ETALER
Les Écol. , V, 6.; — J'ay bien délibéré de iuy faire voler la teste de dessus les espaules, et fust-ce un César ou Charlemagne. (Tournebu, Les Coniens, ii, 4.)
Vous-même en deviendriez, je le gage, amoureux;
On ne s'en peut sauver, et fût-on tout de glace. (La Font., L'Eu»., v, 4.)
Faites-moi donc auteur, et ne fût-ce qu'en prose.
(BoissY, Le Médec. par occasion, iv, 4.)
On trouve, d'une manière analogue, avec d'autres verbes que l'auxiliaire être :
Je suis résolu, et dussé-je veiller toute nuict, d'entendre quelque chose de ce mystère. (Lariv., Les Ecol., v, i.) — Je veux employer toute ma puissance pour le retirer de leurs pattes, et dussé-je tout gaster. (Id., ibid., v, 3.) — Je sçay que changerez d'advis, ei ïeussiez-vous juré mille fois. (Id.,Z.ei' Tromper., i, 4.)
— ET, séparé de deux subst. auxquels il se rapporte :
En ce lieu Rome a vu le premier parricide ;
La suite en est à craindre, et la haine des cieux. (Hor., v, 2.^
Albe le veut, e/Rome, il faut leur obéir. {Ibid., m, 6.)
Ressouviens-l'en, volage, et des chastes douceurs
Qu'un mutuel amour répandit dans nos cœurs. (La Tois. d'or, m, 3.)
Ft s'employait souvent ainsi à distance du premier substantif, ou du mot qui en tient la place, comme nous employons ainsi que.'
Le sieur de Trapador s'est trouvé coulpable, et a eu la teste tranchée, et quelques autres gentilz-hommes. (Leii. miss, de Henri IV, t. m, p. 728.) — Les truites y sont admirables et les saumons du Rhin. (Pelliss., Lelt. hist., 18 oct. 1G81.) — Il Iuy a fait couper la teste et à un grand nombre de ses subjets. (Tavern., Voy. des Ind. , i, 4.) — La partie fut remise au lendemain, au commencement de la nuit, où elle devoit l'introduire dans le jardin de fleurs de la maison de.Périclés, sur lequel l'appartement d'Aspasie avoit une partie de ses vues, et l'autre sur la mer. (M™^ de Villed., Les Amours des grands hommes, Alcibiade.)
Ce dernier exemple est plus particulier, et est elliptique.
— Et sert souvent à faire d'autres phrases elliptiques, comme la suivante :
Ce mal leur semble moindre, et moins rudes ses coups.
Voyant que tout l'honneur en retombe sur nous. [Hor., v, 3.)
ÉTALER. Emplois remarquables au figuré :
Quelque ravage affreux qu'étale ici la peste.
L'absence aux vrais amants est encor plus funeste;
Et d'un si grand péril l'image s'offre en vain,
Quand ce péril douteux épargne un mal certain. (Œd., i, 1.)
Si ce trésor par vous ne m'est point accordé,
Mon bras me punira d'avoir trop demandé.
Et mon sang à vos yeux sur ce triste rivage
De vos justes refus étalera l'ouvrage. [La Tois. d'or, ii, 2.)
Surtout ce privilège acquis aux giandes âmes,
De changer à leur gré de maris ou de femmes,
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Mérite qu'on Véitile aux bouts de l'univers.
Pour en donner l'exemple à cent climats divers. {Sert., m, 2.J
Ces beautés éloient de mise en ce temps-là et ne le seroient plus en celui-ci.
La première est dans l'original espagnol, et l'autre est tirée surce modèle. Toutes
les deux onl fait leur effet en ma faveur, mais je ferois scrupule d'en l'ialer de
pareilles à l'avenir sur notre lliéàtre. {Exam. du Cid.)
Etaler n'élant plus ^ut'i'e usité qu'avfc l'idée d'ostontation, d'afiéctatiuii, il ne sera j^as inutile de remarquer que ce verbe s'employait et jjourrait s'employer quelquefois dans le sens général de faire voir, avec idée de l'intensité de l'action :
Ce discours vous fera paroîlre un de ces exemples redoutables qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. (Boss., Or. fuu. de la reine d'Aiigl.) — La fortune, trompeuse en toute autre autre chose, est du moins sincère en ceci, qu'elle ne nous cache pas ses tromperies; au contraire, elle les étale dans le plus grand jour. Id., i" Serm. pour le 4' dim. de car., ii. ) — Le soleil nous <*^//.' pendant le jour une clarté pure, qui nous charme par sa distribution partout uniforme. (P. Andbé, Ess. .sur le Beau, c. 1.)
Des portes du matin, l'amante de Céphalc
Ses roses épandoit dans le milieu des airs,
Et jelloil sur les cicux nouvellement ouverts
Ces traits d'or et d'azur qu'on naissant elle étale. (Voit., Sonn.)
De même, dans des nuances diverses, au sens moral ;
Pyrrhus, roi d'Albanie, avoil. entre les autres richesses de sa pierrerie, une belle agate, où Apollon et les neuf Muses estoient au vif représentez par le seul pinceau de nature, qui moii si bien étale son savoir en la gravure, sa fécondité aux figures, son industrie aux traits, sa prévoyance aux couleurs, son soin aux ombros. sa puissance aux linéaments, et sa merveille en tout l'ouvrage, qu'on pouvoil aisément remarquer chaque Muse à son instrument. (Mo.nt., Ess., .xi.) 0 grand Dieu, donne-moy que ']' étale en mes vers Les plus rares beautez de ce grand univers... (Du Bartas, La Sem.)
Un si bon entendeur, comme vous estes, verra assez mon intention, quoique mal élallée. (.S. Fn. de .'^ales, Leti., à .M. de Belley , M avr. ICI.']. y<,itv. Utt. inéd.) Je vais, expliqua-l-il, vous étaler des secrets qui ne sont point connus en votre climat. Cyiiano, llist. com. des Etats et emp. du Soleil.) — Je ne me propose pas de \ous étaler ici toute l'histoire de ce terrible avènement. Je veux me renfermer dans une de ses circonstances..,. (Mass., Serm. pour le prem. dim. de l'.iv.) — Ce n'est pas se démentir que de revenir de sa méprise; ce n'est pas montrer aux peuples l'inconstance du gouvernement; c'est leur en étaler re(|uilé et la droiture. (Id., Pet. Car., Dim. des Kam., ii.) — Saint Amhroise étala la mesme morale dans un de ses sermons. iTiiomass., Traité des jaAn.tC.ixwn, '2.) — Puisque votre modestie m'impose un silence que mon pru de capacité a étaler des vérités si éclatantes devroit déjà m'avoir imposé. (Phadon, La Troade, Epistre dédical.) — In des premiers qui étala dans la chaire une raison toujours éloquente fut le perc Buurdalouc, vers l'an 1G68. (Volt., Sitrle de Louis .Y/F, c. xxxiii.î — Jamais écrivain n'avoil «'wW îles idées politiqui's, en prose, aussi fortement que Corneille les approfondit en vers. (Id., Comm. sur Corn., Rem. sur Cinna, ii, 1. — Le inème I»icu, i|ui étale la preuve de son être d'une façon si éclatante dans la création, a décidé de se surpasser dans un autre ordre, celui de la foi. (Mgr Beiiteaud, Lett. pasi., Carôme 18ôl.)