‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 143 sur 253 · ENCENS · texte numérisé non relu

ENCENS

A |)ro[K>s (le l'iiiiploi t'ail |);ir Molièn; de l;i locution fin Alfjer, M. GiMiin tlit dans son Lexique :

« Celle tavon de parler esl lU'e de l'horreur de nos pcrt-s [»ou. l'hialus, même en prose. A Alger leur paraissait intohîi-able. En pareil eas, Us appelaient ;\ leur secours les consonnes euphoni- (|ues tiont r?iélait une des principales et disaient aller a(/i^ Alyer. L'idt'utiti'' de prononciation a tait ("crire i)ar c, en Alger :

€ Je serai marié, si l'on veut, en Abjer. » (Corn., Le Meut.)

« Aujourd'hui que l'euphonie de notre langue a été détruite par l'intrusion des habitudes étrangères, tous les journaux écrivent, et l'on prononce n Alger. Cela s'appelle un perfectionnement logique. »

L'ingénieux, philologue a lait ici, comme dans beaucoup d'autres occasions, de l'esprit en pure perte. Tant d'exemples que nous avons cités prouvent surabondamment que en, dans la locution en Alger, n'est pas une corruption de an employé par euphonie pour à, puisque en se mettait aussi bien devant les noms de ville connuenvant par une consonne que devaiït ceux qui commentaient [»ar une voyelle : fn Pori.<, en Nulles, en Lucédémone, en Constantinople, en Dabglone.

En s'emploie encore avec les noms de villes, aussi bien qu'avec les noms de provinces, dans le centre et dans le midi de la France.

— Corneillr dit encore d'une manière analogue, k.\ beli.kcoiu, pour ù le pliirc lirlle-Cour :

Je loge en lietle-Cour, einiron an niilii'U

Dans un grand pavillon. (Suite du Ment., m, 3.)

Ou dit encore aujourd'hui à Lyon, A" /ielle-f'onr, pour a lu place Delle-f'oar.

— EN, là-dessus ;

N'tM délibérons .'lus... (Cuina, a. 1.1

ENCENS, avec le pluriel, au [)ropre ou au figuré :

Ce qiio lu vaux est en loi-même,

Tu fais Ion prix p.ir les vertus ; Tous les encens dautrui sont encens superflus. hnû., ii, 6.)

El ces hautes venus que de vous il hérite Vous donnent votre part aux encens qu'il mérite. {Vict. du Roi, en 1G67.)

248 KNCKNS.

Adieu; quelques encens que lu veuilles m'offrir.

Je ne me saurois plus résoudre à les souffrir. {La Gai. du Pal., ii. S.y

Les novices de l'art, avec tous leurs encens,

El leurs mots inconnus, qu'ils f('ignent loul-puissans,

Leurs herbes, leurs parfums el leurs cérémonies,

Apporlent au métier des longueurs infinies. [l.'ltlus. corn., \, 2.)

Mais, quoique vos encem le traitent d'immortel,

Cette grande victime est trop pour son autel. {Pump., i, 1.)

« Encens, dit YoUaire, ne soutire point le pluriel. On otfre de l'encens aux immortels, mais l'encens ne traite point d'immortel. »

Juste pour le traitent d'immortel. Mais Voltaire a tort de reprendre encens au pluriel dans la tragédie de Corneille, comme il l'avait déjà repris dans une ode de Frédéric : « L'ode à Sa Majesté la reine votre mère, écrivait-il au roi de Prusse, avril 1738, me paraît votre plus bel ouvrage. Je n'y trouve à reprendre que quelques expressions qui ne sont pas tout à fait dans notre exactitude française. Nous ne disons pas des encens au pluriel. »

Encens se trouve avec le pluriel au sens propre et figuré, dans le style le plus sérieux comme dans le genre léger :

L'invention des encens el parfums aux églises. (Montaigne, Ess., i, 55.)

Tu sauras donc, ô mortel insensé, Que mon courroux, tant de fois offensé Par de si noires âmes, Ne reçoit plus les vœux que des cœurs innocens.

Dont les voix et les fiâmes Eslevenl ma louange avecque leurs enceni. ;Raca.n, Ps., xlu.)

El vous, suivez l'auguste frère,

Pour qui désormais nos autels

Fumeront d'encens éternels

Sur l'un et sur l'autre hémisphère. (Chapelle, Leti. à .)/. d'EjJiai.)

Hier, à la chasse, près d'elle, Je vous regardais longtemps; Et, sans vous donner û'emens.

Vous me parûtes plus belle. (Mol., Psyché, i, 1.)

Cet empire que tient la raison sur les sens

Ne fait pas renoncer aux douceurs des encens. (Id., Femm. sav., i, 1.)

Aux encens qu'elle donne à son héros d'esprit. (Id., ibid., i, 3.)

Pour moi je ne vois rien de plus sol à mon sens

Qu'un auteur qui partout va gueuser des enrens. (Id., ibid., m, 5.)

Ce soin que vous voulez bien prendre de faire valoir nos bonnes intentions el nos services, de porter nos vœux el nos encens au-x pieds du trône, et de répandre sur le public et sur les particuliers le secours de vos bons offices, sont des grâces que vous renouvelez, et que nous ressentons toutes les années. ;Fléch., (^ornplim. n M. de Chàleaun.)

KNCIIAINKU. '219

Que sa juste colère enfin soit désarmée, £l ue lui faisons plus sentir d'autre fumée

ùue celle des doctes e/ite»*. (Sii.NEr.ii, Épîi.. Le Tabac.)

roiiit'ille a donc suivi la tradition dt^ la lanj^uo et i)ark'' coinine toute son t''|)0(juo en enipktyant encens au jiluriel.

A la reniaf<iue dont nous venons de piouvei' la t'ausselé, V(j1taire ajoute :

« On peut observer ici qu'en aucune langue les métaux, les minéraux, les aromates, n'ont jamais de pluriel. Ainsi, chez toutes les nations on offre de l'or, de l'encens, de la mjnhe, et non des ors, des encens, des myrrhes. «

Palissot a relevé ainsi l'inexactitude de cette assertion :

« Voltaire se trompe évidemment en disant qu'en aucune langue les aromates, les niétau.x et les minéraux n'ont jamais de pluriel; ils sont, au contraire, emploies de préférence au pluriel par les poctes latins, et les exemples en sont si fréquents, qu'il paraît qu'ils y attacliaient de réléjraiico On y trouve ilaira, aulphuru, lira. »

Pour l'emploi de tlmni, ne \otilant pas ici faire étalage de citations latines, nousjious contenterons (rin(li(]uer:ViH(]., yEn., viii, 60; Geonj., I, 57; Cul., 8G. Hou., Od., i, 19, li; iv, I, 21, 22; L'ijît., H, 51, 52 ; Sut., 1, 5, 99.

ENCUAINER a, fiy., attacher inséparablement à :

Quel ordre a pu du trône exclure la jeunesse?

Quel astre ù nos beaux jours cncliahic la faiblesse? [l'ukli., iv, 1.)

— E.NCHAlNKit A, Contraindre à, nt'cessiter absolunieiil à :

Et le seul liyménée Peut rompre le silence où je suis enchuinie. ^Sur., 11, 3.)

— E.vcHAi^ER LES HASAKU.s, souiucltre Ics liasards à sa volonté :

£t ne rien hasarder, qu'on n'ait de toutes parts.

Autant qu'il est possible, enchatné les hasards. Ait.. 1. 1.)

On a dit. [)ar imitation :

Nous avons par nos soins cl jiar nos artilices

Du sort, autant qu'on peni, tnchuimi Ici caprices. (La Fosse, Muni., ii, .2.)

— ENCHAi.NER LA TE.NUiiEssE, pour signifier l'empêcher de se [troduire, d'éclater :

C'est la gêne où réduit celles de \olre sorte

La scrupuleuse loi du respect qu'on leur porte

Il arrête les va-ux, captive les désirs.

Abaisse les regards, eloulTe les soupirs.

Dans le milieu du acur enchaîne la tendresse. [Oth., m, i.

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