en elle,

Ou un bel Adonis, ou un Mars furieux.

L'un plaît par sa beauté, des autres la plus belle,

L'autre par sa valeur qui passe tous les dieux.

Quand devers ce grand duc ayant tourné les yeux.

Qui seul en soi la force et les beautés assemble;

Je veux, dit-elle, avoir cetlui-ci pour le mieux,

Car, l'ayant, j'aurai Mars et Adonis ensemble. (Id.. Epi'jr.)

Cette locution est particulièrement fréquente dans les lettres de Marguerite d'Angoulême.

Elle se trouve même chez l'écrivain le plus correct du dixhuitième siècle :

El l'on jura que si quelque brouillon Mettait jamais le trouble à la maison, On l'enverrait devers madame Oudrille.

(Volt., Lu Guerre civ. de Genève, v.)

Devers pour vers est encore usité dans le langage rustique des environs de Paris.

l»i:V(ilK. — DHVORKR. 201

DEVOIR, avec le plur., dans le sens d'actes de valeur, de dévouement, dont on s'acquitte en remplissant un devoir :

J'en aurai soin, allez : vos frères vous altendent;

Ne pensez qu'aux devoirs que vos pays demandent. {Hor., u, 8.)

Le vers de Corneille recevra peut-être (iU('l((U(' élucidalion des exenii>les suivants, oi^i devoir est employé dans le sens autrefois très-t'réquent de zèle, elïorts, bons offices :

Que les Macédoniens s'éverlueroient, attendu (ju'ils auroienl a combattre pour sauver leurs femmes et leurs enfants, et qu ils auroicnt leur roi présent, et voyant le debvoir que chacun d'eux feroit, cl combattant lui-niémc en personne pour eux. (Amyot, Vies, Paul-itm.; — Dos ex[)loits qu'il fit en toute celte guerre, en voyant une partie faicte par la promptitude de sa hardiesse, une autre jiar son bon sens et bon conseil, une autre par le debvoir que firent ses amis qui le servirent de grande affection, et une autre par sa constance résolue et assurée au plus fort du péril. (Id., ibid.) — Il me tarde que le jour de demain soit arrivé, afin d'avertir notre roi el le vôtre du bon devoir que vous a\e/. fait contre ceux qui sont cent fois pires que les Mores de Barbarie. (Montl., ( omm., v. — Le roi, voire maistre, sachant le debvoir que vous aurez fait, vous en saura meilleur gré que si vous combattiez pour lui-même. Jd., ibid. — Il seroit impossible de \ous raconter combien de debvoir ce gentil prince apporta à la conservation de la ville. [Pasq. , Leii., I, 11.) — Lachargeaélé si furieuse, que quelijue(/tZ'»'Oi)- de \aillant capitaine qu'il y ait apporté, son cheval a été tué, lui blessé et pris. (Id., Leti., IV, 18.) — Ceulx qui estoient dans No\un ont fait tous les debvoirs que peuvent rendre gens de bien en telles occasions. (Leii. miss, de Henri IV, t. m, p. 746).— Monsieur Daubray, je \ous prie de croire que je n'ay jamais rien creu de vous que ce que je dois croire d'un gentilhomme d'honneur, et qui autant mérite en cesle cause que nul autre, un chascun sachant assez les devoirs que vous avez renduz en cesle %ille durant le siège, el depuis, en toutes les occasions qui se sont présentées. (.Maye.nne à Uaubray, dans Cavet, CItrouol. novennuire , 1. iv, ann. 159J.) — De ces quatre-vingts, ne se sauvèrent que cinq, savoir trois des capitaines que nous avons nommez, un soldat el leur chef; les trois pour s'eslre mis en faction, n'ayant peu tirer ce devoir de la lassitude de leurs gens. U'Auu., Hisl. univ., v, 10, 1" édil.)

— l'Kiiis iii:\(»ins, prtili ^ atlmiioiis, petites prévenances:

Mille peiiit devoir.s onl tant parle pour moi,

Qu'il ne m'est plus permis de douter de sa foi. (/.« Veuve, i, 1.)

DEVORKR, li^v s'i;Mi'ui:ssKii x ni;\(tiii;n in iu":(..m-: d'ln mo- ME.NT , expression d'une énergie iiitradiiisiMe , et <iui si^Miilie à peu près : s'empresser d'arracher tous les biens, toutes les jouissances et toutes les laveurs que le maître peut donner i»u laisser prendre :

Je les \oyois tous trois se hâter sous un maître,

Qui chargé d'un long âge a peu de temps à l'être ;

Et tous trois à l'eiui s'eini>retur ardemnienl

A qui dévorerait ce règne d'un moment, -, Otli-, i, 1.)

202 DEXTERITE. — DEXTREMENT.

— DÉVORER l'ame, conimG on dit, ronger le cœur, en parlant du chagrin :

Le cliagrin accablant qui me dévore l'ame

Me fait abandonner et peuple, et sceptre, et femme. {OE'l., v, u.)

DEXTÉRITÉ, habileté:

Polyclète est encor chez vou.s à vou.s attendre,

Et fût venu lui-même avec moi vous chercher,

Si ma dexiérilé n'eîit su l'en empêcher. [('.iii., i, 4.)

DEXTRE;, main, main droite, relevé par un adjectif:

N'éloigne point de moi ta dextre secourable- {Imii., m, 23.)

Mais bientôt, rappelant son antique prouesse,

Il tire du manl;^au sa dextre vengeresse. (BoiL., Le Lutrin, v.)

— \ SA DEXTRE, à sa droite :

Tu te sieds à sa dextre, à côté de ton Fils.

{Œuvr. div., Louanijcs de la Vierge.)

On a dit d'une manière analogue à la môme époque :

Il quitte sans émotion toutes les choses que le monde adore : il les regarde déjà comme on les regarde de la dextre du Dieu vivant. (Patru, Éloge de Pompone.)

— DEXTRES AGUERRIES, bras, soldats aguerris :

Vous, ses premiers sujets, qu'attache à son côté

La splendeur de la race ou de la dignité,

Vous dignes commandants, vous dexlres aguerries,

Troupes aux. champs de Mars dés le beiceau nourries,

Dites-moi de quels yeux vous vîtes ce grand roi.

Après avoir rangé tant de murs sous sa loi,

Descendie parmi vous de son char do victoire

Pour vous donner à tous votre part à sa gloire. {Les Vicl. du roi en 1667.)

Corneille n'a-t-il pas imité ces vers d'un de ses plus hardis prédécesseurs dans l'art tragique?

Es-tu ce grand Belcar dont la dextre aguerrie Estendoil son renom plus loin que la Sjrie?

(J. DE ScHELANDRE, Tijr et Sidon, S^journ., m, 3.)

DEXTREMENT, habilement :

Que tu sais dextrement adoucir mon martyre! (Mél., i, à, 1"' édit.)

Si je voulois baiser ou tes yeux ou ta bouche. Tu savois dextrement faire un peu la farouche.

[Clit., v, 2, l'<=' édit. jusqu'à 1644 inclus.)

Dans l'édition de 1660, Corneille remplaça dextrement par

adroitement :

Tu sais adroitement adoucir mon martyre.

DIFFAMEU. — l)lM[NUi:i{. 203

Dll'IW.MFJl m,, couviirde la IkuiIc, de l'intainit' de:

Einpitinier lo secours daiuniii pouvoir humain,

b'un reproche cicnul diffumeroit via main. (WcW., iv, 5.)

DII'FERENCE. mkttui; uni khknck f.mkk lm-: i-kusonmc f.t

liNE AL TUE :

Mon peuple aura des yeux pour connoîlre son roi,

El meitru différence entre un tyran et moi. {l'erili., iv, 4.)

DIFFUS, part, passé, du-fls suit, répandu sur :

Et plus cette faveur sur la terre est diffuse.

Plus elle y fait briller ta grâce et ton amour. Imii., iv, 1.)

— nii FUS, a Ij., abondant :

Dieu souvent est prodigue après de longs refus,

Le bonheur qu'il diffère en devient plus diffus. Imit.. iv, 1.)

DIGNE, avec un imin de personne.

Conitille dit avec une énergique concision : al plls dig.nk QUE JE..., pour, à celui (jui est le plus digne (pie je... .

Jlarquis, prenez ma bague, et la donnez pour marque

Au plus digne des trois que j'en fasse un monarque. [D. Sanclie, i, 3.)

— DiG.NE, avec un nom de chose, dans le sens de relevé, éclatant, noble :

Et cette même reine est un exemple illustre

Qui met tous vos hauts faits en leur plus diijne lu.>lre.

^L(t Tois. d'or, m, 1.)

L avantage du change en ôte l'infamie.

Allez, n'en perdez pas la di<jne occasion;

Puursuivez-la sans honte et sans confusion. l). .'^uuclu, m, 1.)

Je suis ravi de voir qu'au milieu de \ua ilamines

De si dignes respects régnent dessus vos âmes. Andrvm., iv, t}.)

DIMINUER QUELQUE CHOSE DE, all'aiblir en (juehjue chose :

Homme la gloire de Votre Eminenco est assurée sur la lidèlitè de cette voix publique, je n'y mêlerai point la foiblesse de mes pensées, ni la rudesse de mes expressions, qui puun. .i'Hi ■himuiur iiiutiiue cliose. de son éclat. [l'ompn\ au card. MazarÏB.)

On trouve d'unt- uiunii rc anaUtgue, sans régime direct

La familiaiité, de laquelle un grand seigneur qui est honnt^te homme se défend moins qu'un autre, diminue insensiblement du respect. ,Ketz, .Wrm., v, 1655.; — Je crains que l'opinion qu'il a de votre honte ne 'Uminue du crédit que je voudrois sur sou esprit. [M"* de Mainten., I.eit., au card. de Noaill., 20 no>. 1702.)

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