‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 148 sur 253 · ENTRE-GONNAITUE (S). — ENTRE-IMMOLER (S · texte numérisé non relu

ENTRE-GONNAITUE (S). — ENTRE-IMMOLER (S

Signification autrefois très-usuelle, témoin ces exemples que nous avons cru inutile de multiplier davantage :

J'ai entendu par Boisse des nouvelles de voire blessure, qui m'est un extrême deuil dans ces nécessités. [Lett. miss, de tlcmi IV, t. ii, p. iHl, à Lu])ersac, ir>87.)

— Vous eniendrès de mes nouvelles par Mcninvillc. [ïbid., t. iv, p. 5, 5aoûtl595.)

— Par mes dernières lettres vous aurés entendu la réduction volontaire de ceste ville en mon obéissance. [Ibid., t. iv, p. 84, 5 janv, 1594.)

ENÏRE-CONNAIÏRE (s'), se connaître mutuellement :

Quand il faut dire tout, on s'enlrc-connoii bien,

Chacun sait son métier, et... {La Gai. du Pal,, iv, 14.)

Puisque ces quartiers doivent être si éloignés l'un de l'autre, que les acteurs aient lieu de ne pas s'enlre-connoiire. [Exam. de Mél.)

Le dernier éditeur de Corneille, M. Taschereau, fait cette observation :

« S'entre-connoUre. Corneille, qui cherchait à enrichir la langue, et auquel sont dus beaucoup de mots utiles, s'est servi d'un grand nombre de verbes ainsi composés. Dans le jeu de scène qui ouvre la scène xii de ce même acte ^ la lingére et le mercier s'entre-poussenl une boîte ; dans Cliiandre, on a lu 'dans l'Argument: s'entr'aimer, et, acte III, se. i : s'entre-devoir; dans la Veuue': s'enire-paijer . s'enlredonnir, s'entr'appeler ; on trouvera plus tard s'entre-dire dans l'Examen de la Suivante, s'enire-choquer, acte V, se. ix de la même pièce , et s' entre- produire, au commencement de l'Ëpître dédicatoire de Cinna. L'Académie n'a sanctionné que quelques-unes de ces créations, qui ont toutes cependant au même degré la même raison d'être. ■

Nous ajouterons <[u'il est peu de ces verbes compost'- (pii n'aient été employés avant Corneille.

ENTRÉE, DÈS l'entrée, dans l'entuée, abs., comme d'entrée, dans le sens de d'abord, tout aussitôt :

Résiste dès l'entrée aux inclinations. . [Iniii., i, 11.)

Elle attaque dès l'entrée (la tentationi. {Ibid., i, Kî, éd. 1051.)

Quand rièy l'entrée on lui fait tête. (Ibid.)

Résiste dans l'entrée aux inclinations

Que jettent dans ton cœur tes folles passions. {Ibid,, i, 11, éd. 1670.)

— ENTKÉE d'un DESSEIN (1'), pour désigner le début, le commencement d'une entreprise :

Daigne en la mort comme en la vie L'excès de sa bonté répondre à tes souhaits ;

Et de tes desseins à jamais Favoriser l'entrée, et bénir la sortie. Trud. du l's, cxxt.)

ENTRE-IMMOLER (s'], s'immoler muliiellcment :

Ils s'entre- itnnio II ni tous au commun adversaire,

Tous pensent le percer, quand ils percent leur frère. {La Tois. d'or, v, 2.)

ENTRE-MESURER (S). — ENTREPRENDRE. io7 ENTRE-MESURER (s'), mesurer réciproquement ses forces :

Je vois de lous côlés des partis et des ligues.

Cliacuii s'tiitre-mesure, cl forme ses inlri;:iies. [l'ulch., i, 1.)

ENTRE-PAYER (s'), fig. s'ENTRK-PAvt:it d'une même mo.nnaie :

Il a beau ni'accabler de protestations,

Je démêle aisément toutes ses fictions,

Il ne me prête rien que je ne lui renvoie,

A'ouï nous cnlrcpmjons d'une même monnoie. [La Veuve, i, 3.)

ENTREPRENDRE quelqu'un, cherclier à entrer adroitement dans son esprit, pour l'amener ii ce que l'on veut; tâcher de le gagner, de le séduire :

Attale à ce dessein eiureprend sa, maîtresse. (iMicom., i, 5.)

« On entreprend de faire quelque chose, ou bien on entreprend quehjue chose; mais on n'entreprend pas quchju'un. Cela ne se pourrait dire à toute force que dans le bas comique , et encore c'est dans un autre sens; cela veut dire, «attaquer, demander <i raison, embarrasser, faire ([uerelle. » Ce vers n'est pas français. »

Ce jugement est encore (Iciucnti par toute la tradition de la langue :

Combien qu'il fust un très-grand flatteur pour se couler en la bonne grâce de quicùnijue il vouluil, il estoit néanmoins aisé à prendre luy-mesme , el a se laisser gagner par quiconque l'eust entrepris, par artifice de flatterie. { Amyot, Vies, Ciassus.) — 11 entreprit tout à la fois quatre curez et leurs quatre chambrières. iD'aubigné, le Raron de Funeste, ii, 14.) — J'avois le don de persuader les personnes que y entreprenais, et elles s'en trouvoient fort bien. ( M°" de La Guette, Mi'm., éd. Jaiinet, p. 5H.) — Toutes ces qualitfs si propres a donner de l'amour lui auroient rendu faciles d'autres victoires (jiie celles des esclaves qu'il entreprenait. St-Réal., Épie.) — Il {A\i entreprendre la portière du couvent, la so'iir qui ccouloil aux parloirs, et celle qui a\oit le soin d'éveiller les autres. (M"" DE \ iLLKD,, Ann.yuL, il.) — Si j'avois elé la seule que vous eussiez entreprise, j'aurois eu de la peine à me résoudre à faire ce que je fais. (Id., ibid.)

Quand vieux seigneur cHtit/Tturf jeune dame,

Il ne doit qu'aplanir li's clicniins de son âme

Pour un plus jeune qui li" suit. 'Id., Juurn. umuur, JS' journ.^

Il avoit mis à mal toutes les femmes qu'il avoit e/urcprùei. fBussv, Hisi. amour, des Gaules.) — Vous n'avez point la inine île vous reiulre pour une élégie, et je crois que ce seroit élrangi'ini'iit c-omnitlire les Muses (|ue tV intrei»tndte un cœur Comme le vôtre sans aucun autre appui que celui qu'elles peUM-nl dunnrr. (SÉNECK, Lett. à M"* ••*.'

Sans perdre temps :i m' entreprendre.

Si vous avez des douceurs a conter.

Ma compagne est toujours en lnirm'in lieiouiei,

El saura mieux que moi... (T. C'ikn., t trcé, v, 3.)

258 EiNTREI'RENDRE.

On trouve encore entreprendre une personne, pour signifier commencer i\ s'occuper d'elle, dans le but de lui procurer telle ou telle connaissance :

Je vous prie à' entreprendre la fille de notre paysanne pour la bien instruire. fM"'^ DE Maint., Letl. sur l'éduc, à M""" de Brinon, 1C83.)

— Corneille dit d'une manière assez particulière : entreprendre LA PERTE DE QUELQU'UN :

Et ce sera du moins à force ouverte Qu'un si vaillant guerrier tnircpretidra ma perle. {Œd., iii, 4.)

— ENTREPRENDRE, absol., faire une entreprise :

On entreprend assez, mais aucun n'exécute. [Cin., n, 1.)

On cognoisl assez, que je leur sers de prétexte et que leurs principales fins tendent droictement contre votre personne et Estât, et que le zelle de la religion ne les a poulsez à entreprendre, jiuisqu'ilz ont esté après à pralicquer les principaulx de la noblesse et des villes habitées par ceulx de la religion refformée, pour suivre leur party. [Lell. miss, de Henri IV, t. ii,p.46, au roy, 26 avril 1585.)

Ne différons donc plus puisqu'il faiUlenircprendre. (ï. Corn., Maxim., i, 3.)

El si nos mécontents, par un secret appui,

Ont besoin pour agir d'être assurés de lui,

Il faut, dans le dessein qui me fait entreprendre.

Cacher à d'autres yeux la part qu'il voudra prendre. (Id., ibid.)

FAUSTE. Quoi? C'est lui qui conspire?

SÉVÈRE. Et ce qui doit surprendre,

C'est par Martian seul qu'il a fait entreprendre,

Sans que les conjurés, dont il est le soutien.

Sachent dans ce projet ni son nom ni le mien. (Id., ibid., m, 1.)

Quoi! Straton ne sait pas qui les fait entreprendre ? [h\.,ibid.. iv,2.)

Cet obstacle^ seigneur, a droit de vous surprendre.

Mais vous teniez trop sûr ce moyen d'entreprendre. (Id., ibid., iv, 4.)

Leur crime découvert le pressoit d'entreprendre. (Id., iTx'rf., iv, 4.)

— ENTREPRENDRE CONTRE, faire des entreprises, se soulever, conspirer c(jntre :

El lorsque contre vous il m'a fait entreprendre,

La nature en secret auroit su m'en défendre. [Héracl., iv, 4.)

Voltaire dit :

« Ce verbe entreprendre est actif, et veut ici absolument un régime. On ne dit point entreprendre pour conspirer.

« iV. R. (.'est palier très-bien que de dire, « je sais méditer, entreprendre et agir, » parce qu'alors entreprendre, méditer ont un sens indéfini. Il en est de même de plusieurs verbes actifs qu'on laisse alors sans régime. Il avait une tête capable d'imaginer, un cœur fait pour sentir, un bras pour exécuter ; mais «j'exécute contre vous, j'entreprends contre vous, j'imagine contre vous, » n'est pas français. Pourquoi;' parce que ce défini contre vous fait attendre la chose « qu'on imagine, qu'on exécute et qu'on entreprend. »

ENTREPKENDKi:. — ENTRE-SOCÏENIR (S'). 2o<.l

Entreprendre, absol., ne peut-il pas parfaitement signifier former des entreprises en général, et la i)r(''position contre être jointe à ce verbe pris neutralenient pour indi(jui'r la i)ersonne que ces entreprises attaquent? On trouve, du reste, d'excellents exemples à' entreprendre contre :

Ce honteux décampemenl, l'aversion que le roi témoigna dés lors de toutes choses généreuses et de la vraie gloire, qui ne s'acquiert que par les armes, et une inclination et disposition portée toute au repos, aux délices et plaisirs, le firent tomber en mépris qui engendra la haine, et la haine l'audace û'enirepreiiJre contre lui, de laquelle procéda sa perdition avec infamie. (Sully, Les Ècon. roy.) — Et cejjendanl, que vous patientes constamment en la deffense de la vraye religion et de voslre patrie, que Dieu semble dcsjà secourir en quelque façon, quand il met au cœur de vostre cnnemy d'etiireprcndre contre cest Estât : ce qu'il ne peut sans une grande distraction. [Leit. miss, de Henri JV.) — Vous pourrés mettre en considération, si l'occasion s'en présenloit, et mesmes si vous voyés quelque inclination à eniicprtndre contre la seigneurie de >'enise, qu'il ne se svauroit rien faire plus au gré et advaiitage du dict roy d'Espagne. 'Ibid., t. iv p. 47 , 5 nov. 1593.) — Celte garnison d'Esjjagnols n'est i)as sullisante d'entreprendre contre le gré du peuple. ;Du Vaih, Hur. au l'arletn], 2(3 juin 1593.)

(Je qui donna sujet el occasion au roy d'entreprendre contre eux plus avant. (De CuEViiRNï, Mém., 1571.) — 11 y avoit quehpics dispositions pour entreprendre contre cette ville. (Pelliss., Lett. Iiisi., 14 août 1074 )— Son régne aurait été aussi heureux, selon les apparences, que celui de son frère, si, à la persuasion de sa femme, et voulant suivre l'exemple, et peut être les conseils de notre roi, il n'avait entrepris contre la religion de son pays et contre les privilèges de son parlement. (La Faue, .Mi'm., c. 9.)

— ENTUEl'UR.NDUK SLIt :

Votre haine tremblante est un mauvais appui

A ijuiconque pour vous entreprendrait sur lui. [l'ertli., ii, 1.)

J'espère les rencontrer, et si l'occasion s'offre d'entreprendre sur eulx, ne la

iaisseray passer. [Lett. mtss. de Henri I}\ t. iv, p. 177.) — Sur les freipiens advis

qui me sont donnez des desseings qu'ont mes ennemys d'entreprendre sur ma

ville de Saint-.Malo, j'ay estimé... [Ibid., p. 73H.)

ENTHKR Al MAïUAGK, s'engager dans les liell^(|^l mariage:

.Mais quand j'eus bien pensé que j'allois à mon âge,

Au sortir de Poitiers entrer un muriiuje;

Oue j'eus considéré ces chaînes de plus près,

Son visage à ce prix n'eut plus pour moi d'attraits. [Sutle du Ment., i, 1.)

KNTRE-SOUTENIR (si, lig., s'entre ap|tu\t'r, se lortilier muluellement :

Un combat dure cncor, que mille autres surviennent. Et (•fl enchaînement dont ils s'entn-.soutiennent

Fait un cercle de maux qui ne sauraient finir. Imit., m, 20.1

Vous avez, madame, deux choses qui t'enirc-souiienncnt, et qui vous font des maux infinis. (Fé.n,, Lett. spirit., 10 nov. 1702.)

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