XXXII INTRODUCTION
A s'employait aussi pour en devant un infinitif :
« À raconter ses maux souvent on les soulage. » (P. Cokn., Pol., i, 3.) « A remonter encore plus haut, on volt... » (Boss.)
Etc., etc.
Et aussi devant un substantif, comme on le verra, notamment par notre article à guise de pour en guise de.
A remplaçait encore de; à quel droit, ]}0uv de quel droit :
« A quel droit gardes-tu l'aimable nom de vie? > (P. Cons., Imil., m, 20.) «... ^ q«c/£/roi/ prétends-tu nous juger? ;> (Fonten., Paw.)
Et avec des verbes, s'effaroucher à, comme s''effaroucher de :
« Qu'il ne s'effarouche point à le voir sur la scène. » (P. Corn., Deux. Disc.) ;.;
Oublier à, pour oublier de; manquer à, pour manquer de; ne pas laisser «, pour ne pas laisser de; conseiller à, pour conseiller de; omettre à, pour omettre de.
On mettait aussi à pour de après certains adjectifs, tel que dissemblable à pour dissemblable de, etc.
Corneille, comme ses contemporains, affectionne encore l'emploi de à pour avec :
*. A moins de sang. » (//or.) — « A coiffe abattue. » (te Ment.) — .1 vœux redoublés. » iTrad. des Ps.) — » A communes enseignes. » {Sert.) — « A communs sentiments. » (Othon.)
« ... Charles qui t'attend, mais ci portes ouvertes,
A forts démantelés, « travaux démolis. i> {Les Yirt. du roicnlGCu.)
A était mis aussi quelquefois pour envers:
« A moins que d'être ingrate à mon libérateur.» (P. Corn., Androm., ii, 2.) • Mais voyant que ce prince ingrat à ses mérites... » (Id., Pomp., ii, 2.)
Le Dictionnaire historique de l'Académie française n'indique pas ces exemples parmi ceux de la préposition à employée dans le sens d'envers. Est-ce paixe que Patru a trouvé hardies ces manières de dire, et que d'Olivet et Voltaire les ont critiquées, l'un chez Racine, et l'autre chez Corneille? Cependant, outre nos grands poètes, des auteurs de toute sorte, depuis Gringore jusqu'à Voltaire lui-même, se sont servis de cette forme excellente.
Corneille dit ;
4 Je parle seulement de ce qu'a vu le roi,
Seigneur, et qui voudra, parle a sa conscience, y (D. Sanche, i, 3.)
C'est-à-dire , parle selon sa conscience. Cette expression est
INTRODUCTION. xwiii
assez particulière; du reste, die rentre dans la sif^nification de selon qu'on donnait alors plus souvent qu^aujourd'hui à la préposition ù. Corneille dit, paj'ler à sa conscience, comme on dit, parler à sa fantaisie.
Il était encore très-ordinaire au dix-septième siècle d'employer de pour en, suivi d'un participe présent:
« Que ferois-lu de moi de rno laisser la vie? s (P. Con.v., Iléracl., m, 2.)
Forme rapide où Voltaire a vu, l)ien à tort, un solécisnK!, et que nous justifions par d'exc(!llents exemples des contemporains de Corneille.
DCy ainsi placé devant un inlinitil', équivalait quelquefois à si avec le conditionnel, comme dans cette phrase :
<r Mclile seroit trop ingrate de rechercher une autre protection que la vôtre. » 1'. CoBN., Dédie, de Mél.)
La préposition de s'employait encore au dix-septième siècle de
diverses manières ellipliqui's qui sont étudiées dans notre Lexi-
([ue, et dont nous ne rappellerons ici qu'une seule, de pour que de:
« 11 ne sait ce que c'est d'honorer à demi. » (P. Corn., //o>., iv, 2.)
« Qui te rend si hardi de troubler mon hreuvage? » (La Font.
« C'est tout ce que vous pourriez faire de la croire. » (.Mol.)
l'^tc, etc.
Enfin, pour ne pas trop étendre nos observations sur de, il entrait dans beaucoup de locutions toutes faites ot!i on ne le metîr.iit j)as aujourd'hui. On verra, dans le Lexique, faire de lu hête, romme on dit faire la bète, pour sit^uifier refuser quelqur; chose mal à propos; faire de l'insensible, pour faire r insensible; et de mèm(! faire du rodomont, faille du rebelle, faire du malade, faire du prophète, faire de la petite bouche, etc., etc.
On verra encore, dans Corneille, et dans ses prédécesseurs et ses contemporains, avoir de coutume, locution qui, suivant Ménage, était plus usitée i\\var()ir coutume.
Comme emplois analogues, toujours avec de, ipie lusage a rejeté, on liouveia il n'est pus de besoin, commtî il n'est pas besoin; avoir de besoin, comme avoir besoin, etc., etc.
Nous indi(iuons encore plusieurs locutions comme n'avoir j)oint de lien, n'avoir plus de lieu, poui- n'avoir point lieu, n'avoir plus lieu ; ne dminer pas de lieu à, pour ne donner pas lieu à.
Eiilin, Corneille dit, d'une manière plus particulière, ne point
xxxiv INTRODUCTION.
faire de conscience de , comme ne point faire conscience de : « Je ny ai point fait de conscience ^'allonger un peu les vingt-quatre heures. » {La Veuve, au lect.)
On le voit suffisamment, cet usage de la préposition de est une particularité très-curieuse de la langue du dix-septième siècle.
De remplaçait encore plus souvent qu'aujourd'hui la préposition par :
« Je le rends convaincu de ta seule écriture. > (P. Coim., Clii., i, 9.) « De force, de ruse.» (Id., Pol.) — « De hasard. » (Gomberv.) — « De bonheur. » (La Font.)
« Seigneur, toutes ces morts dont il vous environne
Sont des avis pressants que de grâce il vous donne.» (P. Corn., Œd.,i, 1.)
«On vous donne de grâce une heure à vous résoudre. »(Id., Théod. ,n\,l.)
Ou la préposition avec pour marquer la cause, la manière, la matière, l'instrument, etc. :
- « Combattant de rage. » (P. Corn., Le Ment.) — « Traiter quelqu'un d'entière confidence. » (Id., Pol.) — « Veiller d'un soin infatigable. » (Id., Sonn.)
Etc., etc.
^< De puissance absolue. » (Id., Mél. ; Penh.)
Locution qu'on retrouve dans les sentiments de l'Académie sur le Cid, dans la Mort dAsdrubal, de Montfleury, etc.
.< Les attaquer de toutes ses forces. » (Pellis.) — « De furie. » (Scarron.) — « D'une constance ferme. » (M°^ D'Aulnoy.)
Etc., etc.
Il remplaçait aussi sur, figuré, dans le sens de touchant :
« Et je puis dire enfin que jamais potentat
N'eut à délibérer d'un si grand coup d'Etat. (P. Corn., Pomp., i, 1.)
« C'est une chose déplorable de voir tous les hommes ne délibérer que des moyens et point de la fin. :> (Pasc, Pens.)
Il se mettait encore pour entre:
< Si le cruel donnoit à choisir de deux rois. » (P. Corn., À(jés., iv, 2.)
En et dans sont également des prépositions dont les acceptions ont beaucoup varié depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours.
En ou dans remplaçaient souvent à. On disait s'intéresser en, dans, comme s'intéresser à :
<c Ainsi que moi, Neptune S'iniérense en ton infortune. » (P. Corn., Arntrom., iv, 5.)
INTRODUCTION. xxxv
« En vain mon triste cœure» vos maux .s'iniéresse. » (Id., Pulch., m, ■').) « Et que dans mon ofTense Alidor s'intéiesse. » (Id., La l'I. Itoy., n, 7.) « Il s'intéresse dans ma conversation. » (Retz.)
« Voire amitié dans mon sort s'iniéresse. » (Quinault.) KtC, etc.
Do mémo, être intéressé en, comme être intéressé à:
« Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée. » (P. Corn., Pomp., iv, -2.)
On disait aussi prendre intérêt en, prendre intérêt dans, comme prendre intérêt à, on pailaiit do porsonnos on de chosos ;
« Et prends tant d'intérêt en ce qui leur importe. >. (P. ConN., Met., iv. 2. « Que vous daignez en moi prendre quelque intérêt. »
(Id., D.Sanche, uu I.) c Ce n'est que dans ses jours que je prends intérêt. » (QuiN., Astr., v, 2.)
Los nombronx exemplos que nous citons pi-ouvonl que (•(■ttc manière do parler était très-fréquente, et s'employait encore quelquefois au dix-huitième siècle.
Nous espérons qu'on ne verra pas sans plaisir dans noire Lexique la suite de manières de dire analop^ues que nous y indiquons, et que nous appuyons d'exemples choisis : Penser en, pour penser à; son(jer en, \)0\\y songer ti ; il ne tient qu'en, ])Ouv il ne tient qu'à; condamner en, pour condamner à; se remettre en, pour se i^emettre à ; en dessein de, pour à dessein de ; en lien de, pour au lieu de.
Nous pourrions ajouter ici beaucoup d'autres faits semblables, comme en tète de, pour ci la tête de.
En se mettait encore fréquemment pour à dm-ant dos noms propres do ville, en Alger, en Alep, en Babylono, en Constantinoplo, en Lacédémone, en Naples, en Paris, etc.; et cette manière de dire, dont M. Génin a donne une si fausse explication, remonte aux plus anciens temps do la langue , puisqu'on la trouve; dans des monuments aussi vieux qu'IIuon de Bordeaux, où on lit :
« Cil s'en torna, et a tant clieminé
QuiH Aufalerne est .i. malin entré. > ^y. 69(>1.)
Dans remplaçait souvent sur : dans Ir trône, \}0\\v sur le trône.
La préposition pour nous a aussi fourni l'occasion do relever plusicuis particularités (h- la laiiL,^uo du dix-septième siècle.
Vour s'employait bien [)lus souvent (piaujourd'luii avec le sons d « cause de : « Non pour la crainte des supplices dont il était me-