‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 133 sur 253 · DIRE. — DISCOURS · texte numérisé non relu

DIRE. — DISCOURS

DIRE, V. act., dans le sens de parler de :

Réserve à d'aulres temps celte ardeur de courage,

Qui rend de ta valeur un si grand témoignage,

Ce duel que tu dis ne se peut concevoir ;

Tu parles de Clitandre, et je viens de le voir

Que notre jeune prince enlevoit à la chasse. (Clii., i, 7.)

— TROUVER A DIRE .\ , trouver qu'il manque quelque chose à :

La robe de Médée a donné dans mes yeux;

Mon caprice, à son lustre attacliant mon envie,

Sans elle trouve à dire au bonheur de ma vie. [Méd., ii, 3.j

DISCERNEMENT, avec le pluriel :

Plusieurs parlent beaucoup sans être bien instruits, El leur témérité sème tant de faux bruits

Qu'on croit fort peu lant de paroles; N'en conçois donc, mon fils, ni chagrin, ni courroux,

Pour leurs discerneintius frivoles, Puisqu'il n'est pas en toi de satisfaire à tous. [Imii., m, 36.)

DISCORD, discorde, allumer le discord :

Pourrez-vous quelque chose après qu'un père mort

N'a pu dans leurs esprits allumer le discord? [Le Cid, v, 3.)

Corneille a dit encore ;

Lorsque Mars se prépare à tout couvrir de morts,

Un illustre Romain étouffe ses discords,

En dépit des fureurs en deux camps allumées.

(Jiiscrip. mises sous des estampes, xii, Paix de Cazal.) Prenez soin d'apaiser les discords de mes fils,

Qui par les nœuds du sang vous deviendront unis. {(Ed., \, 6.)

Mais leurs sanglants discords qui nous donnent des maîtres Onl fait des meurtriers, et n'ont point fait de traîtres. [Sert., i, 1.)

DISCOURS, histoire, récit:

Mais, sitôt qu'il me vit, il me dit mon histoire ;

Et je fus étonné d'entendre le discours

Des traùs les plus cachés de toutes mes amours. [L'illus. cotn., i, 1.)

Je vais de ses amours Et de tous ses hasards vous faire le ducours. [Ibid-, i, 2.)

Discours, dans ce sens de récit, histoire, est antérieur à Corneille :

Il vaut mieulx que nous escripvions tout du long le discours entier de la meinée, et la ruse et malice de la feinte qui ne fut pas petite. (Amyot, Vies, Lysandre.) Du lict elle instruisit et consola ses frères Du discours animé de ses douces misères. [D'Aubigné, Trag., iv.)

.... — Ne les connais-tu point?

— Ceux qui furent blessés lorsque tu fus ravie?

DLSGRACH. — DISPENSER. 205

— Oui, ces deux, dont je tiens el l'honneur et la vie.

— J'en sais tout le discours, mais dis-moi seulement...

(Regnieu, Cloris et Pliil)

DISGRACE. LA DiSGn.vcE d'um-. i'Ikci;, son mauvais succès :

Le conliaire est arrivé de Théodore, que les troupes de Paris n'y ont point rétablie depuis sa disijràce, mais que celles des provinces y ont fait assez, passablement réussir, i Exum.de hi Suite du Ment.) — J'ajoute ici, malgré sa disgrâce, que les sentiments en sont assez vifs et nobles, les vers assez bien tournés. {Euain. de l'ertli.)

DISGRACIER (se), tMicouiir la disgrâce de (juchiauii :

Voilà le vrai chemin de le disgracier. [Cli(., v, 3. l'^'éd. jusq. IGU inclus.)

DISPENSER. Disi'E.NSEii les lois, être le ministre tles lois :

Ln mari, qui content d'être au-dessus des rois.

Me donne ses clartés et dispense mes lois. [Pulch., v, 3.)

— Disi'E.NSEH, avec un rég. dir. de persuiiiie, autoriser :

Corneille a plusieurs lois employé ce verbe dans cette signification, soit à l'actif, soit au passif ou au réfléchi. Voltaire l'en a repris comme d'une faute de français. C'est ({u'il ignorait complètement la valeur primitive et fondamentale de ce terme, à propos duquel des philologues même; distingués ont commis de graves erreurs. Nous allons faire voir avec quelles curieuses variations on l'employait d'abord dans un sens positif, t't montrer comment il a [)assé à la sigiiilicalioii iii'i.;ati\e, la seule usitée aujourd'hui.

On a dit activement disjjcnser, suivi d'un sulislaiilil ou d'un

ni(»l (iiii en tient la place, pour (icron/er :

En mon esprit ne puis assez penser

Ne le moyen de vous recompenser,

Dont vous a pieu de moy vous enqueiir.

Auiri.' que vuus ne quiers me difjitiisir. Jl. de I'.ollkh., Épistre.)

C'esl-à-dire : je in' dcmaiidf (pif vous m'accordiez autre chose que vous-même. Ici !•■ nom de personne «'"quivaut à un nom de chose, et c'est au fond la nu'-me signillration que (juand nous disons f/ispcnseï- <lrs hictis, i/isjiriiser tA'.s' mnii.r, fhspcn.fcr (Irs rjrt'ices, flisjieii.scr des c/n'iliments, etc. .Mais de même qu'on enq)loyait et (pi'on fuqdoi»' encore dispenst r a\ ee iiii nom de cIkim' pour signitier accordi'i', anciennement on l'eiiqdovail a\e( un nom de persoime pour signilier autoriser, Ain^i on lidiive

Dispenser qvebjtt'nn à, l'aiiltiiiser à :

.\ccueilli d'autre n'en sera

(Jue mon mary dans ma pensée.

Ce qu'on vouldra l'on pensera ; D'aultre ne seray compensée.

Car à ce ne suis dispensée, (Juelque mal que j'aye ou souffrance.

C'est quant à la chose pensée ;

Il en est prou d'aultres en France, {('o/in qui loue ei despile Dieu en

un momenl à cause de sa femme.)

On a commis un contre-sens dans le Glossaire de Vancien Théâtre français de la Bibliothèque elzevirienne, en traduisant ce dispensée par disposée.

Nous ne croyons pas inutile d'indiquer encore un exemple curieux où dispenser se trouve dans le sens d'autoriser, avouer :

Tu me dois dispenser, salncte ombre de Léonte, Si la force d'amour mon amitié surmonte!

(ScHELANDRE, Tijr et Sld.-, i" journ., m, 1.)

— ÈTKE DISPENSÉ A QUELQUE CHOSE, y être autorisé :

Quoi ! s'il aimoit ailleurs, serois-je dispensée

A suivie, à ton exemple, une ardeur insensée? [PoL, ni, 'i.)

Voltaire s'écrie :

« Dispensée à n'est pas fran(,'ais; elle veut dire, i,erais-}e autorisée à. >

Pour que cette remarque fût juste , il fallait dire: n'est plus français.

Clément Marot offre un exemple semblable de dispensé pour autorisé.

On a dit de même être dispensé de, être autorisé à :

Constance, fille de Roger de Sicile, et sœur de Guillaume, aussi roy de Sicile, fui tirée hors d'une abbaye de nonnains du la ville de Palerme, et dispensée de se marier. (Bouchet, Serées, v.)

On trouve ^mû être dispensé pour ^ suivi d'un intinitif, dans le

sens de être autorisé à :

Que le caresme et jeusnes viennent, je suis dispensée pour manger de la cliair. [Caquets de l'accouchée, l" journée.)

— DISPENSER A, avec un nom de chose pour sujet, autoriser à, livrer, faire qu'on s'abandonne à :

Je ne suis plus à moi, quand je viens à penser

A quoi l'occasion me i^ourra. dispenser. [Clil-, ii, 9.)

A trop d'emportement ton zèle te dispense,

Tu parles de supplice où je dois récompense. (T. Corîï., Siilicou. n,-b.)

On a dû l'employer de même, suivi d'un infinitif, et dire aussi, dispenser rfe, suivi d'un substantif, pour signifier autoriser à. Nous

hlSPKNSKH. 207

n'avons ])U rt'iicoiitrcr (rcxcinplrs de ces dciiK cas; mais nous avons trouvé être (/ispcnst' d'une endr'jjrisc, pour signilir-r olttciiir l'objet (jue l'on poui'suit :

Il ne lueiiclKiiili il estrc tensée Puui\eu que de uiun entreprise

Je soin à jamais dispoLsée. (H. ui; Colleh., MouuL d'une ilauit- Ion amoureuse d'unfj sien (iniij.)

On trouve dos exemples fréquents de disjienser de, suivi d'un inliiiitif, dans le sens d'accorder la permission de, d'autoriser à :

J'ay telle connanco en vos loyautez el eu l'aûeclion que vous nie porlés et au bien de mon lovaulme, que je vous dispense et permets de favoriser et promouvoir, en cesic élection, tels des autres cardinaux du sacré collège qu'en vos consciences et en la cognoissance que vous aurés du progrés du conclave, vous adviserés el jugerés tous ensemble debvoir estre apjiuiuvc et favorisé par Nous. jMt. uttss. de Henri IV, 28 oct. 1001, t. vi, p. 3.*1,)

Louis (iuyoïi, })arlaiil de l'avocat Féron, mari de la belle Ferronière, dit :

Entin le mary dispense sa femme de s'accommoder à la volonté du roy ; et, afin de n'empesclier rien en ceste affaire, il lit semblant d'avoir affaire aux cliamps pour huit ou dix jours. [Diverses leç.)

Les exemj)les suivants, (jui aj)partiennent au dix-soptièmr siècle, otrrent encore la même sij^iiilicaticMi :

Il faudra que vous me dispensiez encore pour cette fois de vous entretenir en mon patois ordinaire, tel que je le parle avec mes oulirons et mes vendangeurs. (Haca.n, Leit. il Cliupel., nov. Iti.'iO.) — En ce temps-là il n'y a pas d'apparence qu'un dispensai tout le inonde, comme un fait aujourd'hui, (/'user de lait el de fromage en carême, autrement ce malade n'aurait jjas eu besoin d'une disp'cnse du cliapitre. (Malouoix, Mém., c. vi.)

— Coiiieillc niipldie aussi disjjensc/ ah.sdlmiK iit , lniij(im> dans le sens d'atiloriser :

Je ne mens plus, (^liton, je t'en duntie assurance.

Mais en un lil sujet l'occasion dispense. [Suiit du Meui., i, (i.)

L'occasion convie, aide, engage, dispense. [lùid., m, 5.)

— st iiisi'KNSKii \, suivi (l'un siibstaiitil", s'abaiid<tmi(r. se livrer à; se iloiuier la libeilt' de iairt; une chose ;

si d'éternels dédains, si d'elerncis ennuis,

Les bravades, la haine, et le trouble où je suis,

Ont ele juscpi'ici toute la récompen.se

l'e cet .iinour parjure où mon cieiir se dispense,

Il est temps désormais «pie par un juste < iTort

J affranchisse mon cœur de c<t indigne sort. (l'crih., iv, 1.^

t.iu'ii mille impiétés osant me dispenser. {Lu Suiv-, v, 2.

Ainsi, doresnavant, après la foy donnée,

Nous ne respirons plus qu'un heureux hyménée,

Et ne touchant encor les droits que du penser

Nos feux ù tout le reste osent se dispenser. [Clii-, 1"^ éd. jusq, 1(344 inclus.)

Cet emploi était très-fréquent au dix-septième siècle :

Mais comme, quelque effort où ce cœur îe dispense,

Aimer quand on le veut passe notre puissance,

Par un contraire effet, qui brave tous nos soins,

On aime bien souvent quand on le veut le moins. (T. Corn., /'(/n/i., i, 1.)

A trop d'emportement la reine se dispense,

Quand... (kl., Timocr,, ii, 2.)

Et ceux même qu'on sait que le ciel seul occupe,

Des singes de leurs mœurs sont l'ordinaire dupe ;

A quoi que leur malice ait pu se dispenser,

Leur appui leur est sur, s'ils l'ont vu grimacer. (Id., Fesl.de Pierre, v, 2.)

L'effort que je refuse à ma reconnoissance

Par la seule pitié la reine s'y dispense. (Id., Catnm., iv, 5.)

La visite où pour vous ici je me dispense.

Peut-être choquera l'exacte bienséance. (Id., Gai. doublé, v, 1.)

S'il éioit permis de se dispenser à la raillerie sur une matière de cette importance, je dirois que... (Cyrano, Lett. div., cont. les Frond.) — La liberté, peut-être un peu trop grande, où je me suis dispensé dans mes épigrammes, est une suite de mon dépit. ( M""= de Villed., Jouru. am , 5' p., H« j.) — Vous voulez savoir le sujet de leur conversation ; vous mettez tout en usage pour l'apprendre; et si vous en découvrez la moindre parole, vous vous dispensez aussitôt à la conjecture et au commentaire. 'Id., ibid., 0« p. 10" j.) — Il se dispensa à des choses fort contraires au respect qu'il devoit à son père. (Id., Annales gai., l" p.) — Je ne sais comme il a été possible que ma raison se suit dispensée aux extravagances que j'ai commises. (Id., ibid., 5" p.) — J'assurerai Porcie que vous ignorez les libertés où elle se dispense, en écrivant à Hortensius, et je lui ferai appréhender qu'elles ne viennent à votre connoissance. (Id., Amours des grands hoiumes, Caton d'Utique.)

On trouve au dix-huitième siècle .

En effet, à me voir appliqué sans relâche

Aux malheureux complots où mon courroux m'attache.

Qui ne croiroit, seigneur, du moins sans m'oflenser,

A de honteux soupçons pouvoir se dispenser ? [Crêbillon, Hémir., m, -3.)

On a dit d'une manière analogue, se dispenser en :

Il se dispensa en une infinité d'opinions et de libéralités extraurdinaiies, qui réduisirent ses affaires en un abysme, dont je laisse l'inventaire au Suétone qui fera sa vie. (Pasq., Leu., xiv, 2.)

— SE DISPENSER à, suivi d'uu iiiiinitif, se licencier à, prendre la licence de, se donner licence de, se laisser aller à :

L'amour devient servile alors qu'il se dispense

A n'allumer ses feux que pour la récompense. [I.a Wave, n,4.)

Il falloit un prétexte à vaincre sa colère,

Il y falloit du temps, et pour ne vous rien taire.

Ouanii je me dispensais à lui mal obéir,

(Juand en \otre faveur je sembluis la traiiir,

Peut-être qu'en son cœur pins dnuco, et repentie.

Elle en dissimuloit la meilleure partie. l'mtoi/.y i, 5.)

A i^i'ojxis (It^ ct's (ItM'ilicrs vofs, Voltaii'e a t'ail cctlf irmarque :

'■ Ouand je me dispensais à lui mal obéir n'est pas français. On se dispense d'une ciiose, et non à une chose. •

Il n'a pas ooinpi'is, t't a lait un de cos contresens •'•louidis »|ui lui sont familiers, dans le Commentaire. M. Géniii est de môme tombé dans un étonnant contre-sens, à propos d'un vers analogue de Molière. Voici son article : « Se dispenser ô, se disj)oser à » :

Et r'est aussi pourquoi ma bouche se dispense

A vous envier mon cœur avec plus d'assurance. Uéini <im.. ii, 1.)

« .\titrefois dispenser se disait en pharmacie pour disposer, préparer :

Plusiiurs auteurs ont écrit en détail la prépnrntion des remèdes que les apothicaires doivent dispenser. Dispenser la Ihérinque, c'est-à-dire la préparer. Les statuts des épiciers portent que les aspirants à la maîtrise dispenseront leur chef-d'oeuvre en présence de tous les maisires. (FinETiÈBE.

« Celte aneieinie valeur du mut dispcnsfr est encore attestée par le mot anglais rf/s/jensayy, pharmacie, dont noiss avons ictail, à notre tour, dispensaire. »

Se dispenser, du Dépit amoureux, a exacleiîicnt la nii'uif simplification que dans Corneille, et la pharmacie n'avait ahsolnnient rien à voir ni ;\ faire ici.

<.)n a dit, comme Corneille et comme .Molieif :

Je finis, mon irus-cher monsieur, en vous demandani pardon ^^• ma longueur. Mais, surtout, de ce que je me dispense si familièrement ù m'écarter de mon sujet avec vous, qui avez l'esprit si juste et si délicat. (Havi.k, Ltit., ix M. .Miiuitoli. 31 janv. U'û'-i.) — Vous savez bien que messieurs les Allemands se dispensem volontiers à faire des digressions pour étaler leur lecture. (Id., ib'd.. au n>énie, 17 sept, U)H1.)

On a dit t'mMlement se dispenser dp, -iiivi d'im -idtsiantif, se permettre telle chose :

Il esloit si nouveau et escolier à faire brigue et menées (je iiu- •li\pi nseray de ce mot qu'il ne s'en mesia que bien peu (l'.^so , l.tit., vu. 10.)

Va se dispenser (h, -\[\\'\ d'un intinitil, >'accoriler la lic«'nee de, prendre la liberté de :

Les papes se dispensaient de faire tuules choses qui leur tenoicnl a gré. [ Pas>.i., Rech-, III. '21 )— Lisez un petit livre qu'il intitula Us Folasiries, où il se dispensa

plus liccncieiisoniL'iiI quiiilleuisf/t- parler du mt'Stier de Vénus. (Id., ibid., vu, G.) — Si, par ujie nouvelle liberté de leur conscience, ils a'esioiaii diapensé^ d'exercer à huis ouverl partout le royaume leur religion, auparavant qu'il y eust édit qui leur en donnasl la permission, et contre les inhibitions expresses de celuy du mois de juillet, il ne falloit pas trouver esirange que ce prince (le duc de Guise), pour la manutention de l'ancienne, n'eust rien oublié en arriére. (Id., Lcii.. IV, 20.) — Tout de celte mesme façon s"c5«-il dispensé plusieurs fois d'user de mots inaccoutumés. (Id., ibid., xvm, 1.) — En empruntanl quelque chose des Romains , quelques-uns des nostres se dispenscrcni, avec le temps, de faire ces superlatifs franfois, doclissime, révéïendissime, illustrissime, excellentissime. (Id., ibid.) — Ces Serées ne pouvoient mieux sortir en lumière que après avoir soupe, où le plus souvent on se dispense de plier un peu plus le coude qnen un autre repas. (Bouchet, Serées, i.) — El n'y a homme si sage, si discret, si retiré et si sévère, qui, entre le vin et les \ landes, ne se dispense de dire et cscouter quelques propos pour rire etresjouyr lacompaignie. {Id., ibid., iv.) — On passe aisément d'un degré à l'autre; ce qui s'est fait par une nécessité invincible, on prend droit, on se dispense de le faire sans nécessite. (Patru, l'iaid., vi. ) — Je ne pensois répondre à votre première lettre, que le gentilhomme qui me l'avoit rendue ne s'en retournast en ^os quartiers. Mais, sans mentir, la seconde me serre le bouton de trop prés, pour me dispenser de prendre un si long délai. (Malh., LeiL, à M. "*. ) -^ Je me dispenserai! pourtant encore, pour cette fois, de vous lemcrcier des bons avis que vous me donnez sur cette versification. (Racan, Le»., à Chapelain.)

Il reconnut ma franchise.

Et que mon ame soumise

Au respect que je luy dois,

Ne s'esiou point dispensée

D'avoir jamais de pensée

Contraire à ses saintes loix (Id,, Psaum.. xvii.)

C'est parce que le vrai sens de dispenser est autoriser à, (îoimerla peniiissiou Je, et, avec le pronom personnel, s'autoriser à, prendre la permission, prendre la liberté de, qu'on trouve se

dispenser de avec ne :

Si nous trouvions que ce Candaiiles eust esté le premier et le dernier roy qui auroil faict ce tour, encore nous pourrions-nous aucunement dispenser de ne cioiie cette histoire. (H. EstiKK'Sh.., Apol. pour Uérod., Disc, prél.)

C'est-à-dire : Encore pourrions-nous prendre la liberté de ne.

Et de même :

Us disent que tous ceux qui avoient esté nourris en Picdmont sous la niaiu de ce seigneur, esloieni dispensez de ne croire en Dieu que sur bons gages. ^Uoyvi.h nu ViLLAUS, Mém., à Mgr le duc de Seuilly, 2"^ aveit. au lect.)

— si: Disi'K.NSEit, absol., s'accorder, prendre une liberté :

Ma curiosité pour ce deravquart-dheure

i'osera dispenser. [Mél., m, ti.)

La transition entre le sens ancien et le sens moderne et le mélange de ces deux sens sont très-remarquables dans l'exemple suivant :

S'il se trouve quelque censeur auquel ces petites recherches ne plaisent, comme

chose (Je non-valeur, loiil ainsi que je me suis dispensé de les escrire, aussi se |)uurra-il dispenser de les lire. (Et. Pasijuieii, Recherches de lu France., viii, 17, éd. 1621.)

Évidemiiiciit, dans le premier cas, Je me suis dispensé signifie J'ai pris la liberté, et dans le second cas se dispenser signifie s'exempter. Pour parler correctement la langue du seizième siècle, il eût tallu dire : se dispenser de ne les lire. La confusion et l'incorrection réelle (pii existent dans cette phrase venaient de l'introduction récente de la signification moderne.

Le substantif dispense s'est de même employé pour permissit)n, autorisation en générîil :

Pour le présent pensant au faicl d'amours, Je suys troublé, car j'ay congneu tuusjours Que loyauté n'a point de récompense, El que les fulz obtiennent la dispense, I)'a\oir le fruict qui en vient tyus les jours.

( J. M.\noT, Ciuquanle rond, sur louies sortes de mal , Juye Xii.) Lb CM.xuLono.N. .i'ay espérance de bien boire. Lii SAVETiiiii. Et nioy en eiupliray ma pance.

Car j'(en) auray meilleure mémoire.

i.E cHAi'LDKO.N. Et Hioy meilleure pacience.

Tais-toy, nous en aurons dispense. [Farce d'un e Iwuldronnier .) Lesquelles, sans avoir dispense.

Au moins ainsi comme je iiense, Pretendoient d'avoir benelice.

[Apol. des clutmberièrcs qui uni perdu leur mariaijv ii la blancuue.) Tant s'en faut que l'édicl qui a esté naguère publié opère au contraire, (pic j'es- [jure ipi'd en arrivera luul autreuieut, par le soing que j'auray d'user d icelluy; lequel paruislra d'autani plus grand qu'il ne faisuit auparavant, que j'auray par la publication dudici edict plus de liberté et dispense d'en user autiement. (Le». miss, de Henri IV, 1599, l. V, p. 100.)

Toucher son beau sein librement.

Elle en donne dispense. [Comédie de cliansons, v, 2.)

Lors ma passion vous prie de me pardonner le mal que \ous m'avez fait cl vous donne dispense do mu haïr. ,Tui;oi'Mili;, l.cit.. xxx, a (^aliste. Je rougis quand j'y pense, Et ma condition ne peut avoir dispense De conlir devant vous de quelles actions Ils taclioient d'assou\ir leurs folles passions. 'Raoa.n, llenj., iii, -2.)

Lcii mois dispenser , dispense, ont donc complètement changé «le signification. Dispenser a signifié d'abord autoriser, puis on l'a employé pour sigiiificr autoriser à ne [»as faire, iVoii l'acception actuelle.

Par iiii pareil pi-oei'di- de l'esiuii, (luaiilité d'autres mots fiaiivais ont passé du sens positif au sens négatif. Il ïullil de ra| peler rien, personne, aucun.

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