XXX INTRODUCTION
Vaugelas s'était prononcé pour l'invariabilité de quelque employé ainsi avec la signification du quantum lihet des Latins. Thomas Corneille, dans ses notes sur le livre des Remarques, se déclare aussi pour l'usage actuel, mais avec une hésitation (jui montre que la règle n'était pas encore bien établie. Du reste, lui-mêraîe a fait accorder quelque dans des cas où il a bien la signification adverbiale : « Quelques belles que puissent être les choses..., » dit-il dans l'Avis au lecteur de sa tragédie d'Antiochus.
Quelque, pris dans le sens d'environ, recevait aussi la marque du pluriel : « Ils n'avoient que quelques deux ou trois cents hommes de troupes réglées. » (Pellisson.) « Il peut y avoir quelques huit jours. » (P. Corneille.)
A notre avis, cette orthographe était très-logique. Quand on disait // y a quelques huit jours, cela signifiait : il y a quelques jours, qui montent au nombre de huit, etc.
Tout s'accordait également devant un adjectif masculin on féminin, ou devant un participe passé , au lieu d'être employé comme adverbe, et invariable. Nous avons montré la généralité de cet usage, depuis le trouvère Cuvelier, le chantre de Bertrand Duguesclin, jusqu'à Vaugelas. L'auteur des Remarques formula bien la règle qu'on suit aujourd'hui, mais il y eut partage entre les écrivains : les uns l'adoptèrent, les autres s'en tinrent à la pratique ancienne de faire accorder tout, en lui donnant le sens de totus, tout entier; tels furent Ménage, Mézeray, Pellisson, Bourdaloue, Malebranche, Massillon, et même Fontenelle, dans ses Éloges des Académiciens, ce qui montre qu'il fallut près d'un siècle à la règle de Vaugelas pour se bien établir.
Parmi les pronoms, le relatif que est celui qui nous a fourni le plus de sujets d'études. Nous signalons d'abord que, suivi d'un infinitif, et précédé d'une négation, équivalant à rien à :
«Nousn'avons désormais qîiecraindre de sa part.>wp. CoRN.,Méd,, n, 1.)
Voltaire y a vu un barbarisme. Mais nous montrons ce prétendu bar])arisme dans tous nos auteurs , depuis le trouvère Benoît, chez qui l'on trouve :
g N'unt que beivre ne que mangier, »
jusqu'à La Fontaine, qui dit, dans ses Amours de Psyché:
<; Les traits du visage très-beaux, et si bien proportionnés qu'on n'y Irouvoil que reprendre. » • .
INTRODUCTION. xxxi
Nous signalons aussi l'emploi ollipliquc de que, pour ce que, à !a manière du quid latin, et du cke dos Italiens, que le célèbre commentateur trouve encore incorrect :
o Elle meurt de savoir que chante le poulet. » (P. Coii.n., Le Mtnl.)
Manière de dire essentiellement française, puisque nous en montrons l'usai^e ininterrompu depuis le trouvère Renau de Beaujeu jusqu'à Corneille.
Mais la partie du discours qui présente les difl'érences 1(.'S plus Irappantes entre la manière de parler du dix-septième siècle et la nôtre, c'est la préposition.
Les prépositions sont ce qu'il y a do plus compliqué dans toutes les langues, et elles eu constituent toujours une des principales difficultés, parce que, dans toutes, un même rapport est marqué par plusieurs prépositions, et qu'une même préposition marque plusieurs rapports, souvent de nombreux rapports. Notre langue n'est peut-être comparable à aucune autre pour l'étonnante multiplicité de significations de ces mots si simples etsi peu saillants. On croirait que le système des prépositions est, en français, ce qu'il y a de plus inconséquent, si la logique n'apprenait à en ramener à une valeur primitive les sens les plus divers, à en réduire sous un point de vue unique et général les usages en apparence les plus op[)0sés; enfin, si la rétlexion ne faisait voir que chaque préposition a une valeur propre et déterminée, que c'est l'analogie qui l'a étendue à tant d'usages ditférents, et que ce sont les divers compléments qui la modifient si profondément.
Deux de ces particules, à et de, se distinguent entre toutes les autres; comme l'a très-bien dit d'Olivet, elles «soutiennent presque tout l'édifice du langage français '. » Ce sont aussi cflles qui nous ont fourni le plus de remarques. Eu voici quelques-unes (\u\ serviront à montrer (pi 'un des caractères les plus distinctifs de la langue du dix-septième siècle est la liberté qu'on avait d'employer diverses prépositions pour exprimer le mèmcrapport.
On mettait souvent à au lieu de /vom?* devant un substantif ou un infinitif:
« Réserve ton courroux tout entier au besoin. » P. ConN., dit,, i. 4.) « Cherche la solitude à cacher tes soupirs, > (Id., llor., i, •>.)
Etc., etc.
' Remurijuis sur luicinc, xlmii.