ESTIME
Le commentateur répète encore la même critique à propos de ces autres vers :
Ainsi vous me rendrez l'innocence et Vestime,
Lorsque vous punirez la cause de mon crime. [Rodoy., ii, 3.1
« Vous me rendez l'estime, afiîrme-t-il, ne peut se dire comme vous me rendez l'innocence; car l'innocence appartient à la personne, et l'estime est le sentiment d'autrui. Vous me rendez mon innocence, ma raison, mon repos, ma gloire; mais non pas mon estime. »
Vrai pour le dix-huitième siècle ; mais pour le dix-septième
siècle, qu'on en juge :
Jamais homme n'est entré dans la cour avec une plus grande et plus générale estime de vertu. (Arn. d'Andilly, Le»., xlv.) — La grande estime que vos bonnes qualités vous ont donnée a déjà fait le coup le plus important de celte affaire. (Retz, Conjur. de Fiesque.) — L'eslirrie de modération qu'il avoit même parmi les nôtres. (Boss., Réjnt. du Cai. de Ferry.)
Son estime ne fait que trop bien éclater ;
Sa gloire va si bien qu'elle est à redouter. (Quin., Belléropft., i, 3.)
Corneille parlait donc bon français dans les vers que Voltaire critique, et de même dans ceux-ci :
Protecteur des grands rois, guerrier trop magnanime,
Puisse tout l'univers bruire de votre estime. [L lllus. com., m, 9.)
Dés lors, à cela prés vous étiez en estime
D'avoir une àme noble, et grande et magnanime. {Suite du Meut., ii, 4,)
Hé bien, deviens tyran, renonce klon estime.
Renonce au nom de juste, au nom de magnanime. [Penh , ii, 5.)
Je m'étois figuré que de tels déplaisirs
Pourroient ne me coîiter que deux ou trois soupirs,
El pour me consoler j'envisageois l'estime
Et d'ami généreux, et de chef magnanime. (Sert., iv, 2.)
Pour moi, comme pour vous, soyez plus magnanime,
Voyez mieux qu'il y va même de votre estime,
Que le choix d'un amant si peu digne de vous
Souilleroit cet honneur qui vous semble si doux. [OFd., i, 4.)
Et j'en dois prendre soin, pour éviter le crime
D'employer à te peindre un pinceau sans estime. (Rem. au roi, en 1663.)
Quelquefois un adjectif ajouté à estime, comme nous faisons à réputation, déterminait en mauvaise part le sens de ce mot :
Caliste, sourde au bruit d'une mauvaise estime.
(Théoph., Éléyie, à M. de Pesé.)
— FAIRE ESTIME DE QUELQU'UN, l'estlmer :
Et vous offenseriez Vesiime qu'elle en fait.
Si vous le laissiez vivre et mourir en sujet. [Rodoy.)
Quoi que l'on dissimule, on eu fait peu d'estime. (Malh., Static, ii, IL)
KSTI.MKU. — KT 2Ti
— Di! iiirmc, lAiiiK KsriMi: di; ulei.ul'k chose :
J'adorai donc Philis, et la secrète esiime Que ce divin esprit faisait de notre rime Me lit devenir poète aussitôt qu'amoureux. [Exe. u irisie.)
— EN SON ESTIME, à son jugement, ;\ ses yeux :
J'ai mal connu César; mais puisqu'e» son estime
Un si rare service est un énorme crime... [Pomp., iv, 1.)
Voltaire lait otttc observation ;
« Estime signifie ici opinion. C'est un terme qui n'est en usage ijuc dans la marine. L'estime du pilote veut dire le calcul présumé.
Nous ne croyons pas i\vn^ Corneille ait eu tort d'employer, comme il l'a fait, estime dans le sens de opinion , jugement, appréciation.
On trouve dans le même sens, au dix-huitième siècle, mais d'une manière assez singulière :
Voyons ce que c'est; suivant l'espèce de la chose ]e ferai l'estime de votre silence. (Mariv., Les Surprises de l'amour, il, 1.)
ESTIMER, penser, juger, quoi que vous estimiez de, (juoi que vous pensiez, que vous jugiez de :
Quoi que vous estimiez de ma civilité.
Je ne me pique point d'insensibilité. {Lu .Suie, u, 3.)
KSTOMAC , poitrine : '
Puisque c'est votre honneur que ses armes soulionnenl.
Je vais lui présenter mon isiumac ouvert,
Adorant en sa main la vôtre qui me perd. {Le Cul, v, 1.)
Pliant les bras l'un sur l'autre sur son esiumacli. (D'Urfé, Asirée, ii, 1.) — Il faut que tu* fasses résolution de niellre premièrement ce fer t]ue lu tiens en la main dans Vesioviach de ton amy. (Id., ibid., ii, 10.)
ET. ET FUT-IL, quand l)ien nn'ine il serait; et KUs.sir./-vous, quand l)ieu même vous seriez ;
Vous le devez haïr, et fût-il votre père. [Hcracl., v, -2.)
Je vengerai sur vous, ci fussiez- vous mon père,
Ce qu'aura fait sur lui leur injuste colère. Ibid.)
Un a (lit (l'une ni;niière st inhlalile (tu analogue :
Il n'y a, par Dieu, cousturier Pour tailler un habil honneste, F.i Jiist pour veslir a la fesie.
Plus propre que moy en la ville. [Farce 'lu cousturier.)
Je vous les tueray icy comme besie, et fussent-ils di.\ fois autant. ( K.vdel. , n ,
•25.) — Si on a affaire de moi, viens me quérir, ei fût-ce en plein minuit. Lauiv.,
IS